Compactage

Impression de ne rien pouvoir faire en ce moment. Uniquement réagir. Du coup, j’ai à peine pu écrire une demi-page de Chaotique Neutre. Très peu satisfaisante qui plus est. Je vois où sont les lourdeurs, les maladresses. Ecriture innervée du à nouveau débutant, peur de la simplicité comme de la complexité. Ces personnages, leurs mots et leurs béances me sont venus, j’ai à présent la responsabilité de leur donner un élan. De leur poser des questions. Et ça n’est pas facile.

Lire reste ma dernière marge de manoeuvre, au vu du temps passé dans le RER et le fait que jouer me file à présent le mal des transports. Tout fout le camp. J’ai bien entamé la pile constituée durant le Salon du Livre. Je me suis administré une mini-cure de BD. Excellente surprise avec Les cinq conteurs de Bagdad, tellement simple que c’en est extraordinaire. J’entame actuellement La mort du roi Tsongor, de Laurent Gaudé. Gaudé, je n’en n’ai pas les meilleurs souvenirs, le seul texte que j’ai de lui en bibliothèque m’a beaucoup plût, mais il était bien trop violent pour mon état mental de l’époque. Gros changement ici. La narration, en fausse pesanteur, rend le récit nettement plus accessible.

Manque de temps, temps en souffrance. Ca en devient vraiment douloureux.

Fantaisie bachalienne et autres trucs

« Très beau rêve l’autre jour. Je descends dans une prison archaïque pour en faire sortir un élève qui a commis un délit en haine de la Loi. Je l’accompagne le long d’un escalier de pierre.
Nous débouchons sur une large place. Romaine. Antique. Au bout, une petite arène. J’explique à mon élève que jadis, les hommes prêtaient allégeance à eux-même. C’était leur seule obligation. S’il souhaite échapper à son crime, il peut ici les imiter. Il refuse. J’enrage. Il sourit puis se tourne vers la longue perspective qui mène vers l’arène. C’est là qu’il prêtera son serment, m’affirme-t-il calmement. Simplement parce que l’arène est dans l’ombre et que le soleil donne sur l’esplanade. »

Mouais. N’est pas Henry Bauchau qui veut. Ceci dit, dans les limites du flou du sommeil, tout ce que j’ai consigné ici était vrai.

Deux pages d’écrites sur Chaotique Neutre qu’il faudra reprendre. Retravailler. Mais plus encore, user. Trop de choses ont cristallisé depuis ma désertion de l’écriture, je ressors un condensé un peu affolant qu’il va me falloir déployer si je veux arriver à quelque chose. Première bonne nouvelle, en général, c’est à ce moment là de l’opération que j’abandonnais. Cette fois-ci, un sentiment de nécessité. Paisible.

Il y aura donc trois voix. Celle de tu ne me dis toujours pas ton nom et CA M’ENERVE mon comateux anonyme. Argilla, que je suis peu à peu, en train de découvrir. La rencontre a été musclée, ont continue encore de s’aboyer à la tronche. Je ne veux pas tomber dans le flux de pensées – n’insultons pas Virginia Woolf – mais sa progression d’idées par analogies matriochkas est vertigineuse. J’avais perdu l’habitude. Je ne suis pas inquiet, ça viendra.
La troisième voix, qui a résonné hier (et après ça suffit) est celle des interstices, de cette substance – je ne peux pas l’appeler autrement – dont sera dépossédé le narrateur putain mais tu ne peux pas me dire comment tu t’APPELLES et voilà je deviens grossier, bravo, franchement bravo après son réveil. Je n’ose pas encore m’y attaquer. J’ai peur. Peur que le cristal ne déchire ce que je tisse maladroitement. Mais vous savez quoi ? J’ai décidé de ne pas m’en faire.

Et si, simplement, les choses se passaient bien Qara ?

Aux bons soins d’Interflora

« Bonjour Aerith – avec th, c’est important.

Bonjour Aerith, où que tu sois. A l’ombre des gils en fleurs, abrité par un nuage, type stratus, plutôt que cumulus. Ou bien perchée sur un arbre kabbalistique, qui sait. Que deviens-tu ? Je sais, je sais. Il est un peu gonflé de me pondre trois mots en coin de blog, après tout ce temps.
Allez, fais pas la tête. C’est pas comme si j’étais parti très loin. Pas comme si ton palais s’était figé, glaçon somptueux tandis que résonnent les claves contre les colonnes. Des colonnes, j’en volute chaque jour, dans un éraillement de Björk, le long d’une voie de RER – de l’herbe entre les rails, non mais franchement, n’importe quoi, pourquoi ça pousse là – ou même sans raison, une inspiration plus calme que les autres, et le ventre qui se dénoue. A toi, je m’en retourne bien plus souvent que vers Thèbes, Sumaru et le Tartare. Tu n’as jamais demandé pourquoi. Pourtant, je souhaite que les mots sortent. Ce soir. Après, ce sera trop tard. Rêve sous clé des impondérables. Ce serait triste.

Tu ne dis rien, silence entre les rais de lumières qui deviennent sphères ? Comme à l’habitude. Merci Aerith.

Tu ne fus pas l’initiatrice. La puissance délirante des mots, je connais depuis longtemps. Connais, pas maîtrise, note la nuance, hein ! Les mots qui ouvrent, qui éveillent, créent en fantasmes.
On était même assez familiers, eux et moi, le jour où je t’ai rencontré, bras joliment repliés sur ton secret. J’en calais entre les insterstices de ton voyage avec les autres.
Jusqu’au moment de l’Injustice. O, the agony. A croire que ce mal en fiction, je ne m’en remettrai jamais. Ridicule, immaturité et inculture n’ont pas le droit de cité entre les murs bleu coupant de la principauté Injustice dont le roi eut longtemps les cheveux longs. Et décolorés. La moindre justification est jetée dans la boue, pitance de foule hilare. L’Injustice se veut intransigeante immaculée confection.

L’ennemi était à la hauteur des pouvoirs déployés. Je suis un garçon honnête donc je tiens à préciser que je n’y suis pour rien. La fiction prend parfois des initiatives morales. Alors que d’autres fois, elle n’en n’a rien à foutre. Quelle emmerdeuse, celle-là alors. Mais je m’égare. Tu me pardonnes Aerith. Vieux couple, mon plus vieux couple, on se nuances nos petits travers, rides d’expressions plutôt que pattes d’oies.

La fiction me sortit donc par tous les orifices. Se déploya bon goût crucifié au passage on appelle ça un dégât collatéral. Les mots t’ont entourés. Je le sais, j’étais là. Ce qui était fait a été défait. Oui, c’est ça le plus important. Fait -> Défait. Tu étais là, sauvée, l’histoire pouvait se poursuivre, la fiction employait tous les chemins : péripéties en imperfections illogismes rasés bientôt ici histoire grand standing, pensez à réserver.
Ca a dépassé le cadre de ton voyage. C’est devenu le mien. Jouer avec la magie tu ne pouvais pas me reprocher d’essayer.

Fin de la réminiscence, rappelle-toi, nous ne sommes pas seuls.

J’ai changé non ? Je sais, nos chemins se croisent à angles un peu plus lovecraftiens qu’avant. On appelle peut-être ça grandir.

Pourtant Aerith, dis-moi. Dis-moi juste. Pourquoi quand les sanglots pressent le coffre en noeuds marins, tu es à trois pas de moi ? Dix ans, trois pas. Equation foulée aux pieds. Dix ans trois pas onze ans trois pas douze ans trois pas. Route en déroulé.
Peut-être que faire de la magie, ça donne des responsabilités. Comme dans les contes. Les vrais.
Se remettre à continuer.

Et puis oublier ce billet. Juste te souhaiter joyeux dix ans de fiction noces de je-sais-pas-quoi. Trois pas devant.

A tout de suite.

Du côté de chez Gus Van Sant

Ca fait quelques semaines que je le croise en bissectrices. Il. Sans nom et surtout sans regard. On doit avoir à peu près les mêmes horaires, de boulot pour moi, d’études pour lui. On descend à la même station RER. Et si on veut descendre correctement, il faut prendre l’avant-dernier wagon. Il sait. Moi aussi.
Je descends à quelques pas de lui, très vite derrière, il a la foulée large et lourde. Aussi grande que lui. Aussi standard aussi, dans son genre. Le polo rayé, la silhouette un peu voûtée, et les tifs en barrière contre le monde. Ecran des iris, à se demander ce qu’il(s) voi(en)t dessus. Parfois, il exagère le cliché à skate-boarder devant chez papa-maman-lui. Cultive son monde en apparences.
Manque.

Pas de peau chez lui, de souffle, même pas de son. C’est ça, le plus dérangeant, le son. Une fois, il parlait avec une, avec sa, avec copine. Impossible de me remémorer le son de sa voix. Tout en images centrales, non-persistantes en bâtonnets. L’opposé de mes sensations, en descendant le long de sa danse.

Lourdeur du corps, honte de la laideur hordinaire (ne privons pas des yeux potentiels de cette splendide faute de frappe), douleur des chevilles lorsque la foulée se calque sur la sienne. Trop solide pour être éthéré, trop loin pour être respiré.
Il n’est pas de mon peuple. Le peuple des humbles, celui pour qui les mots seront toujours trop grands. Celui qui habite son corps comme des vêtements mal ajustés, qui rase les murs en excuse et jamais ne reconnaîtra l’un de ses compatriotes.
C’est pour ça que j’écris sur lui. Pour ça et pour éviter de consumer ces pensées dans le cendrier des pulsions ratées.

Echec d’une douleur diffuse ou d’un enthousiasme caché. Comme lorsque je regarde Elephant.

Pour Deliah

Si un jour ce que je m’apprête à mettre en ligne se retrouve entre des pages éditées – encre matérielle ou numérique – je prends ici l’engagement de ne pas y inclure de dédicace. Voilà, c’est dit. Je vais donc faire mon pompeux ici.
Ces lignes sont dédiées à toutes mes fictions inachevées ; aux victimes de ma paresse, de mes hésitations et de ma lâcheté, aux figés de l’entretemps. Peut-être qu’il y aura, sur la barque de ce personnage encore sans nom, une place pour vous. J’espère.

Bref c’est parti. C’est un début de premier jet de prologue. Donc ça ne veut pas encore dire grand-chose. Mais bon, bébé balbutie et j’appelle donc à quatre heures du matin pour faire écouter à qui ne veut pas l’entendre ses vagissements.

Comment ça s’appelle ? Chaotique Neutre, bien sûr.
Oh, et sinon pour en finir avec les préambules, le Salon du Livre, c’était très chouette.

Allons-y.

« ???, apathique

Les acouphènes ne dégoulinent plus de mes oreilles.
Je n’y ai pas cru, au début. C’est normal, on m’avait dit. En argumentant pression, volume et rééducation. Temps passé dans le son figé, les bip-bip, pchhhh, bonjour Amandine, non, toujours rien m’avaient détraqué les tympans. Juste un peu. On en était sûr. Et je secouais la tête, oui oui, bien sûr, tandis que ça continuait à se déverser. A part ne pas y croire, je n’en pensais pas grand-chose, de tout ça. J’avais juste une image en arrière du nerf optique : c’était le monde s’écoulait de ma cervelle. A mon passage, les bouchons que mon coma avait amoureusement dressés s’étaient perdus.
Donc forcément, ça coulait.
Ca a duré six mois. Forcément. Un continent ne fond pas comme ça. Alors pour cinq – cinq ou six, j’oublie toujours – une demi-année, c’est un minimum.
Dehors, c’est pareil. Le vacarme sourdine dans la rue, en tessiture monochrome. Ni sécheresse ni manque. Un monde s’écoule et on s’en fout.

Audition : OK

J’aimerais bien qu’elle arrête d’être discrète, en face. J’aimerais aussi vivre assez vieux pour rayer en encre bic noire premier prix le mot discrétion et tous ses dérivés de chaque dictionnaire. La discrétion est une pauvre excuse pour les patauds, les maladroits, comme moi. La discrétion, c’est braquer un projecteur sur le pauvre type qui marche en pointes et l’applaudir, remise, d’oscars, si si, très bien, vraiment, on ne vous a ni vu ni entendu. Tout le monde l’a remarqué.
Ca n’est pas un paradoxe, juste un raté de langage. C’est pas si grave, sauf que tout le monde se sent obligé d’y croire. Elle en face comme les autres. Je ne lui en veux pas. La pomme de douche n’a pu que m’éructer à la tête, ce matin. J’ai peur de repasser. Et je – j’avais pas remarqué – mâchonne ma carte d’identité. Comment elle est arrivée là ? Du calme. Phalanges en mouvement. Retirer le rectangle plastique d’entre mes dents. Poche poitrine localisée, objet inséré, mission accomplie

Coordination gestes-vision : OK

La porte s’ouvre, la voix acidule un nom qui n’est pas le mien. Je n’existe pas encore. C’est juste. Dans un quart d’heure, plus sans doute, je serai l’objet de toutes les attentions. Rien à débourser pour qu’on déconnecte mes inquiétudes. »

Les souvenirs ont une texture

Ca m’est venu tout à l’heure, après une journée merdique, en rentrant chez moi en bagnole. La chose est assez rare pour être notée. Un truc du genre « bon sang, mais c’est bien sûr », qui paraît lumineux mais, transcrit, tourne en eau de boudin. Alors plutôt que de théoriser, passons à l’exemple concret. Ca ne sera pas forcément élégant, mais au moins, ça fixera les limites d’une éventuelles réutilisation en écriture.

Années 2000 en gros. Un peu moins. Dépourvu de console de jeu, j’attends la sortie de Final Fantasy VIII en version PC. Sur le modem 56k de l’époque, j’ai téléchargé tout un tas de goodies de moins de 2 mégas : images, fond d’écrans, jeux de memory, et même un économiseur-d’écran-avec-musique-intégrée (le dégoulinant Eyes on Me, me sussure ma vraie mémoire). Tous ces éléments m’immergent par avance dans l’univers du jeu, qui par ailleurs, me décevra beaucoup.
10 ans plus tard (tiens, je suis désormais quelqu’un d’écrire dix ans plus tard, ouh la sale d’impression), j’ai terminé Final Fantasy VIII deux ou trois fois, dont une fois en mode DEA, collectionnant toutes les armes, cartes et G-forces possibles. Mais lorsque je tente l’association des données…

/!\ Windows ne peut ouvrir ce programme. Souhaitez-vous choisir le programme dans une liste ?

> FFVIII

/!\ L’application n’a pu être ouverte.

Il existe deux Final Fantasy VIII. Le jeu, qui se suffit à lui-même. Son épaisseur a été acquise par les heures que j’ai pu y passer, ma frustration à subir la love story des deux héros et deux ou trois claquements sec.
Le second a une odeur d’attente dans cette chambre humide. Il est silence humblement fendu en deux par la première nappe d’Eyes On Me. On valse au château, et sa réactualisation est plus pointue, plus triste, qui sait, que le premier. D’où vient ce volume ? Piste d’écriture pour ce fameux projet. Trouver le volume caché des monu-mentales.

Pas encore une ligne de posée, déjà prétentieux.

4 Chloé Delaume plus tard

Ca m’aura donc pris le retour d’Antigone au jour, un mémoire, une rencontre – ratée – avec Henry Bauchau – un désert, une découverte météoritique, 4 Chloé Delaume, un message ridicule pour en arriver à cette désolante conclusion : je DOIS me remettre à écrire. Marre. Marre de lanterner, de remettre, d’essayer de m’engloutir dans une résignation poisseuse. J’ai beau me relire instantané, au dégoût, j’y reviens. Quoiqu’il arrive. C’est presque triste, d’ailleurs. Eternal Sonata Hollow Dream. Aucun rapport et pourtant ça s’impose, witchslayer au passage.

Lâchez les chevaux.

Ca n’est pas un idéal, ça n’est pas une utopie ça n’est pas même un désir. C’est. Encastré entre ces mots béquilles cassées.

Qu’est-ce que je fais ? C’est vraiment pas le moment. Ca fait mal, c’est pesant, pire, inapproprié. Je suis peut-être un peu rock’n roll, mais pas plus que ça. J’ai besoin de choses nettes, propres et bien rangées. Je n’aime pas l’inapproprié. Dit une partie de moi. D’un autre côté…

D’un autre côté, faudrait bien que je finisse par m’approprier le territoire des mots. La parole, je crois que c’est foutu. Même si je parviens à simuler, au cours des années d’élèves à surgir, ça ne sera jamais que de la pâte à nez. Tentons la reconquête, ça pourrait être une motivation comme une autre.

Reparti ? Qara ?