
Une lycéenne à qui j’ai donné des cours pour la préparer à l’oral du bac de français m’écrit pour me remercier : elle a obtenu un excellent résultat à son examen blanc. Ma première réaction : « elle n’avait pas besoin de ce soutien. » Quand elle m’a montré ses copies, sa moyenne flirtait avec les 17/20.
C’est marrant, je n’arrive pas à me défaire de ce réflexe. « Ils n’en n’ont pas besoin. » Ces mômes bien intégrés dans le système scolaire, qui en pigent les codes, et les attentes. Alors qu’élève, j’ai été ce môme.
Et les quelques soutiens que j’ai eu, cours particulier, ateliers, entretiens avec des adultes, me restent gravés en mémoire comme les meilleurs moments de ma scolarité. Qu’on ait pris du temps pour moi, que quelqu’un m’ait rassuré, m’ait confirmé que j’étais sur le bon chemin, ou tout simplement pas seul. J’ignore totalement ce que j’ai pu apporter à cette élève, comme j’ignore ce que j’apporte aux mômes qui tournent au vert + (on évalue en compétences dans mon bahut) dans mes classes. Mais je m’applique à garder cette pensée en tête : je me dois d’être persuadé que je leur suis indispensable.
Pas par orgueil, pas pour soutenir mon ego. Mais parce que si je commence à penser que nous sommes des figurants les uns pour les autres, alors c’est une prophétie qui se réalisera. Et parfois – toujours – il faut avoir l’humilité d’enseigner sans savoir ce que ça produit. Je ressors toujours perplexe de mes conversations avec les AESH, lorsque nous parlons cours. Ce que ces collègues perçoivent des heures passées en classe avec moi n’a souvent pas grand-chose à voir avec ce que je pense projeter. Alors des ados…
On est obligé de les croire. Elle avait besoin de ces cours.
Ils en ont tous, tous à leur façon, je l’espère, je le souhaite, besoin.






