Je descends à quelques pas de lui, très vite derrière, il a la foulée large et lourde. Aussi grande que lui. Aussi standard aussi, dans son genre. Le polo rayé, la silhouette un peu voûtée, et les tifs en barrière contre le monde. Ecran des iris, à se demander ce qu’il(s) voi(en)t dessus. Parfois, il exagère le cliché à skate-boarder devant chez papa-maman-lui. Cultive son monde en apparences.
Manque.
Pas de peau chez lui, de souffle, même pas de son. C’est ça, le plus dérangeant, le son. Une fois, il parlait avec une, avec sa, avec copine. Impossible de me remémorer le son de sa voix. Tout en images centrales, non-persistantes en bâtonnets. L’opposé de mes sensations, en descendant le long de sa danse.
Lourdeur du corps, honte de la laideur hordinaire (ne privons pas des yeux potentiels de cette splendide faute de frappe), douleur des chevilles lorsque la foulée se calque sur la sienne. Trop solide pour être éthéré, trop loin pour être respiré.
Il n’est pas de mon peuple. Le peuple des humbles, celui pour qui les mots seront toujours trop grands. Celui qui habite son corps comme des vêtements mal ajustés, qui rase les murs en excuse et jamais ne reconnaîtra l’un de ses compatriotes.
C’est pour ça que j’écris sur lui. Pour ça et pour éviter de consumer ces pensées dans le cendrier des pulsions ratées.
Echec d’une douleur diffuse ou d’un enthousiasme caché. Comme lorsque je regarde Elephant.