Mardi 31 août

Moment de panique cet après-midi : à force de faire mijoter les premières séquences de l’année dans la marmite fondue qui me sert de crâne, je me fais un nœud au cerveau. J’ai l’impression de ne plus rien comprendre. Sensation familière. Sensation que j’ai ressentie pour la première fois il y a quatorze ans. Celle de ne pas savoir, de ne pas comprendre.
On pourrait croire qu’après tout ce temps, et mon entrée dans la catégorie vénérable de ceux qui reçoivent leur relevés de points pour la retraite – celles et ceux qui rigolent seront collé·es demain – ce genre de truc ne m’arriverait plus.
Et pourtant ça arrive.
Ça arrive parce que l’Éducation Nationale fonctionne comme ça. Pour venir vivre dans une région qui me semble plus douce, j’ai dû accepter de renoncer à la stabilité. À nouveau remplaçant, à nouveau brinquebalé ici et là, à découvrir des niveaux que je ne connais pas, à servir, parfois d’appui pour des collègues qui en ont besoin, parfois de rustine pour pallier aux manques de l’administration. La vie de TZR, quoi. Qui, sur bien des points, n’est pas acceptable.
Mais une partie de moi reconnaît aussi que je l’ai choisi. J’éprouve autant d’admiration pour les collègues contractuels qui passent d’établissements en établissements au fil des mois que ceux qui entament leur dixième année dans un établissement. Lorsque je suis parti d’Ylisse, le bahut de REP+ dans lequel j’étais resté six ans (il faut bien que les nouveaux venus aient le résumé des saisons précédentes), j’ai ressenti du soulagement. Non seulement parce que j’avais épuisé l’énergie si spécifique nécessaire pour travailler dans ce genre de collège, mais aussi parce que je retrouvais, quelque part, ma liberté.
Alors quelle posture adopter ? Celle, toujours furieusement romantique, de l’éternel insatisfait ? Je ne sais pas. Face à moi, il y a Juste la fin du monde. Accoudé au papier, Louis, le personnage principal, me parle de l’illusion d’être responsable de soi-même, d’être son propre maître. Est-ce pour cela que je continue à danser d’un pied sur l’autre ? Collège, lycée, Paris, la Bretagne ? Le Samovar, toujours brinquebalant, à trouver un apaisement dans les soubresauts ?
Ouais. Il est temps que la rentrée arrive, avant que je ne bascule définitivement dans des méditations métaphysiques version coca light. Il est temps que des questions concrètes se posent, que je confronte mes cours de vieux débutant aux intelligences d’un nouveau bahut.
Il est temps d’entrer en scène. Là où – pour une fois – j’ai la sensation d’appartenir.
