
Et peut-être que je cherchais un sens.
Pour la première fois depuis la création de ce journal en ligne, je ne l’ai pas mis à jour pendant un long moment. J’étais en voyage à l’étranger, mais ça m’est déjà arrivé. Il paraît que j’ai un style minimaliste, donc je ne vais pas m’étendre dans un suspens de mauvais goût : Prof en Scène, tel qu’il existe, s’arrête aujourd’hui.
Il aurait pu y avoir une fin de saison. Un épisode particulièrement marquant vécu avec des élèves et des collègues, une photo de classe qui se fige, comme un dernier salut au théâtre. Mais ce n’aurait pas été, je crois, rendre justice à l’écriture de ce blog. Je l’ai commencé pour tenir le coup dans ce boulot, toujours mouvant, toujours cabossé. Et petit à petit, j’ai voulu rendre compte de sa réalité, par essence fluctuante. Donner une réponse définitive, une conclusion, ce serait trahir ce que j’appellerai très prétentieusement mon éthique de prof écrivant.
Pourquoi cette décision ? Parce que j’ai la sensation d’avoir terminé cette partie de mon travail. J’ai témoigné, longuement. Ces milliers de lignes, rédigées chaque jour dans tous les états émotionnels et physiques possibles ont été mes formatrices. Je suis devenu, je pense, l’enseignant que je souhaite être : insatisfait, passionné, instable.
Ai-je trouvé une réponse à cette immense interrogation : comment enseigner ? Je pense. En étant toujours dans le flux. Renaître chaque année, plus fort des vies que l’on a vécues. Remettre sans cesse son ouvrage sur le métier, mais faire de ce métier l’outil le plus solide possible.
Et surtout ne jamais, jamais s’habituer. Réussir à voir dans chaque élève, dans chaque collègue, ce qui le rend fort et faillible. Forger une façon d’être à lui, d’être à elle. Et oui ça brûle, et oui on y laisse une énergie qu’on ne retrouvera peut-être pas. Mais c’est ainsi que l’on donne du sens au temps qui passe. Dans ces liens, solides, réconfortants et tranchants. Être prof, c’est être à l’intersection de tant de vies, dans tout ce qu’elles ont de sale et d’éblouissant.
J’ai, au cours de ces douze années, reçu des mots et des témoignages qui m’ont énormément touché. Qui m’ont souvent surpris aussi. Parce que ce qui me semblait une expérience tellement individuelle a résonné chez beaucoup d’entre vous. Et ce nouveau fil, ce nouvel entrecroisement m’a souvent été une force.
Et maintenant ?
Maintenant j’ai peur. Parce que lâcher cette modalité d’écriture, qui me disciplinait, c’est s’aventurer dans l’inconnu. Je ne veux pas, je ne dois pas m’arrêter. Un nouveau journal prendra très bientôt la suite de celui-là. Plus varié dans sa ligne éditoriale. Parce que j’en ai besoin. Besoin d’englober dans ce que j’écris non seulement ma vie de prof mais celle, aussi, de théâtreux, d’écrivant, de mec qui accueille des lapins chez lui, de queer, et j’en passe. Je serai très heureux de vous y croiser là, ainsi que sur les réseaux sociaux. Parce que je vous aime, très fort.
Prenez soin de vous, toujours. Vous faites partie de ces liens, de ces lueurs, dans lesquelles j’ai dessiné des constellations.
Merci.







