Mercredi 2 novembre

Demain, c’est la rentrée. Alors avant le retour, avant la fatigue qui mord au petit matin, avant le RER, avant les mille visages des élèves et leur dix mille histoires, avant les improbables soucis d’organisation, j’ai le droit à quelques heures de silence ; préparation de cours, à travailler sur un texte que j’adore avec des gens que j’aime.

Trois heures volées. Le bruit des pages et des touches, les voix rarement. L’impression d’être à l’abri, dans les mots comme sous un saule pleureur. Le murmure de la rue à la place de celui des feuilles.

Cette année les chiards, il y a des cours qui vous plaisent particulièrement. Mentez pas, vous me l’avez dit. Et vos résultats ont cafté. Le secret, c’est de les préparer en plein bonheur.

À demain.

Mardi 1er novembre

C’est avec un léger – et désormais familier – vertige que je me rends
compte qu’il me reste 48 heures pour repasser mon costume de prof, qui
repose quelque part dans la panière à travail, entre un voyage en
Bretagne et une cannette de bière.

Je change totalement de méthode
de boulot en vacances. Je ne ferai pas de mon rythme un axiome, mais je
me sens beaucoup mieux dans mes baskets et nettement plus efficace
depuis que je concentre mon boulot sur les affaires courantes en semaine
(copies à corriger, entretiens, sanctions…) et que je m’occupe de
préparer mes cours le week-end et surtout pendant ces fameux congés.

Renouer
exclusivement avec le côté le plus intellectuel de ce boulot est
essentiel, de temps à autres. C’est une tendance naturelle que j’ai
observée chez moi : à force d’individualiser les cours, de prendre du
temps, de m’adapter à chaque classe, je finis par perdre en exigence. Le
fait de ne plus voir les chiards, de me concentrer uniquement sur des
impératifs didactiques me permet de préparer des cours plus pointus, et,
oui, plus difficiles. Que l’énergie que je puiserai au contact des
élèves me permettra de faire passer. Ne jamais se contenter,  c’est ce que les vacances me rappellent.

Parfois, la meilleur façon d’aider les mômes, c’est de ne plus les voir.