
Reprise placée sous le signe de la symétrie. J’ai deux fois deux heures. Avec les Troisièmes Orphée puis avec les Troisième Tortignon. Tout d’abord une étude de texte d’Italo Calvino puis la préparation d’un oral sur Supermarket Lady. Les premiers arrosent leurs textes de commentaires pertinents, s’interrogent sur le ton faussement objectif de l’auteur, établissent d’impressionnants parallèles avec leurs lectures personnelles (ils lisent ! Ils lisent !). La deuxième heure se passent en bâillements à peine déguisés, de leur part comme de la mienne, et les quatre élèves qui se dévouent pour passer au tableau après que j’ai menacé de les faire bouillir au bain-marie me servent des compte-rendu d’une platitude à en faire honte à Waterloo.
Miroir avec les suivants. Je me fâche tout rouge en tentant de créer un semblant de concentration devant les mots, tandis que la sculpture hyper-réaliste les électrise, les idées fusant dans l’air.
Au prof de saisir au vol les intuitions, de les réorienter subtilement et d’y apporter une structure. Une danse pas évidente à accomplir, après une semaine passée à se trémousser sur sa vie sociale. Mais ça revient. Ça revient toujours.
Et à nouveau, l’Ogre d’Ylisse se fait sentir. Les réunions qu’il va falloir organiser, là, vite, tout de suite, les conseils de discipline qui dessinent des RER tard le soir, les obligations de coordonnateur de matière. À midi trente, j’observe T., qui a fini de bosser depuis une heure et ne parvient pas à partir. Remplissage du cahier de texte, mini soucis à régler, papiers… Nous sommes tous dans cette situation.
Après-midi juste parfait. Les deux heures avec les 4èmes latinistes passent comme dans un rêve, les mômes suivent Hannibal, le stratège fou, à la conquête de Rome. Je sors le pas léger, sous un ciel bleu, et je traverse ruelles et parkings, la musique aux oreilles, mon absence de cheveux au vent.
Une petite main m’attrape le bras. Un môme de six ans à peine, jogging et t-shirt salle tend la paume en me montrant sa bouche ouverte.
Ylisse.


