
Durant cette période, nous étudions avec les quatrièmes un roman relatant la vie d’une jeune fille vivant en Afghanistan. Roman qu’Ilona a déjà lu. Parce qu’Ilona vient d’Afghanistan.
Ilona, je l’avais déjà en classe en cinquième. Elle a toujours été sérieuse, polie, et tellement inoffensive. J’ai regardé cette môme perché sur un confortable pilier de condescendance, parce que c’était comme se chauffer au soleil. Elle s’émerveille d’un rien, aime me parler des mangas qu’elle lit, et n’a jamais un mot plus haut que l’autre.
Jusqu’à hier. Comme si elle n’attendait que ça. Dès que j’ai annoncé le titre du bouquin, quelque chose qui n’attendait qu’un soubresaut, a jailli source, ruisseau, torrent et fleuve en furie. Le regard d’Ilona s’est acéré, derrière les jolies lunettes rondes, et désormais, elle lève la main, attendant à peine que la parole soit accordée, pour préciser. Reprendre. Contester.
Ilona n’a pas peur de ce que renferme la fiction, « c’est des souvenirs que je comprends pas », m’a-t-elle affirmée avant que nous commencions l’étude. Mais elle veut comprendre, ça ne fait aucun doute. Elle m’a redemandé le lien vers le numéro du Dessous des cartes que j’ai diffusé et qui explique la situation géopolitique de l’Afghanistan, elle tire les camarades de son groupe de travail afin de progresser plus vite dans l’étude des chapitres. « Faut faire des efforts, quand même. »
Exilée depuis ses cinq ans, Ilona s’est juchée sur le nuage cotonneux de ce petit roman. Elle se veut guide et exploratrice. Pour elle, ce mois-ci, le cours de français a un sens infini. J’ignore ce qu’elle en fera. Et ça n’est pas la question. C’est son histoire.






