
(NB : J’ai hésité à écrire ce billet car, après une matinée de réunion et une semaine pas mal chargée, je ne me sens pas d’écrire un article profondément détaillé. D’un autre côté, ce journal a toujours cherché à capter les émotions comme elles arrivent. N’hésitez donc pas à compléter ou demander des précisions si besoin.
Première préface en 5 ans de journal, ça fait bizarre. :D)
Depuis que j’enseigne, le terme “d’école inclusive” s’est réveillé. Doucement. Faisant de plus en plus de bruit.
Qu’est-ce que c’est donc que cette bête-là, me demanderez-vous, heureuses âmes qui ne travaillent pas dans l’Éducation Nationale ? Eh bien l’école inclusive consiste tout simplement à faire cohabiter en classe absolument tous les élèves, quelles que soient leurs capacités premières d’apprentissage, leurs schémas mentaux ou leur façon d’être. Cela s’oppose, notamment, à l’idée de créer des sections spécialisées, telles que les classes ULIS ou SEGPA dans laquelle des élèves ayant des difficultés spécifiques feraient toute leur scolarité.
Sur le fond, l’intention est louable. La société ne fonctionne pas – et c’est heureux – en maintenant à l’écart des gens qui ne rentrent pas dans une “moyenne mentale”. Cependant, apprendre lorsque, par exemple, on ne parvient pas à lire un texte écrit, alors que l’on est parfaitement capable d’en saisir les nuances lorsqu’il est lu à l’oral nécessite des moyens humains. Des aménagements spécifiques.
Et c’est là toute l’hypocrisie du système éducatif français actuel.
L’école inclusive est devenue, dans énormément d’établissement scolaire, un moyen de faire des économies et de maintenir les personnels éducatifs dans un état de culpabilité permanente.
Pour cela rien de plus simple : on détruit petit à petit les dispositifs spécifiques, les classes où travaillaient les élèves à besoins particuliers, avec, dans la voix de grands accents d’indignation. “Ouiiiiii, comment l’Ancien Monde a-t-il oséééé parquer ces pauvres enfants, scaaaandaaaale, nous allons tout changer.” Et, ni une ni deux, on flanque ces élèves dans des classes classiques.
Et c’est à peu près tout.
Les élèves sont laissés à la charge d’une équipe d’enseignants absolument pas formés (et parfois pas au courant) sur lesdits besoins spécifiques, avec, au meilleur des cas, une toute petite poignée d’adultes et d’heures pour aider, à condition que ton bahut soit placé à la croisée de deux champs magnétiques et à quarante-cinq degrés de la constellation d’Orion. Et si des adultes osent se plaindre que, on ne serait pas un peu en train de se foutre de notre gueule, par hasard Balthazar (copyright Princesse Soso, ma reine et mon mentor enseignant) :
– Soit on nous rejoue le numéro du “comment OSES-TU vouloir enfermer ces pauvres âmes comme c’était le cas auparavant, MONSTRE ! EXPIE, désormais !”
– Soit on nous chante l’air du Livre de la jungle “Aaaaie confiaaaaance !” à grands renforts d’arguments du genre “Mais VOUS SAVEZ comment faire, au fond. Vous êtes de SUPER PROFS. Vous ALLEZ TROUVER.”
– Soit, après s’être échinés, on va royalement nous dégotter un.e AVS pour s’occuper de huit élèves.
Les AVS (”Auxiliaires de Vie Scolaire”) sont des adultes chargés, justement, de jouer les médiateurs entre le cours du prof et l’élève. Ils font ce que l’enseignant n’a pas forcément le temps de faire. Par exemple, un prof pourra adapter ses explications à un élève, mais difficilement, lui servir de secrétaire si ledit élève ne parvient pas à écrire. Ou rester vigilant durant l’heure à ses soucis de concentration. Bref, AVS est un boulot hyper délicat, qui exige de bien connaître l’élève et d’avoir des notions de pédagogie.
Alors que bon, dans les faits, les AVS ont des contrats de travail hyper précaires, des conditions de travail compliquées et en guise de salaire, les pièces jaunes qui trainent dans les poches des recteurs.
L’école inclusive à la française ne propose pour le moment qu’un nombre ridicule de formation aux enseignants. L’école inclusive à la française ne permet pas de se procurer du matériel adapté aux enfants. D’avoir un peu moins d’élèves dans les classes où on trouve beaucoup d’enfants à besoin particuliers. L’école inclusive à la française est, pour l’instant, un moyen de ne plus avoir à financer des dispositifs qui, s’ils n’étaient pas parfaits et nécessitaient du travail permettaient justement, petit à petit, de replacer des enfants dans un parcours classique.
L’école inclusive actuelle culpabilise enseignants spécialisés, profs et personnels de l’éducation. Elle laisse des enfants face à leurs difficultés. Elle n’a d’inclusive que le nom.
Elle est une blessure honteuse de l’Éducation Nationale, et de la société, qu’il est urgent de traiter.








