
Rédaction des bulletins de mi-semestre. À de très nombreuses reprises, je me surprend à évoquer les progrès des élèves sur deux ans. Ceux à qui j’enseigne en cinquième et que j’ai découvert l’année dernière, en sixième. Et je n’amende pas, ça me semble important. Tellement de choses ont bougé, entre ces moments.
Je reste fermement persuadé qu’il est nécessaire que les élèves changent d’enseignant : varier les approches et les méthodes, les individualités aussi, c’est nécessaire. Mais ce regard au long terme est précieux. Ne serait-ce que pour rendre compte des efforts fait par Ollie, qui parvient désormais à comprendre comment chercher des informations dans un texte, quand elle se contentait, en sixième, de recopier des fragments de phrases aléatoires dans son cahier. Comme pour Nathan qui, brutalement, a cessé de regarder les adultes dans les yeux et semble désormais perpétuellement éteint lui, la petite étincelle de sa classe de sixième. Des attitudes, des changements qui ne s’écrivent pas forcément dans les bulletins, justement, mais que l’on remarque à force de les fréquenter.
L’idée selon laquelle il faut un village pour élever un enfant est sans doute galvaudée, mais repose sur une réalité : c’est l’addition de nos regards d’adultes qui tisse le cocon dans lequel les mômes se métamorphosent. Et les moyens, humains comme matériels de plus en plus ténus dont nous disposons ne nous rendent pas la tâche aisée. Alors poursuivre. Poursuivre, même dans ces lignes limitées en caractère, en espérant que jamais, jamais, nous ne cessions de les voir, ces êtres qui nous sont confiés.







