NB : Exercice appris lors du stage de pratique scénique au théâtre de l’Odéon.
Activité théâtre avec les troisièmes Glee. Le jeu du guide et de l’aveugle. Un élève guide l’autre, qui maintient les yeux fermés. Après un premier tour, je demande aux guides, sans bruit, de guider un aveugle, qui n’a aucune idée de qui le promène dans la salle. L’exercice qui, jusque là était effectué de façon plus ou moins concentrée prend une toute autre tournure. Le silence tombe. Ces gamins, qui se connaissent depuis plus de trois ans, qui n’ont pas changé une seule fois de classe durant tout leur collège cherchent à qui appartient ce bras, ce mouvement.
A la fin de l’exercice, ils rouvrent les yeux, se voient, à nouveau.
“C’est fou comme on se reconnaît toujours pas !”
Il y aurait tant de choses à dire, sur ce verbe, adverbe, sur la forme pronominale.
Nous sommes vendredi après-midi, la semaine a été longue. Je me contente de les observer, classe pas tout à fait comme les autres, ados absolument banals, se rencontrer autrement.
– Eh bien écoute, je suis un elfe multimillénaire que tu incarnes dans un jeu vidéo, et aussi un produit de ton imagination. Donc moi, je vais bien… par contre toi mon vieux, tu te mets à parler tout seul et ça, même dans un monde où on se fait régulièrement manger tout cru par des dragons, c’est pas considéré comme très très rassurant.
– Je sais, c’est juste que je me pose des questions. Tu sais, trouver du sens, à la fin de chaque journée. Des fois, c’est juste plus dur que d’autres.
– Mauvaise journée ?
– Non, pas vraiment. Journée incohérente. Je veux dire, en ce moment, la seule classe qui progresse, qui progresse vraiment, ce sont les quatrièmes Alakhazam…
– Tu comptes arrêter de leur donner des noms de Pokemon, un jour, ou bien…
– Tu serais gentil d’éviter de m’interrompre, surtout que tu n’existes pas. Ouais. Je disais quoi ? Les quatrièmes Alakhazam, donc. Ils ont, ou plutôt ils avaient un niveau extrêmement faible. Mais ils sont tous hyper gentils, et très dociles. Du coup quand un adulte leur demande de faire quelque chose, ils ne négocient pas. Ils essayent, ils trouvent normal d’échouer, quand on leur explique. Et du coup, ils progressent. Ils progressent beaucoup. Alors non, ils n’ont pas le charisme fou de certains élèves, ou le côté écorché vif tellement sexy d’autres classes. On est juste là, on leur fait cours, et ils deviennent meilleurs.
– Et ça te déprime ? C’est plutôt une victoire de ta vision de la pédagogie non ?
– Oui mais justement, tous les autres ? Les 90% d’autres ? Ceux qui ont du chien, de la gueule, mais qui sont tellement en retard ?
– Non, là tu es juste grincheux, vient, on va faire une quête, il y a un bébé dinosaure et…
– Tu crois ça ? Je te donne un exemple. Ce matin, avec les troisièmes Bazoukan, j’ai voulu faire du théâtre. J’étais sûr que ça allait être la cata, la classe dans son ensemble a la capacité d’attention d’un nourrisson de six mois. On a commencé par des échauffements. Entre autres, il y avait un exercice de concentration, qui commence par une consigne hyper simple, à laquelle tu en rajoutes une, puis une, puis une… Presque vingt minutes pour qu’ils saisissent le jeu, et, quand ils ont fini par réussir, ils étaient en sueur, tremblants !
– Mais ils ont réussi, c’est l’important, non, ils ont gagné de l’expérience, sans doute une relique ancienne et…
– Mais on s’en fout qu’ils réussissent ! C’est un exo que je faisais avec des mômes de six ans quand j’enseignais le théâtre ! Il leur manque des attitudes de bases. Alors on étaye comme on peut, on vernit, mais la vérité est qu’ils vont devoir, par eux-même, rattraper tellement de choses…
– Et à qui la faute ?
– C’est ça le truc. Je ne sais pas. Il y a tellement de raisons. Le contexte socio-culturel, peut-être, eux, nous, le manque de moyens… Je ne sais pas… Des fois j’aimerais, comme dans ton jeu, recommencer à zéro, pour refaire avec eux les quêtes dans le bon ordre, qu’ils n’arrivent pas au niveau 14 devant un boss type Brevet de niveau 80.
– Tu nous ferais pas une petite déprime d’hiver toi ? Il paraît que les humains sont assez sensibles à ça…
– Je vois encore le bon, hein. Sur tous mes quatrièmes, il n’y a qu’une seule élève qui a catégoriquement refusé d’écrire une lettre d’amour.
– Hildegarde, j’imagine ?
– Hildegarde. Avec son mètre soixante-quinze, sa voix à cent deux décibels et ses mains qu’elle agite comme des battoirs à linge. “Je suis une arabe, j’ai ma fierté.”
– Que vas-tu faire ?
– Lui montrer des poèmes d’amour arabes. Et essayer, doucement, de comprendre ce qui coince. Il y en a plein qui ont écrit de belles choses, sensibles.
– Alors pourquoi je n’arrive pas à dissiper ta malédiction de tristesse, ce soir ?
– Parce que tu es dans ma tête. Que je vois tout ce qu’il y a à faire. Et que ça me fout le vertige.
– Oui, ça fait souvent ça, quand on a trop de quêtes en cours. Une chose après l’autre. Une aventure, puis une autre.
J’ai adoré faire cours à Raymonde. Malgré un nom profondément injuste, il s’agissait d’une gamine adorable. Futée, douce, drôle et bosseuse. Catapultée dans une troisième foutraque que j’ai tenté de mener vers le brevet.
Aujourd’hui lycéenne, elle m’écrit pour que je commente le brouillon de l’un de ses devoirs.
Et j’ai le vertige.
En constatant le décalage entre ce qui lui est demandé – et auquel elle a très correctement répondu – et ce que je demande actuellement à mes élèves de troisième. Moi qui me targue de toujours tenir un niveau d’exigence relativement élevé, le choc est violent.
Et la raison en est simple : j’enseigne à Ylisse depuis cinq ans, et il y a trop longtemps que je ne suis pas allé voir ailleurs. La plume de Raymonde me rappelle ce que certains élèves auront à affronter dans moins d’un an.
A toute vitesse, je repêche dans ma boîte mail un courrier où une collègue me proposait de venir assister à des cours de lycée.
Toujours rester vigilant. Jamais en jachère. Un conseil que j’ai oublié. Il n’est pas trop tard, ni pour les mômes ni pour moi, mais il faut faire vite.
Avec la réforme du collège, un nouveau chapitre est apparu au programme de français en quatrième, comme un peu de brioche à l’issue des fêtes de Noël : “Dire l’amour.”
Pouark.
Non pas que je sois un vieil aigri frustré et revenu de tout, hein. (Ce sera le cadeau que je me ferai quand j’aurai quarante ans). Non pas, non plus, que je trouve cette thématique absurde. C’est juste que, d’un point de vue totalement égoïste, je déteste cette partie du cours. Je préfère de très loin aborder l’expression du sentiment amoureux au fil des textes – et il y a de quoi faire, dans ce que l’on étudie en quatrième – plutôt que d’arroser les mômes de dévotion et de serments pendant près d’un mois.
D’autant plus que la quatrième est le moment de la vie qui s’y prête le moins pour des ados qui, pile à ce moment, se mettent à grandir dans tous les sens, attrapent des poils, des seins, des désirs dans tous les sens et se demandent quoi faire avec, et surtout, en quoi tout ça a le moindre rapport avec les délires des poètes de leur manuel.
Qu’à cela ne tienne, en bon fonctionnaire, j’ai abordé le chapitre en question. Et, histoire de nous y mettre jusqu’aux coudes, l’un des premiers travaux des mômes a été d’écrire une lettre d’amour.
Ouais. Comme ça. Alors qu’ils ont à peine les outils pour. Histoire de les mettre, de me mettre, face à la difficulté. Et de voir jusqu’où je pouvais les amener. Aujourd’hui, c’est aux quatrièmes Alakhazam que je propose le boulot. Les quatrièmes Alakhazam ont un niveau général déplorable, mais ont gardé cette innocence enthousiaste de sixième, si l’on excepte que leurs blagues consistent désormais davantage à dessiner des teubs sur les cahiers de leurs camarades que de se faire des chatouilles.
L’activité est accueillie avec consternation.
“Monsieeeeeeur, c’est la HONTE, on peut paaaaaas !”
Histoire d’adoucir le choc, je leur projette diverses images de couples. Le baiser de Camille Claudel, la Belle Dame sans Merci, quelques photos du début du XXe siècle et des images de BD.
“Ce sera eux qui écriront la lettre. Pas vous. Vous jouez leur rôle, et juste aujourd’hui, d’accord ? – Monsieur ? – Oui ? – Exceptionnellement, quand vous aurez évalué le travail, on pourra le déchirer et le jeter à la poubelle. – Promis. – Alors on va essayer.”
Et ils s’y mettent. Certains choisissent la photo de deux amoureux traversant une rivière (”Je trouve ça beau et je sais pas pourquoi”), d’autres une sculpture (”ça a l’air moins vrai, je sais pas pourquoi, ça me gêne moins.”). Et beaucoup optent, comme prévu, pour une vignette représentant Spiderman et Mary Jane. Pendant un peu moins d’une heure, tous travaillent en silence. Compulsant le vocabulaire à leur disposition, les figures de style et les textes qu’ils ont lu. Lentement, le “salut BB” de Spidey se change en serment dont un chevalier courtois n’aurait pas honte.
Seul Sigurd n’a pas touché à son stylo. Sigurd est un gamin discret et jovial, que je connais depuis deux ans. Il ne proteste jamais. Mais là, lève sur moi un regard désespéré.
“Je peux pas, monsieur. – Qu’est-ce qui ne va pas ? – Je peux pas c’est… C’est trop dur. Pas l’exercice, hein. Mais de l’écrire. – Je vois. Vous aimez Spiderman ? – C’est mon héros préféré. – Alors imaginez qu’il écrit, non pas une lettre d’amour, mais une lettre dans laquelle il explique une aventure qui a très mal tourné pour lui, et dans laquelle ce qu’il éprouve pour Mary-Jane l’a aidé à s’en sortir. – Comme si ça lui avait donné des forces en vrai ? – Voilà. En vrai. – L’amour, là, ce serait pas trop de l’amour, mais un super pouvoir ? – Exactement. Vous pouvez essayer de faire ça, vous pensez ? – Je peux mettre un combat, quand même ? – D’accord. Mais pas trop long.”
Fait rarissime, je n’interviens presque pas pendant vingt bonnes minutes. Les quatrièmes Alakhazam tremblent comme des réacteurs de 747. Mais ils ne lâchent pas leur stylo.
Je me demande si, lorsque l’heure se termine, quelques fissures ont percé dans la grande inhibition adolescente…
Bonsoir, ici la vie professionnelle, tout va bien se passer. Nous allons reprendre ensemble quelque bases…
Tout d’abord, rappelez-vous que les élèves, les heures et les classes sont pour le moins variés et que tous ces facteurs décideront de la façon dont votre cours, par exemple celui où vous présentez le contexte de la pièce Antigone sera perçu. Par exemple, en troisième Glee à 9h30, cela donnera quelque chose du genre : “Hmm hmm, intéressant. Et monsieur, pourriez-vous nous parler davantage des versions de la pièce écrites entre Sophocle et Anouilh, que l’on comprenne mieux la progression du personnage ?” En troisième Bazoukan, à 14h00, l’ambiance sera plutôt à quelque chose du genre : “AAAAAAH, il couche avec sa mère c’est DÉGUEULASSE, ah mais monsieur vous avez VU ? La sphynge elle est à POIL, à POIL, c’est porno !”
N’oubliez pas également que les adolescents sont de petites boules d’affect à gérer délicatement et que, oui, après t’avoir souhaitée la bonne année, Amelia te fera copieusement la gueule pendant une heure parce que tu ne lui as pas répondu dans la seconde. Après, tu était en train de tenir à bout de bras deux quatrièmes qui voulaient se casser la figure, rapport à une sombre histoire de stylo que l’un d’entre eux se proposait de mettre dans un endroit non recommandé par le fabricant.
Cela dit tout n’est pas sombre ! Après tout, c’est la fin des fêtes et, entre collègues, pour vous réconforter, vous avez apporté à vous tous suffisamment de chocolat pour invoquer une incarnation du diabète et tenir à peu près deux jours et demi. Et puis, on vous a vu, hein, sourire en en revoyant certains, ou en les écoutant raconter les Bar Mitzvah de leurs neveux.
Et puis vous terminerez avec votre cours de préparation seconde, sur une note douce-amère, heure durant laquelle les élèves participent de façon constructive et pertinente, vous écoutent, des étoiles dans les yeux, et vous rendent des copies dont l’orthographe et la syntaxe ne ressemblent à rien de connu. Et vous vous rendrez compte que le travail est immense, même pour les plus avancés dans le domaine scolaire.
Enfin, vous accueillerez, dans ce même cours, Rahal, exclu, qui observera ses camarades avec dédain, alors que, bon sang, il devrait être là, lui aussi, il a tout ce qu’il faut, pour réussir une seconde générale.
Tout sauf l’envie. Et est-ce qu’on peut aller contre ça ?
C’est lundi, c’est lundi, putain c’est lundi. Je ne veux pas y aller. De toutes façons j’ai oublié comment on fait. Je vais faire rentrer vingt-six mômes en classe, et je vais me liquéfier pendant qu’il vont transformer la classe en une annexe du crique Pinder en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire le scénario d’un film Avengers.
Et puis alors après, la principale passera dans le couloir, elle entrera pour voir ce qu’il se passe et, si elle ne s’est pas prise une chaise dans la tronche, elle me convoquera dans son bureau, et je devrai lui avouer que je n’ai pas préparé mes cours comme il faut, parce que j’aurais tout à fait pu passer plus de temps à bosser sur l’activité de groupe prévue pour commencer Cyrano et en fait, j’ai préféré consacrer ce temps à faire évader Lady Ashvane de prison dans World of Warcraft.
Si je n’ai pas été radié de l’Éducation Nationale après ça, on me renverra devant les élèves, et ce sera affreux parce que je ne me souviens plus, mais alors plus du tout du nom de tous les mômes, de leur personnalité, de ce qu’il ne faut surtout pas que je leur dise et de ce qui fait qu’ils acceptent de se lancer dans ce que je leur propose. Alors en faut, je crois que je vais m’enfuir à toutes jambes, ou alors regarder les offres d’emploi, oui, n’importe quelle offre d’emploi je…
Trois jours avant la reprise des cours. Et toujours, ce cours sur Antigone. Drôle d’impression : celle de ne pas faire bosser sur ce que je souhaite leur apprendre, mais sur ce quoi je ne veux pas qu’ils butent. Parce que le début d’Antigone, c’est violent. Tous les ans.
Pourquoi ce début d’histoire où on nous raconte tout, pourquoi cette fille qui parle de façon hallucinée, pourquoi ces dialogues qui ne vont nulle part ? Et pourquoi devrions-nous nous décortiquer ses mots, des semaines durant.
C’est un moment éminemment désagréable, mais essentiel, que cet instant durant lequel il faut passer en revu tout ce qui n’a pas fonctionné, tous ces moments de désintérêt, de lassitude ou de découragement, parce que le texte n’a pas su faire entendre sa mélodie, et que j’ai été un pauvre instrumentiste. Mais ce sont aussi sur ces échecs que je capitalise. Même s’il est toujours épuisant de s’y confronter.
Préparation de cours. Pour la cinquième année consécutive, je prépare l’arrivée d’Antigone à mes élèves de troisième. Pour la cinquième année consécutive, j’ai reconstruit ma séquence depuis le début.
Non pas parce que les précédentes étaient toutes – forcément – à jeter. Mais parce que, pour la cinquième fois, j’ai trouvé une nouvelle façon de l’aborder qui me paraît plus pertinente que ses aînés.
“Le propre des classiques est d’être inépuisables” nous avait proféré un prof de khâgne, il y a bien longtemps.
Pour que cette phrase cesse d’être abstraite, il aura fallu que j’enseigne la geste d’une princesse à des élèves de REP+.
J’ignore si c’est un effet du début de l’année, du fameux mouvement des “stylos rouges” – auquel je n’adhérerai que le jour où on leur donnera un nom plus cool du genre “Les griffons en moto avec de grosses lunettes de soleil – ou le fait que la profession d’enseignant ait bien pris cher dans les médias dernièrement, mais j’ai reçu, en l’espace de trois jours, quatre messages comportant tous, en substance, la même demande : comment se sentir légitime en tant qu’enseignant ? Parce qu’on est trop jeune, trop vieux, trop timide, trop bordélique…
Cette demande m’a interpelée pour deux raisons : la première c’est qu’à chaque fois qu’on me pose ce genre de question, j’ai la sensation de devenir Yoda et je ne me sens pas encore la sagesse de me battre contre des droïdes et de manger des racines. La seconde est que ce n’est pas la première fois qu’on me le demande. J’avais déjà répondu en bottant en touche, expliquant en substance que nous avons tous été placés devant des élèves. Et que, nous sommes, littéralement, légitimes.
Après, je comprends qu’il y a un monde entre être légitime, et le sentir.
Et si je dois commencer par parler – une fois encore, évidemment – de moi, je dois avouer que je ne me suis pas vraiment posé la question, au début. J’ai été placé devant des mômes, et j’ai essayé de faire au mieux ce que l’on attendait de moi. Je sais, j’ai à peu près autant de recul que mes lapins quand on leur pose une assiette de légumes devant le museau.
C’est venu après. Après des journées durant lesquelles mes cours avaient davantage ressemblé à la bataille d’Endor, pour rester dans la métaphore Star Wars, qu’à des cours, des moments où j’ai eu la bêtise de lire des commentaires sous des articles traitant d’enseignement (ne.faites.pas.ça) ou même mes billets de blogs (je ne le fais maintenant qu’en écoutant la carioca). Et bien entendu, je me le suis demandé : qui suis-je, pour enseigner, et, plus encore, pour dire à des mômes que c’est comme ça qu’il faut apprendre ?
Comme à peu près tout dans ce boulot, j’ai appris à tisser ma réponse petit à petit. Parce que, bien entendu, cette recherche de légitimité est… ben légitime, justement. Ce que nous faisons, passer tellement de temps avec tellement d’enfants différents, est tellement énorme. Et personne, personne ne nous a jamais appris à nous dire que c’est normal. Que nous avons les outils pour cela. C’est pour cela que, les années avançant, je me désintéresse de plus en plus de ceux qui doutent. Des polémiques qui fleurissent, des crachats sur la profession et ses représentants. Ce fut ma première étape.
Je suis prof. Deal with it.
Et, par fragments, j’ai appris à la trouver ailleurs.
Auprès de mes élèves. Pas tout le temps, pas exclusivement. Mais il y a mille façons, de la trouver parmi eux. Quand une heure se passe bien. Quand on suit son cours, parfois contre eux, au départ, et que, oui, ils finissent par comprendre, qu’on leur a apporté quelque chose en tant qu’adulte qui sait. Quand certains nous montrent qu’ils ont compris.
Mais ça ne peut pas suffire. Et c’est le pire des services à rendre, à eux, à soi, que de chercher auprès d’eux une validation. Alors il y a les autres adultes. Ceux qui ont suivi le même chemin que nous. Les collègues. Ouvrir les portes de sa classe. Bosser en projets, en séquences croiser, aller visiter les uns, les autres. Échanger, s’engueuler. Ce qui se passe dans mille autres métiers et que nous n’avons que trop rarement le temps et le réflexe de faire. Je ne me suis jamais senti autant prof, aussi heureux de partager mon boulot, qu’en décortiquant un cours ou en préparant une séquence commune. Et, dans un monde idéal, c’est à cela que servirait les inspections. (J’en profite pour signaler aux éventuels IEN que j’attends toujours ma première inspection… J’ignore toujours si ma méthode pour enseigner le jonglage avec des torches enflammées est correcte ou pas…)
Et, bien sûr, les années aident. Quand on trouve les façons de faire qui fonctionnent souvent. Quand on arrive à mettre en place une organisation cohérente et qui nous convient.
La légitimité dans le métier d’enseignant est terriblement difficile à acquérir parce qu’on ne travaille que dans l’urgence. Sans recul. Alors, bien souvent, elle éclate. Et en ramasser les fragments est un travail pénible. Qu’on a du mal à se convaincre d’effectuer.