
L’autre jour, Dorian a trouvé dans la rue une peluche de lapin abandonnée. Il l’a recueillie, lavée et, depuis, l’amène à chaque cours. Mason, c’est le nom de la créature, assiste désormais à chaque cours de français, sagement assis à côté de la trousse de son humain. Et l’autre jour, lors d’une sortie au cinéma, Béline, élève de mon autre classe de quatrième, s’est emparé de la peluche. S’en est suivie un ensemble de négociations assez complexe, dans lequel j’ai été sollicité, pour récupérer Mason.
« Ça y est monsieur, on l’a récupéré ! Ça va, elle s’en est bien occupé, elle l’a même parfumé un peu. »
Ce qui me fascine un peu dans cette histoire, c’est le sérieux avec lequel tous les protagonistes sont impliqués. Personne ne s’est moqué de Dorian, tout le monde semble trouver normal que Mason entende parler de Montesquieu, et les mômes ont fait preuve, lors de l’enlèvement, d’une diplomatie des deux côtés que pourraient leur envier certains chefs d’État américains actuellement, s’ils n’étaient pas des fous dangereux.
Donc, je rigole devant l’incongruité de la situation, mais pas trop fort. Évidemment c’est un peu grotesque. Mais un peu mignon aussi, l’attachement de tous ces futurs troisièmes à une peluche-totem, dont ils prennent tous soin. J’ai la sensation que Mason est une lueur d’un temps avant leur adolescence, totalement insensible aux comportements qu’ils peuvent avoir le reste du temps. Un truc de gaminous, quand être mignon et enfantin n’était pas une faiblesse. Alors autant accueillir cet élève supplémentaire, de toutes façons il ne dérange pas.







