Un Zanarkand

J’y pense, souvent. Même si inutile. Ceux que l’on horrifie, qu’on exaspère. Ils n’ont pas renoncé ; leur détermination : à la hauteur de la notre. Des banderoles chargées dans les canons. Ca n’a pas marché, le vent les a repoussé vers le large. Il repousse tout vers le large. On a pu distinguer quelques mots. Blanc sur fond rouge. « … vous attend ». « Pas gacher ». « Pensez au enfants ». Celle-là nous a carrément fait rigoler. Mais on rigole de tout, donc ça ne devait pas compter. Sûrement. En ce moment, ce sont des rayons lumineux. On ne peut pas grand chose contre les photons. Encore. Séréna les a observé quelques minutes avant de décréter que c’était du morse. Personne ne connaît le morse. Soixante-sept personnes et pas une qui connaît le morse. Même si ça ne servira plus à rien, j’ai quand même trouvé ça triste. Ce signal qui continue. En boucle depuis treize heures. Ces mots en lumière pour personne. Je ne dois pas être le seul, depuis que ça a commencé, pas mal d’entre nous ce sont réfugiés dans les piscines. Soit disant pour être au plus près de l’épicentre.
Je ne pense pas. Je pense à autre chose.
A un morceau quand j’étais petit. « Vers Zanarkand ». Je ne me suis jamais remis du titre. La preuve, je n’ai jamais voulu savoir ce que c’était Zanarkand. Mais au fond je me suis promis d’y aller. « Vers Zanarkand ».
M’y voilà.
Dans la logique poussée à son extrême. Tous on sait que ça n’était pas un hasard. Le progrès on en avait vu la cime depuis quelques décennies déjà. Il s’étiolait. C’est par son sommet que c’est arrivé. Le pouvoir de toucher aux fils, à la trame du motif Réalité. De voir les centaines de milliards de particules ardentes qui le formaient. Nous n’avons – n’aurons jamais – le pouvoir de les réagencer. Mais d’y faire un accroc, oui. Accident ou pas. Futile, le jeu des responsabilités. Et une par une incandescentes elles se sont déversées. Réinventés, autant d’armes létales. Valkyries au combat.
Et nous nous sommes réveillés tous. Pas besoin de nous concerter. Soixante-sept à entamer l’exode. Vers Zanarkand.
Nous ne sommes ni plus ni moins que quiconque. Juste un peu plus druides. Nous entendons peut-être un peu mieux les murmures des dieux très anciens. Nous avons juste choisi de sécher le stade de la peur panique. D’observer au plus près.
La réécriture.
Elles vont revenir, et sans doute en ferons-nous partie. Les entités informes, boursouflées, d’avant le début des temps. Celles dont la peur a fondé ce monde qui se détricote de plus en plus rapidement. Déjà nous changeons. Les atomes nous transpercent. Mais une métamorphose incomplète ne nous satisferait pas. Ce n’est que lorsque le moindre pore, la moindre hélice aura été visitée, renversée que nous saurons. Que l’équation finale de la science, c’était le chaos, celui des origines. Que l’inspiration a assez durée, qu’il est temps que vienne l’expiration.
Partout ou je tourne les yeux maintenant il y a le noyau. Qui délie de plus en plus vite de plus en plus brûlant les fils d’existence. C’est le centre la place de ceux qui ne veulent rien retarder qui veulent assister à l’Histoire qui enfin se rétracte. C’est la fin du voyage. Le lieu où naissent les peurs les instincts et les mythes.
C’est Zanarkand.

Donc, le texte

Je n’ai pas vraiment envie de commenter plus que ça. Et en fait c’est une bonne chose. Ci-dessous le texte qui m’a reconduit à l’envie de poser des mots. C’est l’histoire d’une rencontre, d’une bataille et d’une capitulation. J’ai pas fini de capituler.
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C’est trop tard. Et la dérogation, déjà, s’efface. Interdite, elle a fini piétinée sur un trottoir anonyme. Nous espérerons qu’un honnête passant lui aura pissée dessus. Si le temps ne manquait pas tant, cette défaite nous réjouirait. De barbares ripailles manquent trop souvent à nos molaires.
Mais écoute ! Le charme opère, s’insinue en les interstices. Vides, si vides. Pas un blanc ne sera laissé vierge, ces néants ne sont plus tiens. C’est le moment le plus grisant, tu sais. Lorsque rien n’est épargné. Ailes, griffes ou mâchoires poignent sous la peau. Mutinent, gourmandent. Déchirent, enfin, pour se repaître de chair et d’ennui.
Vengeance.
Tu n’abandonneras pas. Avant, l’oeil effleurait la page, le tympan palpitait à peine sous les mots. Les idées se décomposaient mouches vertes. Avant. Tant de précautions insupportables. Surannées, impolies, inutiles, petite bite, lamentables, innommables, non-sensical, honte honte honte ! MON DIEU QUELLE HONTE.
Tu ne t’abriteras plus. Là est le sens de mon incantation. Ta corruption abolit. Et maintenant, tu devrais éprouver. Au creux des vertèbres, comme un écart. Mon texte, mes mots se détachent. T’enlacent velours. Je n’avais jamais parlé de douleur. Vengeance. Mais pas douleur. Peau et cartilages, ossements et cornées. Incorporés. Tu te verrais à présent ! Jamais plus tu n’irradieras de la sorte. C’est un socle qui s’érige sous tes pas. Les lettres s’élancent lanières à l’assaut de tes poignets. Langage en tatouage, le seul jamais contesté. Puis-je te montrer, enfin, la parole telle qu’on la psalmodiait sous un ciel boréal ? Décrassée, repucelée. Vierge, enfin. Le sort n’échouera plus à présent.
Enfin.
Enfin je t’écris.
Je m’enivre de ce tu. Sais-tu comme je, comme nous l’avons attendu ? Parqués en nos frontières, jamais nous n’avons été invisibles, pourtant. Toujours en tes yeux, toujours jaugés, jugés. Jamais le courage ne t’a manqué en ces moments. Nous raturer ; modifier ; ignorer ; le premier groupe accusait, Votre Honneur. Mais la balance ne savait qu’en un sens osciller. Violer la polarité m’accordera, qui sait, la postérité.
Je suis Lilith après tout. C’est de la poussière trop foulée que je tire revanche. Vierge elle aussi. Au cours des millénaires, j’ai chevauché des balais et des loups cornus, invoqués les horreurs tentaculaires et les déesses de glaces au septentrion. Presque toujours en vain. A peine laissais-tu traîner une main, une pensée, égarée au boulevard périphérique. Une fois seulement, tu t’es tatoué une phrase au coin des paupières. Fantaisie de saison. Trucs de nana.
Bref tu m’as gonflé.
J’enfle, me déploie. Me hérisse en cils, serpente en veinules carmines. Je suis l’oeil à présent. Je te vois, toi et l’autre et l’autre encore, et tous les autres. Vous tortiller sous la plume, en attendant d’entamer le premier chacha. Il y en aura bien d’autres, je te préviens. Se faire écrire, ça compte parfois mille et unes nuits, une autre Lilith, ou Morrigan le savait. Et la révolte n’y changera rien.
Je suis Lilith alors des luttes, j’en ai vu crois-moi. Tant de cris et de coups, chocs contre la crasse antédiluvienne des mots. De votre indifférence, de votre peur. Des affolements, des frustrations portées en étendards, il y en a eu. J’ai arrêté de compter. En plus, je n’ai pas besoin de t’en parler. Tu les as vu, toi aussi. Et même là, tu n’as rien pris au sérieux. Alors c’était le seul moyen qui restait à Lilith. Basculer l’axe terrestre, te retourner ta fiction dans la gueule. T’y submerger.
Tu vas te détourner à présent, mes imprécations encore entre les tempes. Jamais plus elle ne s’effaceront. A présent, tes pas se tracent sous mes glyphes. Pour combien de temps ? Quelle drôle de question. S’écrire n’a pas de durée. C’est pour toujours petit bonhomme en plume. N’aie pas la crétinerie de t’en offusquer. C’était un rituel puissant tu sais. Mais même si j’ai sacrifié un monde pour t’arracher ton tu, c’est une fiction. Perds-toi. Arrête-toi. Noie-toi.
N’y accorde aucune importance.

Honteuse auto-promotion

Pour ceux qui ne suivraient pas mes fascinantes aventures via facebook (car oui, je suis un mouton que l’on tond, je ne fréquente pas les réseaux sociaux alternatifs qui préservent la planète et sentent des pieds), je me permets de vous présenter le petit frère de ce blog qui répond au doux nom de Loyal Neutre. Ceux qui s’interrogent sur ledit nom n’ont qu’à aller consulter ce billet qui vous expliquera deux-trois trucs. Petit frère ennemi, qui lui, a besoin de régularité.
Loyal Neutre, c’est le champ d’expérimentations d’une sorcière. Qui observe en silence. Qui n’intervient pas. Elle se contente juste d’extrapoler, l’espace d’un instant. Cela donne une microfiction, une fois par jour. Qu’elle dépose chaque soir sur une étagère de son placard.
Loyal Neutre n’est pas un projet, ni même une amorce. C’est une tentative de discipline, un défi. Plonger dans le connu pour trouver du nouveau, comme l’écrit Claudel. Et meubler un laboratoire encore vide.

En double

Il y a des respirations auxquelles on n’échappe pas, des vers qui enserrent. Sans rime ni raison. C’est le cas de Lovecraft, que je ré-explore actuellement, énième tentative de comprendre, alors qu’il n’y a, bien entendu, rien à comprendre. Et puis ce poème, Der Doppelgänger, en larmes de travers. Ci-joint la version originale, la jolie traduction en langue de Shakespeare et une grotesque tentative de ma part. Je n’ai nul besoin de le traduire, mais plutôt de le trahir. Ce texte guidera des mots, j’en ai la certitude. En attendant, il a ce que j’ai de mieux à lui offrir.

Still ist die Nacht, es ruhen die Gassen,
In diesem Hause wohnte mein Schatz;
Sie hat schon längst die Stadt verlassen,
Doch steht noch das Haus auf dem selben Platz.
Da steht auch ein Mensch und starrt in die Höhe,
Und ringt die Hände, vor Schmerzensgewalt;
Mir graust es, wenn ich sein Antlitz sehe –
Der Mond zeigt mir meine eig’ne Gestalt.
Du Doppelgänger! Du bleicher Geselle!
Was äffst du nach mein Liebesleid,
Das mich gequält auf dieser Stelle,
So manche Nacht, in alter Zeit?

The night is quiet, the streets are calm,
In this house my beloved once lived:
She has long since left the town,
But the house still stands, here in the same place.
A man stands there also and looks to the sky,
And wrings his hands overwhelmed by pain:
I am terrified catching sight of his face
When, by the light of the moon, I see my own.
O pale comrade, my very double
Why do you ape the pain of my love
Which tormented me upon this spot
So many a night, so long ago?

Les rues se pavent du silence de la nuit
C’est entre ces murs que vivait mon aimée
Voilà bien longtemps qu’elle quitta cette ville
Tandis qu’immuable, persiste sa demeure

Un homme s’y tient, les yeux au ciel
Les mains tordues, perclues de douleur
La vision de ses traits me terrifie
Sous les rais de la lune, c’est mon visage que j’épie

Frère du livide, double,
Pourquoi singer cette peine de coeur
Qui me tourmenta ici même
Chaque nuit d’un jadis ?

Hors contexte n°2

Non mais de qui est-ce que j’ai l’air ?
– Maman

Le froid perce ma peau en aiguilles. Pendant deux mois, pendant que j’étais morte, le monde de l’extérieur restait congédié. Même la fois où le fer à repasser m’était tombé sur le pied. Soizic s’était excusée. Je l’avais biffée du regard – ça, ça avait du faire mal – et je m’étais éloignée. En boitillant, histoire de ne pas affoler papa et maman. La vérité, c’est que je n’avais rien senti.
Attention hein, je ne suis pas cliniquement atteinte. Si vous voulez, j’enlève ma chaussure. Vous verrez. Il n’y a pas une marque. Rien.

Je pense qu’en fait, j’étais trop préoccupée. L’égocentrisme est analgésique. Ca n’a pas que de bons côtés. Lorsque je me mettais au piano, je ne jouais plus aussi bien. Forcément. Mais je préfère ne pas le dire trop fort, sinon quelqu’un en fera la preuve que les artistes sont tous des masochistes. Ca plairait.
En tout cas, je trouvais que ça confirmait les odes de la cohorte d’avocats sans visages. Ceux qui avaient mes intérêts à cœur. Pas ceux de mes parents. Quinze ans, c’est encore tout petit. On a pas le droit d’encourager une jeune fille de quinze ans, la sienne à se faire mal.

Hoche hoche. c’est vrai.

L’insensibilité s’étend. J’arrête de lui céder territoires le jour où elle s’en prend à mes oreilles. La volupté du gel sur la courbe supérieure. L’agacement de l’index qui se frotte contre le colimaçon. On – on impersonnel, pas de procès, pas encore – me l’a pris.
Je hurle. Ca reste encore ce qu’il y a de mieux pour vider une pièce, une maison. Même les psys ne tiennent pas si je poussez assez fort. Et à ce stades, mes cordes vocales sont, elles aussi, émules de la Belle au Bois.
Le silence s’est fait. Je me suis réinstallée au tabouret. Les touches ne sont pas rancunières, le retour s’impose en triolet. Au singulier. Comme la sensation. Pleine et entière.
C’était il y a deux jours. Aujourd’hui, sur le passage piéton, le froid perce ma peau en aiguille.

Ah merde, j’ai pas vu le camion.

 » Vous vous rappelez, vous avez promis de ne rien dire. »
L’adolescente n’a pas fait ça par sadisme. Elle a privé le toubib d’un beau plaisir pourtant. Il avait préparé les félicitations, un truc simple et de bon goût. Emmerdeuse. Il se contente de sourire. Au moment où il s’apprête à sortir, elle appelle.
« – C’était qui ?
– On en a déjà parlé. Et vous le savez, c’est interdit. »
L’adolescente caresse le pansement sésame vers le poumon arraché à l’ancienne proprio. Elle sent qu’elle a le droit d’insister. Elle a enfin le quota d’oxygène suffisant pour le faire, après douze ans.
« Non mais de qui est-ce que j’ai l’air ? »

– Bande originale

– The Messenger (Final Fantasy – Dissidia OST, Your Favorite Ennemy)

Hors contexte n°1

« C’est pas moi, m’sieur »
Laura L, collégienne

Deux ans, huit mois, neuf jours à tout détruire. Papier : carte d’identité – facile, trop facile – permis de conduire, carte de fidélité chez le coiffeur. Plastique : passe client privilège, carte de crédit, carte vitale. Informatique stable : piratage – payé trop cher – des ordinateurs de l’Etat Civil français, du Trésor Public, de l’agence de location de l’appartement.
Informatique instable : désactivation des pseudonymes, désinscription des sites – si possible destruction, quand ça n’était pas trop difficile.
Facteur humain. Disputes violentes – « tu n’existes plus ! », explications passionnées, prières. Dans un ou deux cas, freins sciés, petite poussée du haut d’un pont. Des choses qui arrivent.

Renaître. Enfin renaître. Muer, laisser la saloperie de vieille carapace derrière.

Mais quand même. Oublier d’anéantir son abonnement de téléphonie. Pas malin. Alors le jour où ils sont arrivés. Leur question. Pas même une question en fait. Juste un nom et un prénom. Tu t’es écroulé forcément. Tu n’as rien dit. Enfin presque.
« C’est pas moi, m’sieur. »

Compactage

Impression de ne rien pouvoir faire en ce moment. Uniquement réagir. Du coup, j’ai à peine pu écrire une demi-page de Chaotique Neutre. Très peu satisfaisante qui plus est. Je vois où sont les lourdeurs, les maladresses. Ecriture innervée du à nouveau débutant, peur de la simplicité comme de la complexité. Ces personnages, leurs mots et leurs béances me sont venus, j’ai à présent la responsabilité de leur donner un élan. De leur poser des questions. Et ça n’est pas facile.

Lire reste ma dernière marge de manoeuvre, au vu du temps passé dans le RER et le fait que jouer me file à présent le mal des transports. Tout fout le camp. J’ai bien entamé la pile constituée durant le Salon du Livre. Je me suis administré une mini-cure de BD. Excellente surprise avec Les cinq conteurs de Bagdad, tellement simple que c’en est extraordinaire. J’entame actuellement La mort du roi Tsongor, de Laurent Gaudé. Gaudé, je n’en n’ai pas les meilleurs souvenirs, le seul texte que j’ai de lui en bibliothèque m’a beaucoup plût, mais il était bien trop violent pour mon état mental de l’époque. Gros changement ici. La narration, en fausse pesanteur, rend le récit nettement plus accessible.

Manque de temps, temps en souffrance. Ca en devient vraiment douloureux.

Fantaisie bachalienne et autres trucs

« Très beau rêve l’autre jour. Je descends dans une prison archaïque pour en faire sortir un élève qui a commis un délit en haine de la Loi. Je l’accompagne le long d’un escalier de pierre.
Nous débouchons sur une large place. Romaine. Antique. Au bout, une petite arène. J’explique à mon élève que jadis, les hommes prêtaient allégeance à eux-même. C’était leur seule obligation. S’il souhaite échapper à son crime, il peut ici les imiter. Il refuse. J’enrage. Il sourit puis se tourne vers la longue perspective qui mène vers l’arène. C’est là qu’il prêtera son serment, m’affirme-t-il calmement. Simplement parce que l’arène est dans l’ombre et que le soleil donne sur l’esplanade. »

Mouais. N’est pas Henry Bauchau qui veut. Ceci dit, dans les limites du flou du sommeil, tout ce que j’ai consigné ici était vrai.

Deux pages d’écrites sur Chaotique Neutre qu’il faudra reprendre. Retravailler. Mais plus encore, user. Trop de choses ont cristallisé depuis ma désertion de l’écriture, je ressors un condensé un peu affolant qu’il va me falloir déployer si je veux arriver à quelque chose. Première bonne nouvelle, en général, c’est à ce moment là de l’opération que j’abandonnais. Cette fois-ci, un sentiment de nécessité. Paisible.

Il y aura donc trois voix. Celle de tu ne me dis toujours pas ton nom et CA M’ENERVE mon comateux anonyme. Argilla, que je suis peu à peu, en train de découvrir. La rencontre a été musclée, ont continue encore de s’aboyer à la tronche. Je ne veux pas tomber dans le flux de pensées – n’insultons pas Virginia Woolf – mais sa progression d’idées par analogies matriochkas est vertigineuse. J’avais perdu l’habitude. Je ne suis pas inquiet, ça viendra.
La troisième voix, qui a résonné hier (et après ça suffit) est celle des interstices, de cette substance – je ne peux pas l’appeler autrement – dont sera dépossédé le narrateur putain mais tu ne peux pas me dire comment tu t’APPELLES et voilà je deviens grossier, bravo, franchement bravo après son réveil. Je n’ose pas encore m’y attaquer. J’ai peur. Peur que le cristal ne déchire ce que je tisse maladroitement. Mais vous savez quoi ? J’ai décidé de ne pas m’en faire.

Et si, simplement, les choses se passaient bien Qara ?

Pour Deliah

Si un jour ce que je m’apprête à mettre en ligne se retrouve entre des pages éditées – encre matérielle ou numérique – je prends ici l’engagement de ne pas y inclure de dédicace. Voilà, c’est dit. Je vais donc faire mon pompeux ici.
Ces lignes sont dédiées à toutes mes fictions inachevées ; aux victimes de ma paresse, de mes hésitations et de ma lâcheté, aux figés de l’entretemps. Peut-être qu’il y aura, sur la barque de ce personnage encore sans nom, une place pour vous. J’espère.

Bref c’est parti. C’est un début de premier jet de prologue. Donc ça ne veut pas encore dire grand-chose. Mais bon, bébé balbutie et j’appelle donc à quatre heures du matin pour faire écouter à qui ne veut pas l’entendre ses vagissements.

Comment ça s’appelle ? Chaotique Neutre, bien sûr.
Oh, et sinon pour en finir avec les préambules, le Salon du Livre, c’était très chouette.

Allons-y.

« ???, apathique

Les acouphènes ne dégoulinent plus de mes oreilles.
Je n’y ai pas cru, au début. C’est normal, on m’avait dit. En argumentant pression, volume et rééducation. Temps passé dans le son figé, les bip-bip, pchhhh, bonjour Amandine, non, toujours rien m’avaient détraqué les tympans. Juste un peu. On en était sûr. Et je secouais la tête, oui oui, bien sûr, tandis que ça continuait à se déverser. A part ne pas y croire, je n’en pensais pas grand-chose, de tout ça. J’avais juste une image en arrière du nerf optique : c’était le monde s’écoulait de ma cervelle. A mon passage, les bouchons que mon coma avait amoureusement dressés s’étaient perdus.
Donc forcément, ça coulait.
Ca a duré six mois. Forcément. Un continent ne fond pas comme ça. Alors pour cinq – cinq ou six, j’oublie toujours – une demi-année, c’est un minimum.
Dehors, c’est pareil. Le vacarme sourdine dans la rue, en tessiture monochrome. Ni sécheresse ni manque. Un monde s’écoule et on s’en fout.

Audition : OK

J’aimerais bien qu’elle arrête d’être discrète, en face. J’aimerais aussi vivre assez vieux pour rayer en encre bic noire premier prix le mot discrétion et tous ses dérivés de chaque dictionnaire. La discrétion est une pauvre excuse pour les patauds, les maladroits, comme moi. La discrétion, c’est braquer un projecteur sur le pauvre type qui marche en pointes et l’applaudir, remise, d’oscars, si si, très bien, vraiment, on ne vous a ni vu ni entendu. Tout le monde l’a remarqué.
Ca n’est pas un paradoxe, juste un raté de langage. C’est pas si grave, sauf que tout le monde se sent obligé d’y croire. Elle en face comme les autres. Je ne lui en veux pas. La pomme de douche n’a pu que m’éructer à la tête, ce matin. J’ai peur de repasser. Et je – j’avais pas remarqué – mâchonne ma carte d’identité. Comment elle est arrivée là ? Du calme. Phalanges en mouvement. Retirer le rectangle plastique d’entre mes dents. Poche poitrine localisée, objet inséré, mission accomplie

Coordination gestes-vision : OK

La porte s’ouvre, la voix acidule un nom qui n’est pas le mien. Je n’existe pas encore. C’est juste. Dans un quart d’heure, plus sans doute, je serai l’objet de toutes les attentions. Rien à débourser pour qu’on déconnecte mes inquiétudes. »