
Les cours du lundi matin sont propres et nets. A force d’avoir bataillé de toutes les façons possibles et imaginables, les mômes ont absolument tous leur matériel et des cahiers à jour. C’est très loin d’être une petite victoire. Et pendant qu’ils travaillent, en groupe, sur la compréhension de la révolte d’Angélique, je m’interroge : comment cette classe peut-elle être celle qui, vendredi est entrée en s’insultant ? Celle dans laquelle j’ai dû mettre trois élèves en retenue suite aux propos infâmes qu’ils s’adressaient ? Celle dans laquelle cinq d’entre eux s’étaient pointés avec un stylo quatre couleurs et une feuille de classeur froissée ?
Comme souvent, j’ai envie de me servir de ces moments de concentration pour revenir sur ce qui s’est mal passé. Comme souvent, je me mords la langue. La temporalité des élèves n’est pas celle des enseignants. Ces événements, encore vifs dans ma mémoire, appartiennent à un passé révolu pour les cinquièmes. Je pourrais aussi bien leur demander pourquoi ils ont volontairement laissé tomber un verre sur le carrelage au CP. Il y aurait les mêmes regards interrogateurs et vaguement gênés.
Ce n’est pas qu’il faille oublier. Mais il est nécessaire de corriger sans le montrer. Je suis infiniment plus rigoureux ce lundi en réaction à ce qu’il est arrivé vendredi. Comme en prestidigitation, ne pas le montrer, ne pas pointer le lieu où se situe le passe-passe. Étrangement, ça m’est extrêmement compliqué. J’ai besoin de ce retour, d’expliquer les raisons de mes actes, les coutures et les sutures.
Mais il m’a fallu du temps pour me rendre compte que ce n’est pas ce dont ont besoin les élèves. Ronge ton frein, et par tes gestes, tes mots et tes supports, crée ce monde d’harmonie, de douceur, d’honnêteté et de rigueur auquel tu aspires pour eux. Les mots, ces mots qui te guident, ne leurs sont pas encore lanterne.
Ça viendra. Ou pas.






