La veuve du colonel

Aaah les vacances pluvieuses ! Douce oasis de culture qui me permet de me vautrer dans des plaisirs bêtement boudés à l’adolescence comme bouffer n’importe quoi n’importe quand, regarder Buffy contre les vampires, diffusé avec une fréquence qui ne doit avoir d’égale que les restrictions budgétaires des stations télé de la TNT et, durant les pubs, zapper sur les chaîne de clip, histoire de savoir ce qu’il y aura dans les Ipod que je chouraverai impitoyablement aux chiards en septembre. Grosse marrade en perspective, avec quand même un petit goût de vomi dans la bouche si l’expérience dure plus de quarante-huit secondes.
Entre les reprises de Goldman par un para tatoué (je sais, ça a un côté lovecraftien, présenté comme ça… inconcevable par l’imagination humaine) et les dernières trépidations de Lady Gaga, lesquelles feraient rougir tout marteau-piqueur normalement constitué, je suis tombé sur un type qui essayait de faire du R’n’B ou du rap, je ne sais pas trop, et qui m’a un peu fait tiquer. Ah, on me signale à l’oreillette que ma tendance à l’euphémisme crée des soubresauts inquiétants dans la réalité. Bon, disons que la chanson du type en question m’a fait écumer tout en éructant des jurons à base de « ta mère joue du synthé MIDI en enfer ». 
Afin de ne pas provoquer une chute de téléchargements ventes vertigineuse, je désignerai cette personne par un pseudonyme absolument pas transparent : Général Laraie. Afin de ne pas joindre le traumatisme auditif au traumatisme oculaire, je me contenterai de retranscrire les paroles ci-dessous. Et afin de revivre la joie naïve et insouciante de mes années de prépa – rire hystérique – j’opterai ici pour un commentaire linéaire de la chose que je croisais par un beau jour de juillet que si le soleil avait daigné se montrer, je n’aurais pas subi çaaaaa ! Attention c’est du lourd

[Refrain]



Aurélie n’a que 16 ans et elle attend un enfant,


Déjà, elle s’appelle Aurélie, hein, ‘tention, le Général Laraie c’est grave un type engagé qui avec ce prénom bien français, montre bien à l’UMP que « ça n’arrive pas qu’aux autres ». Et là je vois toute une partie de l’hémicycle trembler dans ses chaussettes.




Ses amis et ses parents lui conseillent l’avortement,


« Ma fille, à seize ans tu es encloquée, je te conseille donc l’avortement et cette jolie robe rose. Bonjour j’ai lu Françoise Dolto et j’ai tout compris. »




Elle n’est pas d’accord elle voit les choses autrement,


En même temps si tu ne voulais pas qu’on te donne un avis fallait pas le demander, cocotte. Le délai légal de l’avortement serait passé avant que ça se voit. Donc bon, pour la maturité on repassera. J’ajouterais bien qu’à 16 ans tu es mineure et que tu serais donc bien inspirée de taire la bouche à toi.




Elle dit qu’elle se sent prête pour qu’on l’appelle  »maman ».


« Maman ». Voilà, tu es calmée de tes pulsions maternelles ? 




Celui-ci c’est pour toutes les Aurélie,


Dommage qu’Aurélie soit obligée d’abandonner l’école avant qu’on lui explique la relation entre pronoms et antécédents…




Celles qui ont données la vie,


… Et là, je vois Aurélie réveillée à quatre heures du mat’ pour la sixième fois qui berce son môme en se répétant « J’ai donné la vie j’ai donné la vie » pour rattraper ses six-mille heures de sommeil en retard.




Pour toutes les Aurélie,

Oy, mère à tout prix


J’aime bien le « Oy », très pirate, très rebelle. « Mère à tout prix », oui, c’est le cas de le dire, par contre, il n’est pas précisé qui va payer la facture.




Elle est en seconde dans un lycée de banlieue,


Grave, contexte social, chanson ancrée dans la réalité, well done General.




Sort avec un mec de son quartier depuis peu,


C’est bien, de l’autre côté de la rue, ils ne sont pas faits pareil.




Il est comme elle l’aime c’est à dire un peu plus vieux,


Nafissatou Diallo sort de ce corps ! 




Il a l’air amoureux, ils ont tout pour être heureux…


Attend que je résume. Ils sortent ensemble et le type A L’AIR amoureux. Ah ben oui. Tout pour être heureux. Comment c’est super simple la vie en fait, merci Général.




Elle l’a jamais fait elle attendait juste le bon gars,


Donc le type plus âgé qu’elle qui a l’air amoureux… T’as raison, ce genre de denrée est hyper-rare sur le marché, chapeau Aurélie !




La elle se dit  »bingo » il sont seul dans la twingo,

Donc ça va swinguer, elle enlève son tanga, 

Et réussi le ace comme Tsonga


Devant cette poésie, cette sobriété quant à l’acte d’amour, cette comparaison qui mêle deux types de performances physiques, on ne peut que rester sans voix…






Oui mais voilà 9 mois plus tard il assume pas et se sauve comme un bâtard,

Elle a découvert qu’en fait il est fêtard,

Résultat elle se retrouve seule dans cette histoire.


Ah ben oui, c’est sûr que les quatre secondes qui t’ont aidées à déterminer que « c »était le bon » ne te permettaient pas de faire des trucs super compliqués comme, je sais pas, T’INFORMER SUR LE MEC ?




Je peux te dire que toute sa vie elle se rappellera,

Elle se rappellera le jour où elle annonça,

Où elle annonça à sa mère et son papa

Elle annonça qu’elle était enceinte de 3 mois,.


… A l’inverse des parents qui, le soir même, avaient tout zappé pour la diffusion de Secret Story.




Elle ne s’attendait pas à ce qu’ils sautent de joie,


Vraiment ? Roh qu’elle dommage qu’elle soit mère célibataire, elle aurait fait une si bonne khâgne avec un esprit aussi acéré.




Mais elle espérait quand même qu’il fassent preuve de bonne foi,

Le moins que l’on puisse dire c’est que se ne fut pas le cas,

Et la galère commença…


Non mais c’est vrai quoi, les parents apprennent que leur mioche s’est fait mettre enceinte par un type non identifiée qui s’est barré avec ses MST sous le bras, et ils réagissent MAL ? Pffff, nan mais les parents ça saoûle ! Nul doute qu’elle aura trouvé du réconfort sur MSN et Doctissimo, où là on est compris par plein de gens.




Elle a du construire très rapidement un foyer,


Etre enceinte donne en effet une connaissance innée de la truelle et du ciment.




Faire face a ses responsabilité pour le loyer,

Trouver un travail coûte que coûte pour le payer,

Elle aura tout essayé…

Attention partie crève-coeur, tire-larmes et tout ce qui s’ensuit, Cosette à côté d’Aurélie, c’était la reine de la gaudriole. 




Comme on dit dans les quartiers elle s’est saignée,


Ma grand-mère le dit aussi et habite en lotissement, est-ce grave docteur ?




Pour trouver quelqu’un qui veuille bien la renseigner,

Je crois qu’on n’est pas V.I.P comme Mathilde Seigner,

De ne pas lâcher l’affaire ça lui a enseigné, ooh


Une minute de silence en mémoire de la syntaxe, et une autre en mémoire des rimes. D’ailleurs je ne sais pas trop ce que Mathilde Seigner vient faire là, il aurait aussi pu tenter Christophe Barbier, Mario l’plombier, Laurent Ruquier ou mon oncle Aimé. 




On a tous connu une fille dans le cas d’Aurélie,


Euh non. Mais moi je suis trop un vieux qui peut paaaaas comprendre la vie. Par contre des filles qui seront dans ce cas-là, viens dans ma classe, je t’en montre trois ou quatre par heures sans problème. Bizarrement ça me réjouit pas trop.


Une pour qui grossesse est synonyme de délit,

Et un retour au dictionnaire par le mot « délit » pour le Général !


Rejetée par ses amis mais surtout sa famille,



Qui n’acceptent pas qu’elle souhaite donner la vie,


Voilà, en fait c’est pour ça qu’ils la rejettent, parce qu’elle veut « donner la vie ». Nous, les adultes, on préfère quand les gens donnent la mort, gnnnnnnhihihiiiiiiiii ! Ils ne sont sûrement pas inquiets que leur pitchoune prenne une décision qu’elle risque de regretter, qu’elle ait agi au mépris de toutes les règles de sécurité élémentaires et qu’elle se prépare une vie ultra-facile.




Voila ce que je dirais si je devais donner mon avis,


D’un autre côté tu nous l’infliges depuis le début de la chanson donc au point où on en est…




Mettre un enfant au monde ne devrais pas être puni,

C’est la plus belle chose qui soit et si tu le nies,

C’est que tu n’a rien compris…


Ok, pas de soucis, voilà ce que je te propose : tu nous fais la suite de la chanson et là je la ferme. J’ai quelques suggestions de titres : « Aurélie à Pôle Emploi », « Aurélie est non-solvable » « Aurélie fait les fermetures chez MacDo » et l’incontournable « Aurélie et le mystère de l’Ile aux Mouettes. »


Je pourrais conclure sur une diatribe enflammée, sur le côté anti-IVG malhonnête car caché sous une conception chelou du « respect du choix de la personne ». Je m’abstiendrai. Ce truc est à mon sens une oeuvre lourdingue, inepte, et qui n’aura d’influence que celle que des sociologues indignés lui donneront. Mais voilà : cette pesanteur me sidère. Autant que la propension des gens à se prendre pour les hérauts de causes qui n’ont rien à faire sur une chaîne de clips à une heure de grande écoute.

Much ado about nothing au Wyndham Theatre

Les histoires d’amour se comportent comme des ados : elles ne vous laisseront pas tranquille tant que vous ne les avez pas amenées là où elles le souhaitent. Et même à mon âge avancé, ça continue. 

L’histoire d’amour en question s’est mise à chouiner dès qu’elle a appris que le Docteur et Donna se retrouveraient sous les traits de leurs alter ego réels, David Tennant et Catherine Tate pour se frotter à l’un des plus jolis marivaudages qui soit : Beaucoup de bruit pour rien (Much ado about nothing pour les allergiques de la traduction), de ce bon vieux Shakespeare. Et elle a tellement chouiné que, juste pour ça, je me suis tapé la réservation, le lever au petit matin, les inévitables gnards du train et la cohue de Saint Pancrace. Mais au bout du compte, j’étais à Londres – mon hystérie sur cette ville vous sera infligée lors d’un prochain billet – et j’allais assister à une pièce de théâtre. Donc, mon histoire d’amour ne s’est pas trop faite engueuler.
Pour les ceusses qui n’ont jamais lu Beaucoup de bruit pour rien, où qui ont un exposé à faire dessus pour demain et viennent de taper « Exposé bokou de brui pour rien + sonri Lady Gaga Shècspire lolol » (que des bubons vous recouvrent le visage et celui de vos descendants jusqu’à la septième génération) – il faut vraiment que j’arrête avec les incises – voici un résumé de l’intrigue :
A la suite d’une campagne victorieuse, le régiment du noble Don Pedro est accueilli dans le domaine de Don Leonato. Claudio, l’un des soldats, tombe sous le charme de Hero, la fille de Leonato. Rapidement, leur histoire débouche sur la perspective d’un mariage.
En parallèle, Benedick, autre soldat de Don Pedro, retrouve Dame Beatrice, cousine de Hero, avec laquelle il entretient un conflit verbal depuis des années. En attendant le mariage entre Claudio et Hero, Don Pedro et ses amis décident d’amener Benedick et Beatrice à tomber amoureux l’un de l’autre, malgré leurs caractères pour le moins abrasifs.
Tout ceci ne resterait qu’un jeu innocent si le demi-frère de Don Pedro, John, ne décidait de semer le trouble dans la petite communauté.
L’intrigue n’a donc rien de fort original, mais sa force repose avant tout sur sa grande « plasticité » : il est possible de l’adapter des façons les plus diverses et les plus incongrues, ce qui est le cas dans la version que j’ai vue il y a deux jours.
Josie Rourke (metteur en scène apparemment très chébran actuellement en Angleterre) prend le parti de déplacer l’action au moment de la guerre des Falklands. On retrouve donc les années 80 avec tout ce que cela suppose de bon goût et de clichés. Uniformes blanc acrylique et lunettes de soleil style « La Mouche IV » pour les messieurs, robes couleur « Tu entends ce crssssh ? C’est ta rétine qui brûle. » pour les dames. Ici on baguenaude de jour sur la terrasse du domaine et la nuit dans la discothèque du coin. Cette discothèque est d’ailleurs l’un des traits de génie de l’adaptation. Le bruit et la fureur de l’endroit favorisent cette confusion dont se délecte Shakespeare dans la pièce.
Ce cadre juste cliché comme il faut m’a suffit pour me situer dans l’action, mais je doute que les autres spectateurs en avaient besoin, Much ado about nothing étant au niveau de la notoriété, l’équivalent de, disons, Anne Roumanoff fait des blagues de notre côté de la Manche. En plus drôle je vous l’accorde.

Parce que les rires fusent très vite, durant la pièce, souvent aux dépends des personnages. Don Pedro a beau être un brillant général, sa confiance en lui est mise à rude épreuve lors du mémorable râteau que lui inflige Beatrice dans les premières scènes de la pièce – assez semblable au « Nooooo ! » de Rachel dans Friends – Claudio est un gandin bien mis de sa personne mais pas spécialement futé, comme le montrent ses frétillements face à la strip-teaseuse de son enterrement de vie de garçon. Passons sur la patrouille, transformée en un improbable duo de Laurel et Hardy.

Ma seule déception vient de Don John, le seul vrai « méchant » de l’histoire. J’ignore si la faute repose sur le comédien ou le metteur en scène, mais j’ai eu beaucoup de mal à croire à ce personnage mal foutu, les bras toujours croisés dans le dos, énonçant ses plans diaboliques avec la même voix que Roger, l’extra-terreste d’American Dad.
Et eux alors ? Tennant et Tate, les attendus, les inévitables, dont la tronche s’étale en gros sur l’affiche ? Rourke leur a, bien entendu, réservé les deux rôles les plus intéressants, ceux de Benedick et Beatrice. Et ils se prêtent au jeu avec un enthousiasme tout professionnel. De façon peu surprenante, Catherine Tate fait de sa Beatrice une haridelle acariâtre mais futée, protégeant le clan des femmes du machisme ambiant. Son côté bouffon, ses traits d’esprits sont autant de barricades qu’elle dresse avant de permettre au « sexe faible » d’exister face à ce contingent de mâles qui se comportent comme un troupeau d’éléphants dans une bananeraie. A force, cette posture est devenue sa façon d’être. Si elle se montre si agressive envers Benedick ce n’est pas uniquement par rivalité intellectuelle : il est le seul avec qui le dialogue est possible, ce qui la met très mal à l’aise. L’idée de la rendre « allergique » au nom de ce dernier est d’ailleurs un peu lourdingue mais illustre très bien cet état d’esprit.
Jamais Beatrice ne sortira de sa posture revendicatrice et ironique, mais c’est ce qui rend l’interprétation de Catherine Tate si touchante. On la sent désarmée, partagée entre la mission qu’elle s’est petit à petit imposée et la perspective d’un bonheur individuel qui la terrifie.
Face à elle, David Tennant, en Benedick qui multiplie les excentricités de gamin, dans le seul but de se rendre intéressant. Mais qui se vexe comme un pou à la moindre évocation de son statut de plaisantin. « On me traite de bouffon ? Tout ça parce que je suis juste… joyeux. » maugrée-t-il en prenant le public à témoin. 
Son morceau de bravoure, la scène durant laquelle ses compagnons lui font croire que Beatrice a confessé à tous son amour pour lui est un danger mortel pour les zygomatiques mais parvient à dépasser le simple stade de la grosse marrade. Il est touchant, ce soldat vétéran avec ses yeux de petit garçon et son T-shirt de Superman tout taché de peinture. Ce Benedick est un lutin, un Peter Pan qui refuse de grandir et qui, pourtant, attend obscurément que Beatrice vienne le prendre par l’oreille pour lui demander d’arrêter ses conneries. Et c’est la tentative de dialogue entre ces deux-là qui rend la deuxième partie de la pièce, beaucoup plus lente et lourde, tout à fait agréable.
Ce Beaucoup de bruit pour rien fait du bien. L’accent mis sur le côté « guerre des sexes » ne déborde jamais et chacun des comédien parvient, en un mouvement à passer du rire aux larmes, sans que jamais cela nous choque. On pleure encore pour Hero et son mariage gâché que les suffocations de Beatrice devant Benedick nous arrachent des hoquets de rire. (et sinon David Tennant porte super bien la mini-jupe).

Et puis tout à la fin il y a eu mon moment à moi, qui ne servira à personne mais que je couche ici parce que c’est mon blog non mais oh à la fin. Le double mariage enfin prononcé, tous se mettent à danser. Il y a eu trois heures de pièces, de la transpiration, Tennant se passe la main dans les cheveux avant de se mettre à se trémousser avec Tate. Cette coiffure-là ce n’est plus celle de Benedick, je la connais par coeur. Je ne les vois plus que tous les deux et je me dis que c’est ça la vrai fin de Dr Who. Donna et le Docteur. Qui dansent ensemble en rigolant. Dans le Tardis.

Nous sommes tous des prêtres morts-vivants





OU IL YA QUELQUE CHOSE DE POURRI DANS LE ROYAUME DU VIRTUEL

Dans l’univers coloré et tout polygoné d’Azeroth (univers virtuel dans lequel on interagit avec quelques milliers d’autres glandus qui n’ont pas de vie), je joue un prêtre mort-vivant. Dis moi ce que tu joues, je te dirais qui tu es. Il me plaît, ce tas de pixels. Il traîne son paradoxe avec un certain panache. Un cadavre fraîchement extrait du sol qui, malgré les asticots et la haine de s’être fait réveiller sans sommation, se met en tête de soigner et protéger des tas de chair encore vivants, ça me fait chaud au coeur. Ca change des chasseresses elfiques diaphanes ou des fiers guerriers humains.
Or donc, c’était un jour comme tous les autres sur la planète geek, et mon avatar vaquait à ses occupations habituelles – ressouder des tibias, recoller des mains, réduire des fractures, tout ça en appuyant respectivement sur les touches 1, 2, 3 de mon clavier (le tout à vous faire verdir de jalousie le premier Mark Greene venu) (il faut vraiment que j’arrête avec les incises) – lorsque je me fais tout à coup interpeler par un autre joueur, donc je retranscris ici la phrase en corrigeant les erreurs d’orthographe par respect pour vos splendides rétines. 
LUI (avatar virtuel beau, grand, athlétique et huilé au Lesieur) : Pourquoi tu soignes ?
MOI (avatar dont les côtes ressortent de la chemise, ce qui fait un peu désordre) : Plait-il ? 
LUI : Pourquoi tu soignes ? Tu es un mort-vivant. 
MOI : Je dois avouer que le rapport logique m’échappe…
LUI : Arrête de soigner !
Preuve de la supériorité incontestable des mondes persistants sur le notre, j’ai tout simplement signalé le nom de la personne dans ma liste d’indésirables et n’ai pas conséquent plus eu à supporter sa diarrhée. Que je croyais.

OU JE COMMENCE A SOUPÇONNER L’IDENTITE DE L’ELFE CON

« Michel DIEFENBACHER (UMP) à propos du rejet par l’UMP (sauf 7 députés) du projet de loi sur le mariage homosexuel : « Nous sommes contre l’homophobie mais nous ne voulons pas altérer dans l’inconscient collectif l’image et la fonction du mariage qui est une institution chargée de la protection du plus faible à commencer par la femme. »





Ca devait être la Saint homo aujourd’hui, parce que c’était un peu la fête… Concernant les femmes, c’est tous les jours leur fête, elles doivent commencer à avoir l’habitude. 

Donc postulons que sorti du royaume de Pécémac, notre elfe est député. Et réussit en une grosse phrase puant bien son clin d’oeil électoraliste à une certaine frange de la population et à Eric Zemmour à fouler au pied les quelques petits pas fait en avant quant au choix de faire ce qu’on veut de sa zigouigouette ou de son zigouigoui, du féminisme, et de la disparition de catégories débiles en général.

Ce qui est très fort, avec ce désaveu, c’est son manque total de subtilité. Ca n’est pas l’attaque méchante d’un dangereux extrémiste, non. C’est juste le rire gras d’un rustaud pas très malin qui s’exprime et allez, on ne va quand même pas lui dire de fermer sa gueule, hein ! On les aime bien les rustauds, ils ont le gros bon sens, et puis au moins, ils disent tout haut ce que certains pensent tout bas.

Par exemple que le mariage c’est quand même fait pour que les nanas n’aient plus à penser, vu qu’elles sont pas équipés pour.
Par exemple que les mecs ont un rôle à assumer, décidé de toute éternité, c’est comme ça et pas autrement.

Par exemple que les morts-vivants n’ont pas à soigner, puisqu’ils sont moches et puent. Un médecin ça sent bon le savon et ça inspire la confiance.


PENDANT CE TEMPS, A PENELOPE VERA CRUZ


On ne vous fera pas l’insulte de préciser que si vous pratiquez votre activité sportive à deux zigouigouis, ce reportage ne doit vous amener qu’à une chose : croiser les bras et vous exclamer : « Ben c’est ben triste ! »
Etant doté d’un minimum d’honnêteté intellectuelle, je me suis livré à quelques recherches au sujet de l’interdiction du don du sang aux homosexuels… Et là gare au déluge de chiffres et d’incohérences, il n’y a pas deux sites à être d’accord sur les risques, les chiffres, les contaminations et tout ça. Je vais donc, cette fois, faire appel à mon gros bon sens.
Il me semble que la seule certitude que l’on puisse avoir à ce jour concernant le don du sang est que chaque pochette est testée. Par conscience professionnelle, beaucoup, par peur qu’un nouveau scandale éclate, aussi, on peut penser. Ah si deuxième toute petite certitude : on a des voisins totalement inconscients. Des pays frontaliers qui, en plus de saper les fondations de la sainte famille mettent leur population en danger. Si si.  
Des pays qui permettent, peut-être aux morts-vivants de soigner les blessures du guerrier elfe viril… Ou de l’espèce de gnome verdâtre qui m’a tout simplement demandé une fois « Ca n’est pas un peu paradoxal, un zombie qui aide les vivants, même dans un jeu ? »
Ben oui. Mais c’est comme ça aider. C’est pour rien. 

Des feuilles au sol

Comme c’est une fin il y aura des mots importants : force. Patience. Grandeur. Courage. Je te le dis avec tout mon amour : ces mots-là ne sont pas pour toi. Tu n’as jamais été faite pour les grands mots et les hautes pensées. Toi, dont je me rappelle à présent sans les agaceries du temps. Sur cette photo-là. Un mariage, quelque chose comme ça. Le visage crâne sous un chapeau cloche, grave et lumineux. Le regard concentré, comme si tu réfléchissais à ce qu’il faut faire.
Je suis de l’autre côté de ton chemin, je peux le parcourir d’une respiration. Et je te le dis : tu as fait tout ce qu’il fallait faire. En toute occasion. Ni plus ni moins. Je ne t’ai connu qu’après cette longue route. Après les mille fardeaux dont on t’a chargé. Et que tu avais porté, m’a-t-on dit. Sans bruit, sans les dents serrées du martyr, admirable. Sans les gémissements de l’exemplaire.
Je ne t’ai connu que dans ce jardin qu’a été ta vieillesse. A offrir à tous le nécessaire. A tes enfants, à tes petits enfants, qui ont grandi autour de toi. Loin, près. Mais autour, toujours. Des souvenirs tu en auras distribué plus que je ne saurais dire. Des images qui rendent fort, qui font qu’on se relève à chaque fois. Peut-être que tu ne le sais pas encore, sur cette pellicule fanée, à quel point ça importe de pouvoir se souvenir d’un craquement dans l’escalier, d’un pommier grimpé à toute vitesse, d’un framboisier. Parce qu’on vit tous dans ce monde plein de laideur, de grotesque, de coups. Sans raison. Tu as donné du sens, tu as défait l’absurde, chacun de nous emporte avec lui ses images ses sons. Que tu lui as donné, sans le savoir, je pense. Peu importe. 
Je ne resterai pas plus longtemps, le passé n’est que le passé. Mais merci. Pour ce que tu feras pendant ces années après le mariage figé. Pour tout ce que tu as fait, derrière mes vingt-huit ans. Tu n’es pas partie. Tu n’es pas restée. Tu n’es pas mon deuil. Tu n’es pas mes racines. 
Tu es le sol. Sur lequel je me tiens droit.
Au revoir Grand-Mère.

Va donc te faire mettre sur vibreur

Une fois n’est pas coutume, ce billet ne s’adressera qu’à une frange restreinte de la population. De moins en moins restreinte hélas. Je vais donc cordialement demander aux autres d’aller voir ailleurs si DSK y est. Tous. Les boulangers, les fans de Véroniques Sanson, les éleveurs de poules en plein air, les véliplanchistes, ma soeur, les religieuses en fin de vie – et en début – ainsi que l’Inspecteur Général des Finances. 
N’ont droit de cité ici que vous, et seulement vous. Oui je vous regarde. Je vous fixe, même, vous. Ce que l’humanité a engendré de pire depuis l’invention des spaghettis bolognaise en conserve : les gens qui écoutent de la musique sur leur téléphone portable SANS CASQUE.
Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne suis pas quelqu’un d’éminemment violent. Je tiens la porte à mes voisins même lorsque leur hygiène corporelle est sujette à caution. Je peux traverser un concert des BB Brunes sans frapper qui que ce soit. Quand je joue à World of Warcraft, je pleure sans cesse sur les bestioles qu’on me demande de génocider sans raison valable (et pourquoi en tuer 7 plutôt que 6 ou 12, HEIN ?) Et, last but not least, je fréquente des collégiens en moyenne cinq heures par jour sans avoir jamais commis de meurtre. C’est te dire. Je suis pas Gandhi mais presque.
Mais vous. Vous. Vous que j’ai d’abord croisé dans le RER. Avec à la main votre déversoir à Black Eyed Pea, avec l’expression d’un patient fraîchement trépané. Au début j’ai cru que c’était une erreur. Que votre casque était tellement tout pourri qu’il laissait passer les 120 décibels que vous vous injectiez aux tympans. Mais en fait non. Vous vous contentiez de faire subir votre indigence sonore à tout le wagon. Et je précise que ç’aurait été du Stacey Kent, du Marylin Manson ou du Janis Joplin, ç’aurait été pareil. Et ne croyez pas que je ne stigmatise que les ados à mini-casquette au sommet du crâne et dont le jogging blanc et taches de sueur jaunâtres retombe aux genoux. Non. Vous êtes légion. Vous êtes la mère de famille qui fixe le vide la bouche ouverte pendant que ses gamins s’étripent. Vous êtes le BCBG aux dents longues qui rentre de son entretien d’embauche la cravate un peu de travers. Vous êtes la blondasse à racines apparentes qui se fait les ongles, un de chaque couleur, c’est plus chouchou comme ça.
En fait, vous m’avez fait comprendre. Ce que mes longues années d’utopie béate m’avait cachées jusque là et que ma sainte maman me serine à longueur de journée : les enfants, faut tout reprendre dans votre éducation. Et c’est par ici que ça se passe, d’ailleurs avant d’entrer, on dit bonjour à mon assistante, Mme Batte à Clous.
Pour commencer, ça dénote quand même un sacré manque de respect pour cette musique que vous devez aimer un minimum. L’écouter via l’ampli d’un téléphone portable, ça diminue – encore – la qualité sonore. Ouais, même à Christophe Maé, vous ne lui rendez pas justice. Mais en fait vous vous en foutez. Vous avez juste besoin d’un bruit de fond. D’un truc qui vous remplit les oreilles pendant que vous comatez. Comme un gamin avec son doudou. Seulement même lorsque ledit doudou est un bout de chiffon dégueulasse et amidonné par la bave du gnard, nous on n’est pas obligé de mettre le nez dedans et de respirer à fond. Tandis qu’avec votre diabolique machine, si. Vous vous soulez au bruit. Et ça vous rend laids, mais laids. Vous n’avez pas idée.
Ensuite, il y a le manque d’empathie. Et là, vous n’êtes même pas originaux, c’est un mal du siècle. Cette incapacité totale à se mettre quelques secondes à la place de l’autre. A se demander si vous, ça ne vous donnerait pas deux trois pulsions meurtrières de subir toute la discographie d’un groupe qui construit ses harmonies autour d’une note de synthé. Là je dois avouer que j’ai un rêve. Recruter un escadron commando, tous débarquer dans un wagon, portable à la main et lancer la Cinquième de Beethov’, où Because the Night de Reed. 
Et finalement, d’un point de vue beaucoup plus perso, je trouve qu’il y a un côté exhib’. La musique de votre baladeur MP3, téléphone ou autre, c’est votre musique. A vous. Vos compils stupides, les morceaux qui vous réjouissent les oreilles et vous font monter le rouge aux joues, votre moment de liberté. Qu’est-ce que vous allez partager ça avec de parfaits inconnus ?
Vous n’êtes pas la lie de l’humanité ou la raison pour laquelle les extra-terrestres ne sont pas encore venus nous sauver. Même pas. Juste une bande de gros mal élevés.
A qui je vais greffer le téléphone dans un orifice totalement inapproprié la prochaine fois que ça se reproduit.
COMPRIS ?

Rêve (1)

John Simm est mon oncle. Celui que j’ai toujours voulu. Il m’apprend les mystères de l’eau, il dénoue le noeud. Permanent. Dans ma poitrine. Il rit. Amène ma famille voir le port industriel.
Où l’attendent les hommes en noir. Qui lui coupent les bras qui lui coupent les jambes. Mon père le cache dans la camionnette blanche, celle qui est toujours sale, celle dont on a toujours besoin.
Il essaye de me rassurer me dire que je peux. Compléter les membres, annihiler l’amputation. Je dois je suis ici pour ça. Je n’y crois pas. Je m’en détourne. J’abandonne. Je repars.

Donna

Je suis une chochotte.

Et vous savez quoi ? Il faut en avoir, pour être une chochotte. Dans le domaine de la fiction en tout cas. Je ne parle pas bien sûr de fondre en larmes devant le début de Bambi, de lire du Nerval au milieu d’une fête champêtre ou de garder la chambre parce qu’on vient de terminer La Métamorphose. Non. Etre une chochotte en fiction, c’est se laisser envahir. En permanence. Pour rien.
Recevoir aux entrailles la moindre créature. Pixels papier ondes. Lui accorder droit d’existence – adresse lobe frontal, sous cuir chevelu clairsemé. Ils ne sont pas vous. Ca serait trop simple. Ils empruntent justes les centres nerveux, les hormones. Vous leur demandez d’arrêter. Ils n’écouteront pas, ils n’écoutent jamais. Jusqu’à ce que l’histoire – la leur la leur toujours – se termine. Et là ils lâchent. Câbles, nerfs, vaisseaux. Disparaissent, même pas en fumée. Et vous êtes vide. Plus vide encore que l’autre, qui servait de berceau à la bestiole. Et on se dit que non, non, c’est nul. C’est ça être une chochotte. 
Exemple. Le dernier en date.
Donna. Donna c’est l’avant-dernière assistante en date du Dr Who, série dont j’ai déjà parlé dans un billet qui fera ma fierté post-mortem et la joie des contrôleurs fiscaux de mes descendants. Jusque là, le docteur était sympa. Honnête. Il me donnait ma dose de peur, il existait entre mes tempes. Trois quart d’heures la séance. Correct.
Ca jusqu’à Donna, donc. Donna, intérimaire londonienne. Donna qui habite chez maman (qui ne la fout pas dehors, après tout on s’habitue). Donna pas très jolie. Pas spécialement futée non plus. Et Donna pourtant spéciale, si spéciale. Donna qui partira en voyage dans la boîte bleue elle aussi, après la plus mémorable scène de mime de l’histoire de la télévision. Donna, finalement, qui va  se mettre à oser exister. A faire le lien entre le Docteur et nous. Parce que Donna aussi trouve ça ridicule, ces extra-terrestres qui ont une vizirette à la main. Elle les trouve dégueulasses ces scarabées géants qui s’accrochent à votre dos.
Et c’est trop tard. Détourné. Installée au centre de l’occiput. Et la joie de la savoir là ça n’est que de la trouille. Parce qu’elle s’en ira vite. Trop vite. Et à ce moment là il y aura comme un filtre gris. Un nuage de pas envie. La perte de quelque chose qui n’existe pas. La douleur de la chochotte.
Donna quoi.

Le jour où j’ai arrêté d’être immortel.

C’était un samedi.
Départ pour Rennes. RER. Métro. Couloir. Matinée pas encore flétrie.
Dans le RER, j’ai vaincu une sorcière. Mauvaise idée. Alors elle se venge. Elle attend son moment. Elle commande au temps, comprenez-vous. Je pose la semelle sur le tapis roulant. Celui d’Asimov et de Montparnasse. 
Alors elle frappe. Pile au bon endroit. 
C’est minuscule, irisé. Ca se détache, dérive, coule le long du temps. A l’intérieur.
A l’extérieur le corps hoquette. Fort je crois, deux trois regards un peu agacés braqués sur moi. 
J’ai compris.
Que ce n’étaient pas des vacances ni une parenthèse. Que jamais je ne rentrerai, rue D., près de la tour Montparnasse. Dans la toute petite chambre – refuge – coincée chez Monsieur S. C’est pour du vrai. Terminé, fini. Ce bout d’illusion qui tenait s’est dissout. 
J’attrape vingt-huit ans. Sans prévenir, six années dans la face. Un boulot – plusieurs – la carte de France qui se déroule, comme Indiana Jones quand il prend l’avion. Le corps qui change, la vie aussi. Les regrets qui se mettent à exister. 
La sorcière n’a juste pas prévu que ces six ans-là renfermaient l’essentiel. J’ai échangé mon immortalité contre le droit de bâtir. Ca fait mal. Mais au moins ça bouge.

Vous payez ensemble ?

Ca fera dix ans dans pas si longtemps. On m’avait prévenu, attention. Les regards, les sourires. Le mépris. Parfois, ça pouvait arriver, la violence. Alors quand deux, quand nous deux, ensemble, enfin, trouille en fond de tableau.
Trouille qui n’a pas tenue bien longtemps.
On a voyagé, roulé, loué des appartements. J’ai trouvé un boulot, corrigé au téléphone quand on m’a demandé si, dans la Sarthe à L., je logerais avec ma femme. Personne n’en n’a jamais rien redit.
On n’a jamais cherché à le cacher ou le montrer. Jamais forcé jamais affiché. Juste vécu. Et j’avais fini par croire que le monde est tel que je le pense : à tous.
Mais après ces dix ans dans pas longtemps, il reste toujours un mélanome : l’addition au restaurant. Et la phrase, toujours la même, toujours qui revient. Toujours insupportable : « Vous payez ensemble ou séparément ? »
Tant d’autres deux à qui on ne la poserait pas, cette saloperie de question. Pour qui c’est une évidence que non, non, la carte bleue elle est pour les deux repas. Tandis que nous. Jamais ça ne sera naturel. « Ah, les deux menus ? C’est généreux de votre part. » Généreux, pas évident. Généreux mais toujours la résistance, l’obstacle. Toujours il faudra s’imposer, relever la tête et regarder la serveuse, le garçon droit dans les yeux. « Non, ça n’est pas généreux. » C’est comme ça. Et ça le restera.
Je m’en fous après tout. Au meilleur restaurant du monde, personne ne nous l’a jamais posée, la question.

Silence

Silence parce que je me fais ici moraliste. Ca n’est pas une envie, juste un dégât collatéral. Sinon ça va enfler, siffler, craquer et la hutte des trois petits cochons s’en envolera. 
Ou j’aurai mal à la tête. Donc je me pose ici en mots ados.
Je ne sais pas grand-chose. Je tiens énormément à ce pas grand-chose.
Je ne parle pas de mes connaissances professionnelles. Uniquement du savoir librement accumulé. Empilé comme ça bibliothèque personnelle. L’oeuvre d’Henry Bauchau. La musique de Björk. Les valses de Chopin. Les différentes versions d’Antigone. L’histoire de Sylvanas Coursevent. L’écriture de Yoko Ogawa. Les dialogues d’Autant en Emporte le vent. Les noms des 5 fois 108 personnages de Suikoden. L’actualité quotidienne en France. Les articles du Monde repiqués dans Direct Matin. Les soins à prodiguer aux lapins en cas d’occlusion intestinale. Les endroits où Tarja se plante sur les CD de Nightwish. Le rôle du Sénat. Aerith Gainsborough.
Quelques autres trucs. Pas tant que ça.
On m’en parlera, je serai au comble du bonheur. Parfois – souvent – un peu déçu lorsque mon interlocuteur débitera des platitudes. On a la vanité qu’on peut. Ravi de pouvoir partager, échanger. Parce que ce sera l’une des rares occurences où je me sens autorisé à donner mon avis. Où mon avis à un sens.
L’avis, le mot est lâché. En essaim. Ronge s’abbat. Pique.
Une explosion + adjectif de peur scientifique au Japon = mille essaims. Pas une seule reine. Des avis qui se répandent, envahissent, font écho. Personne n’y échappera. Pire, on enjoint à prendre part au bourdonnement. A formuler son avis. Du bout des lèvres, de la langue ou du clavier, peu importe. 
En cas de refus ?
Défaut. De compréhension, d’intelligence. De coeur, de sensibilité, sûrement. Tare.
Cette fois-ci, cependant, je prends le sentier de la résistance, je ne le donnerai pas. Parce que mon frelon à moi est débile – maigrelet – son ADN comprend des termes incongrus comme « application poétique ». J’aspire juste au silence. Ce silence qui n’est pas musèlement, qui n’est pas absence de liberté. Ce silence qui est admission. Non je n’en sais pas assez, non, ce que j’ai à dire ne participerait pas à une construction de savoirs.
Oui je vais me taire. Laisser place à ce silence, celui qui ne demande qu’à écouter, comprendre. Ca fait si peur que ça, comprendre ? En savoir plus sur la vapeur, les cloches de bétons, les trains qui déraillent, les gens qui travaillent quand même, les pompiers démunis, que même Sailor Moon elle ne peut rien faire pour aider.
Je n’aspire qu’au silence. Le silence qu’on entend dans les mots de Yoko Ogawa. Il y en a beaucoup dans ses nouvelles.
Ca je le sais.