
Encore une fois, une collègue à épauler, devant des faits de violences verbales insupportables d’élèves. Cette impression permanente que tout est minimisé. « On n’en n’est pas encore là », s’entend-on répondre, quand on ose craindre que l’agression physique suive l’agression par les mots. Faudrait-il attendre qu’on en arrive là ? En cette dernière semaine, les mômes se raidissent dans des comportements effrayants. Je n’arrive plus à faire une heure de cours sans que des coups de pied violents résonnent à la porte de ma salle. Et lorsque je finis pas attraper l’un des auteurs de la « blague », celui-ci me hurle dessus, rouge de colère. « Tu vas faire quoi ? » Les petits cinquièmes me regardent apeurés, dans leurs costumes d’animaux. On joue le procès de Renart.
J’explique à Amira qu’elle ne peut pas écrire ses mots de sortie toute seule. Elle éclate en sanglots et m’explique que c’est son père qui le lui a demandé, il ne maîtrise pas le français. Je sais que c’est vrai, et mon cœur se serre pendant que je descends avec elle en vie scolaire pour vérifier la vérité de ses dires. Amira, perdue scolairement, issue d’une famille qui lui pose tant de soucis. K., la surveillante, la foudroie du regard quand je lui explique le problème. Apparemment, Amira ne cesse de jouer à cela, ces derniers jours, et je la vois grimacer en ma direction, ses yeux bleus pour une fois totalement focalisés.
Dans le jeu de cartes Magic l’Assemblée, il y a des cartes qui s’appellent des « board wipes », qui consistent à éliminer toutes les cartes posées sur le plateau. Elles sont redoutées par les joueurs, car elles nécessitent de rapidement rebondir, pour ne pas perdre son avantage. J’ai l’impression de passer mon temps à reconstruire, board wipe après board wipe en ce moment. Les mômes jouent toutes les cartes les plus destructrice : « Violence », « Mensonge », « Abandon », « Mépris ». Et en face, cette sensation de leur répondre avec des parades infiniment insuffisantes : « Molière », « Humour », « Anecdote », « Confiance. »
Mômes et adultes, plongés dans une tourmente dans laquelle nous peinons à maintenir la tête hors de l’eau. Je me retiens aux souvenirs de ce weekend, musique et rires. Je m’agrippe aux savoirs que je maîtrise, aux fondamentaux de ma pédagogie.
Mais c’est dur.






