Samedi 2 janvier

Le logiciel de vie scolaire m’indique que dix élèves m’ont envoyé des messages pendant les vacances. Huit d’entre eux concernent le boulot. (et deux autres me souhaitent une “bonne anné”, ce qui n’est pas mal). L’insertion de cette fonction a énormément facilité la communication entre prof et élève, d’autant plus qu’elle se fait dans un cadre extrêmement simple et facile.

“C’est le paradoxe avec ce genre de fonctions ou les réseaux sociaux, soupire une responsable du site Média Éducation que je rencontre dans la soirée. Ce sont des outils extrêmement précieux mais qui leur sont toujours présentés de façon culpabilisante.”

De fait, chaque fois que j’ai assisté à des interventions l’e-identité, ou des emplois de facebook et snapchat en classe, les réseaux sociaux sont décrits comme une annexe virtuelle du Mordor, uniquement destinés à offrir un terrain de chasse aux nouveaux Hannibal Lecter. Et même si je ne nie pas le danger qu’ils peuvent représenter, je ne peux m’empêcher que ce discours est en décalage avec l’expérience qu’en ont les mômes. Comment réussir à apporter un peu de cohérence à cet énorme foutoir que sont les nouvelles technologies ? Le chantier est tellement gigantesque qu’il n’avance qu’à peine, paralysé par son propre poids et le nombre de problématiques soulevées à chaque nouvelle avancée. 
Du coup, comme pour beaucoup d’autres domaines, les profs et les établissements bricolent, chacun à leur façon. 

Soirée très joyeuse, très douce. Quand je prends congé, quelqu’un m’appelle “Monsieur le prof de français”. 

Sans m’en rendre compte, au milieu des rires, je le suis redevenu. Et ça ne me gêne pas.

Jeudi 31 décembre – Vendredi 1er janvier

En 2016, prenez soin de vous.

Prends soin de toi. C’est ce qui me vient le plus aisément à l’esprit lorsque je quitte quelqu’un. Ce n’est pas une formule de politesse ou une convention. C’est un voeu. Un gage d’espoir. Comme je ne te verrai pas, comme je n’ai aucun moyen de savoir qui sera autour de toi, je te fais confiance pour, toi-même, prendre soin de ta personne. Parce que j’ai confiance en toi.

En 2016, prenez soin de vous. 

Soyez doux avec vous, même, et surtout parce que c’est difficile. Traversez de belles choses. Continuez à grandir, à regarder, à découvrir. Étendez votre monde en explorant celui des autres. 

Ne laissez pas passer le temps qui nous est imparti. 2016 sera comme 2015 : une poignée de jours à habiter. Inutile d’en vouloir à l’année qui s’achève ou de craindre celle qui commence : on ne blâme pas le matin de nous offrir une nouvelle journée. Faites. Ce qui vous fait battre le coeur plus vite, ce qui vous exalte, ce qui vous terrifie aussi. Ce qui est difficile, ce qui est pénible, ce qui est jouissif. Vous y avez le droit.

Et comme je ne peux décemment pas conclure cette pompeuse allocution sans une référence à Doctor Who, parce que oui, vous allez encore le subir en 2016, je me permettrai juste de citer cette dernière phrase de son premier interprète : “Continuez à construire vos idéaux et prouvez-moi que je ne me trompe pas dans les miens.”

Bonne année 2016. Prenez soin de vous.