Archives Mensuelles: novembre 2011
Cher Matt – On dirait le sud
(Pour ceux qui n’auraient pas suivi les épisodes précédents, cliquez ici)
Cher Matt,
Est-ce que tu as un refuge ? Une cabane, un château-fort ? Tu sais un endroit qui ressemble à fermer les yeux très fort. Un lieu où quoi qu’il arrive, on ne te touchera pas. Ou presque. Je ne sais pas trop comment appeler ça – les chansons et les livres l’ont fait mieux que moi – alors je dirais juste le sud. Comme dans la chanson justement.
Un sud, Matt, j’en avais un. Je l’ai perdu.
Mon sud, je le partageais avec un tas d’autres. Ils faisaient partie de ma famille, tu comprendras pourquoi c’est important. Mon sud commençait toujours par le voyage, il fallait y aller. C’était un rituel sorcière, et donc, forcément, ça se passait la nuit. La voiture bourrée de bagages jusqu’à la gueule. Je préférais qu’il y en ait plein. Je me glissais là où il restait de la place. Et je dormais.
Si tu n’as jamais dormi en voyage je te conseille. C’est l’une des meilleures façons d’en profiter. Tu as la primeur de cette nouvelle, c’est trop bête pour que j’en parle à quelqu’un d’autre. Dormir en voyage, c’est se concentrer sur l’essentiel. Les vibrations. Des fois je me dis que c’est ça qui pousse les routiers, les randonneurs et les scientifiques : le contact avec le sol, via pneu ou semelle. Quand tu dors c’est tout ton corps – esprit garde baissée – qui est envahit. Et tu voyages entièrement.
Il y avait des période de réveil. Les odeurs au réveil, Matt, tu connais ? C’est encore vierge de celles qui les ont précédées. Ca t’explose au cerveau. Essence et thé pétillant, quand on veut bien t’en laisser une canette. Tu te shootes un coup et ça repart. Voyage jusqu’au bout des ongles.
Et quand c’est fini, quand le rituel est terminé, tu es au sud.
Suranné.
Suranné comme dans des coins de Londres, je trouve. Il était comme ça le sud. Lorsque tu arrivais, dans cette maison en pierres apparentes, tu laissais une partie de toi sur le bord. Pour jouer à la famille, recluse dans son domaine. Et heureuse de l’être. Matt, en deux décennies, nous je n’ai fait là-bas connaissance avec personne. Hormis un ou deux visages amenés dans les bagage d’un cousin. Et même les plus sociaux d’entre nous n’ont jamais ressenti le besoin de pousser le portail vers l’extérieur. Parce que ce qui était important avec le sud, c’est qu’il se suffisait à lui-même.
Par son bruit – cigales – qui abolissait le temps. Les heures, c’était quand les cigales chantaient ou ne chantaient plus. Ou bien quand le soleil nous interdisait les sorties. Oui, le soleil même qui nous poussait hors de la table des repas, si on s’attardait trop.
Par ses espaces. Clairs. Evidents. Déterminés. La terrasse, la bibliothèque, l’auvent, les bergeries-salle-de-jeu. Un Cluedo sans Docteur Lenoir. Un Cluedo que j’explorais à l’heure de la sieste. Tu y crois, toi ? Moi le dormeur boulimique, je baissais quelques minutes les paupières pour satisfaire au rituel et je circulais dans la maison. Euphorique à l’idée de deviner les autres assoupis. Maître du sud. Pressé d’aller rejoindre ceux de mon âge, ceux qui échappaient aussi à la chaleur et au sommeil.
Par ses distractions. Surannées elles aussi. Des promenades au pied du mont ratiboisé. De vieilles boîtes de jeux de sociétés. Trente ans, encore tous les dés tous les pions. Les bouquinistes. Les discussions près de la cuisine, en activité de neuf heures à midi puis de six à sept. Les romans d’Agatha Christie. Et le soir les étoiles. Toujours dans le même coin, sur le béton de la terrasse chauffé toute la journée. Toujours le même coin de ciel. La même chauve-souris, à vingt-et-une heure quarante-sept (c’est un mensonge, je n’ai jamais retenu à quelle heure elle passait vraiment). Une chauve-souris ça vit deux ans, elle est passée une dizaine de vacances d’été.
C’était le sud Matt. Où on jouait à la famille et où, du coup, on le devenait vraiment. Où ça avait beau gueuler des fois, c’était infiniment moins froid, râpeux et dur que le vrai monde. On n’a pas pu le garder, bien sûr. Le temps a fini par siffler la fin de la récré. Indulgent, le sud aura duré une cinquantaine d’années.
Tu as un sud, toi, Matt ?
Hugo
0,3%
(Parce que cet article) (oui, il faut cliquer)
Pour mon dernier jour, j’ai choisi promenade sur plage de sable fin. Les galets c’est trop dangereux disent les investisseurs. Je me suis assis sur la ligne, pile là où la mer s’arrête. Pendant que le reflux me ruine le pantalon – le pantalon est à moi – j’essaye très très très très fort de regretter. Des fois je me dis que c’est encore ce qui pourrait me sauver, nous sauver.
Je persiste à croire que c’était une bonne idée. C’est une bonne idée. On ne rééquilibrera le tout qu’en permettant à ceux qui ont les ressources de les répartir là où il faut, les ressources. La Belgique a compris. La Suisse. Le Luxembourg. Normal, pays plus petits. A mesure que les fonds de pension grignotaient la terre, la mère ressource, l’argent irriguait. Vie plus simple, vie tout court. Libérée des mots de plus de trois syllabes. Géopolitique. Investissements. Economie. C’est l’équation qui simplifie tout. Laissez la prospérité vous envahir. Premier slogan suite à la campagne. Grand succès cette campagne, elle a même effacé la mort de la chanteuse islandaise. Des fois je me dis, c’est cette campagne-là qui a du inspirer la suivante. Après l’espace, le temps.
Toujours la même règle, 0,3% à la fois, pas plus. On s’est découvert chacun des gisements de richesses insoupçonnés. On en contenait, des 0,3%. A partager. Pour la compagnie F., la société B., ou même l’association H. bien sûr. Les voix de la raison se sont aussitôt mises à clamer ce que l’on savait déjà. Que c’était un piège, qu’on touchait à des mots poussiéreux : intégrité, sacré, intime.
J’ai bouffé mon crédit je ne le regrette pas. Demain je ne m’appartiens plus. Mais quel passé ! Que de monstres de métal lancés sur les routes, de blondes, de brunes, de rousses, de blonds ! De mètres carrés revendus sur un coup de tête.
Je suis le gagnant. Qu’est-ce qu’il me resterait aujourd’hui, sinon la déchéance. Ils ne se rendent pas compte – se moquent – que c’est ce que je leur ai vendu, à coup de 0,3%. Quelle importance ?
J’ai bien vécu.
Ceci n’est pas un blog gastronomique
Bon. Bon bon bon… Les billets administratifs, ça n’est pas trop ma tasse de thé – gag – donc nous allons faire vite.
Or donc, vous voici sur L’olive et le samovar, successeur du blog d’un fou-furieux à tendances narcissiques. J’ai le plaisir de vous annoncer que le voyage s’est bien passé et que le contenu de ces pages n’a pas été trop chamboulé par la migration d’une plateforme à l’autre. Vous constaterez des soucis de retour à la ligne ça et là, je les corrigerai avant le prochain cataclysme, c’est promis.
A part ça rien n’a changé, les catégories sont les mêmes, on peut toujours commenter des débilités et les sujets seront toujours aussi divers que variés.
En attendant, bienvenue à nouveau, installez-vous, il y a toute la place qu’on veut… Et à bientôt !
PS : Celui qui trouve l’origine de ce nouveau titre de blog gagne son poids en câlins. Ma soeur est disqualifiée d’office.
Weekly Dalek, épisode 6
Portrait, essai
Man vs Cross
Matt, à deux sous
Weekly Dalek, épisode 5
Autorité, j’écris ton nom
I. Où l’on se rend compte que l’Autorité est un concept à la con.
II. Coucou madame l’Inspectrice ! Voici mon suicide professionnel de la semaine !
III. Où quand même, il ne faut pas oublier…


