Crime et châtiment (ah, c’était un livre avant ?)

(Note : ce billet ne va nulle part. C’est une flânerie de vacances)
Je suis influençable. 
C’est un trait de caractère horripilant et qui nécessitera une thérapie d’une dizaine d’année dès que j’en aurais les moyens. Je suis influençable car, comme tous mes comparses contemporains, je crains le regard d’autrui (et celui des truies) à un point difficilement concevable. Ce qui, lorsqu’on est enseignant, est un handicap lourd. Etant donné qu’on passe une bonne moitié du temps de cours à être méprisé par notre audience, j’aime autant vous dire qu’il m’arrive bien souvent de manquer de tourner de l’oeil. Mon secret ? Le sarcasme. Ca vous force à trouver une réponse appropriée dans la seconde et dissipe le malaise tel un déodorant d’intérieur dissipe les effluves de gastro dans le foyer.
La seule force de caractère dont je fais preuve concerne les jeux vidéos. Je me tamponne le coquillard avec une force qui m’en laissera sans doute des hématomes lorsqu’on lève sur moi un regard gentiment affligé quand j’évoque mes obsessions vidéoludiques. Le ridicule de mon attitude ne m’échappe pas, peu importe. A tout prendre, j’aurais préféré que ma force de caractère se concentre sur un truc un brin plus constructif mais basta. 
Seulement comment faire lorsque même ces contrées de pixels vous rejettent ? 
Je m’explique. 
Jouer c’est souvent incarner. Incarner un protagoniste de pixels et d’idées. Et rendons-nous à l’évidence, l’immense majorité de ces héros ne dépassent pas la vingtaine. A vingt-deux ans, on est un vétéran, à trente ans un vieillard et à quarante une légende. 
Je joue et souvent je me sens un peu perdu, ils font du bruit ces gaminous.
C’est pour ça que j’aime bien Persona 2 : Eternal Punishment. D’abord parce que le nom est stupide.
– Aussi parce que les héros sont des adultes. Et des vrais hein ! Des adultes avec un métier. 
Des adultes sans métier aussi. Parce qu’à force de changer de cursus, ils ont fini par se retrouver coincés dans un job qui les désespère.
– Des adultes qui ne brillent pas particulièrement, professionnellement ou humainement.
– Des adultes qui fument, qui boivent, qui n’éprouvent pas le besoin de s’étendre plus que ça sur leurs motivations.
– Des adultes qui se retrouvent piégés dans un univers où les rumeurs deviennent réalité. Parfois je me demande si c’est vraiment du fantastique.
– Des adultes dont les insécurités, les cauchemars ou les ambitions prennent forme et leurs permettent de se battre. Parfois je me demande si c’est vraiment du fantastique.
Des adultes qui explorent une ville devenue un immense terrain de jeu. Pas de pays lointains ou de château en cristal, la princesse pointe pour une obèse caractérielle.
Des adultes, surtout qui vont recueillir un ado. Perdu, issu d’un épisode précédent de la série. Dans cet épisode l’ado était le héros. Forcément. Tous les personnages étaient ados.
– Des adultes qui avec leurs regrets, leurs fragilités, leur maturité, leurs envies pas tout à fait mortes, vont le prendre en charge cet ado. Le guider dans le labyrinthe des cauchemars.
– Et après une bataille titanesque mais pas si importante que ça lui dire que, finalement, grandir c’est pas mal. Ca aide. 
– Avant de retourner à leur quotidien. Bosser. Se rencontrer.
Traverser la rue et apprendre à regretter.

La seule force de caractère dont je fais preuve concerne les jeux vidéos.

"Patti, you got famous before me"

Journée de passager aujourd’hui. Les journées de passager sont toutes celles que j’observe. Elles appartiennent aux autres.
Elles appartiennent à Elincia, forcée de faire la promotion de sa matière de classe en classe pour assurer la pérennité de son poste, de ses voyages, de tout ce qu’elle a construit et que l’on peut effacer. La faute aux mangeurs de temps. Chaque année moins d’heures pour enseigner. Pour parler, pour apprendre. Des projets pour rien. Alors Elincia se bat, jusqu’au bout. Chose dont je ne suis pas capable.
Elles appartiennent à G. qui me brouille les yeux et les tripes quand il est triste, quand il a peur de ne pas avoir fait au mieux. Il fait toujours au mieux. Chose dont je ne suis pas capable.
Elles appartiennent aussi aux légendes. Aujourd’hui à la Cité de la Musique, lecture de Patti Smith autour de Robert Mapplethorpe. Le public – majoritairement cinquantenaire – hystérise, l’électricité est partout. Mépris d’abord puis je me rappelle. Toujours. On a toujours tous les âges, là, beaucoup ont vingt ans. Moi je ne peux pas les retrouver, ils n’ont pas ressemblé à ça, Patti Smith n’est pour mes yeux que la Légende.
Et elle ne démérite pas. Tout en elle est mythologique. Sa voix, si familière qu’elle en est surannée, sa poésie, forcément trop adolescente, ses postures, que je peux prédire dix secondes à l’avance. Patti gardienne d’une imagerie qu’on recycle à intervalle régulier.
C’est peut-être ça au font un monstre sacré. Assumer jusque dans ses derniers retranchements le génie, le ridicule, les afféterie d’une époque périmée. La faire vivre jusqu’au bout, jusqu’à ce que. Etre le héros de Warhol et Bowie. Pour des années.
Chose dont je ne suis pas capable.

Anna Paquin est la demie-soeur de Zac Efron

Voooooilà. Si avec ça mon référencement dans Google ne remonte pas telle la croissance française dans un film de science-fiction, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre.
Hormis attirer entre mes doigts crochus quelques âmes égarées, le titre de ce billet n’est pas totalement mensonger : je vais parler d’Anna Paquin et aussi un peu de Zac Efron parce que c’est bon de rire parfois. Anna Paquin donc. Je suis tombé sur l’adaptation cinématographique d’X-men l’autre jour à la télévision, dans laquelle ladite Anna joue le rôle de la damoiselle en détresse qui permet à peu de frais de se passer de scénaristes, étant donné sa propension étonnante à se faire capturer. Mais plus qu’une mutante qui aspire tout – véridique – la donzelle est actuellement plus connue pour son rôle de Sookie Stackhouse (à vos souhaits) dans la nouvelle série trop-dlaballe-qui-met-tout-le-monde-d’accord, j’ai nommé Troue Blode (ou True Blood pour ceux qui n’auraient pas appris l’anglais en France).
Ouais. Tout le monde sauf moi et quelques autres Gollum que le monde aura tôt fait de lyncher.
J’ai beau prendre le problème dans tous les sens et dans toute les positions y compris le poirier japonais, je n’y arrive pas. Je trouve ça ou chiant ou grotesque. J’irai même plus loin : niveau série mettant en scène des vampires, j’échangerai dans l’instant mon baril de True Blood contre un échantillon de Buffy. Et pourtant dieu sait si je ne tiens pas la blondinette hargneuse (Buffy, par Bernadette Chirac, suivez un peu !) en haute estime.
Après, ne pas apprécier une série essentiellement regardée par des semi-geeks de mon genre en DivX ne devrait pas me traumatiser outre mesure. Sauf que je ne parviens pas à comprendre. Et que l’explication « de toute façon, les trois quarts de la planète sont peuplés de demeurés » était satisfaisante en Troisième, maintenant elle me paraît un peu branlante.
True Blood est, à mon sens, une série totalement inscrite dans son époque. Les scénaristes mettent un point d’honneur à rendre les personnages « crédibles », à ne pas rendre les situations trop tranchées, les héros trop propres sur eux. Le tout avec une sérieuse dose de Bit Lit, horrible terme dérivé de l’anglais, qui sert à désigner la littérature ou des jeunes filles nostalgiques soupirent en relatant dans leur journal les zigouigouis que provoque en leur âme le regard torturé de Leopold, l’étranger dont elles connaissent le secret : il est un vampire / loup-garou / représentant en assurances. 
Comme je l’avais évoqué dans un billet précédent, c’est peut-être ce côté « crédible » qui me gêne. True Blood nous présente des personnages super préoccupés par des détails de la plus haute importance (m’aimeuh-t-il pour ma personnalité et ma connaissance de l’emploi du subjonctif chez Goethe ou pour ma jolie jugulaire ?), que l’on a (ah oui, au fait, j’avais promis de parler de Zac Efron, donc je le fais maintenant avant d’oubliter : Zac Efron en costume de poule, Zac Efron en costume de poule ! Voilà) habillé, pour faire genre, avec des canines plus longues que la normale et des têtes qui se dévissent. Retirez ces apparats à True Blood, transposez les personnages dans un lycée et paf, vous obtenez Physique ou Chimie. Flanquez-leur une baguette magique et vous voilà chez Harry Potter. Déshabillez-les et… Bref vous avez compris. Et on assiste toujours plus au moins aux mêmes tergiversations, tout en se doutant, au fond, que tout ça n’a pas beaucoup d’importance, que les héros s’en sortiront d’une façon ou d’une autre, qu’il y aura quelques morts surprises et qu’on reviendra plus ou moins à la même situation. Et je me demande souvent après quoi courent tous ces personnages.
Je ne prêche pas pour un retour aux fictions télévisuelles des années 90, loin de là, pas mal de séries actuelles prennent leur contexte à bras le corps : les personnages luttent, serrent les dents, évoluent, se dirigent vers un objectif qui leur est propre. Et à sa façon, Buffy faisait partie de cette catégorie… Essayer de refermer un grand trou donnant sur le Mal Absolu, assumer sa sexualité, supporter des mentors chenus, même si c’était grotesque, le mélange était unique. Tout comme, aujourd’hui, les héros de la série française Engrenages dont les choix en viennent à changer leurs vies et leurs relations au monde et aux autres.
La série télévisé est aujourd’hui devenu un terrain privilégié de la fiction. Et j’ai la drôle de sensation qu’il fait peur, que l’on n’ose pas expérimenter par peur du plantage commercial (logique), ou du ridicule. Dommage. True Blood aurait pu être un peu moins tiédasse, Dexter un peu plus barré. Histoire que les vampires crados du sud sentent vraiment des pieds, et que l’on tremble vraiment pour la serveuse blonde dont je jurerais que le regard affolé cache parfois un brin d’ennui. 

Parle plus bas

Non, ce post n’est pas un éloge aux chanteurs morts dont les bustes hantent Paris de façon assez dérangeante, mais plutôt une récrimination quant au temps présent (je dois bien ça à mes 28 ans qui frappent avec insistance à la porte depuis quelques jours).
C’est une réflexion débutée il y a quelques années à présent. Très précisément le jour de la sortie française du film Star Wars : La menace fantôme. Oui je sais, il me faut parfois un peu de temps pour formuler une pensée cohérente. J’étais ressorti de ce film très frustré. Déjà parce que supporter les galipettes de Jar Jar Binks pendant plus de deux heures, ça n’est pas évident, mais aussi parce que je pressentais la catastrophe que confirmerait les deux films suivants : la justification de la méchanceté de Darth Vader, figure mythologique de mon enfance et de mon adolescence. Ca n’a d’ailleurs pas loupé, le seigneur noir étant désormais largement considéré comme un ado acnéique qui a perdu sa maman, c’est bien malheureux, et allez donc.
Mes vigilants et subtils lecteurs l’ont déjà deviné : je supporte très mal que l’on touche aux figures mythiques de mon univers mental. La transformation de Darth Vader en collégien chouineur m’avait plus qu’agacé : c’était la méchante reine de mes cinq ans, le Sauron de mon CE2, la Sarah Palin de mes deux décennies : une figure du mal total, du sadisme et de la perversité. Et sa rédemption de trois minutes à la fin de l’histoire n’y changeait rien. Je jubilais de me rendre compte qu’il pouvait exister de tels absolus : un tel idéalisme chez les gentils, souvent de blanc vêtus, et un mal aussi indicible. 
Je ne saurais pas comment l’exprimer, mais ce manichéisme là a constitué les fondations d’une approche je l’espère un peu plus subtile de la réalité. Ce sont ces personnages fictifs, parmi tant d’autres, qui m’ont permis de me rendre compte que la totalité de l’existence évolue entre ces deux prismes. 
Mais il y a plus important.
J’ai voué un respect absolu à des créateurs capables de susciter des sentiments aussi immenses au plus profond de ma petite carcasse. L’horreur totale face aux monstres de HP Lovecraft, les frissons délicieux face à la perversion de Milady de Winter, le dégoût pour la justice aveugle de Javert, jusqu’à l’euphorie éprouvée face à la haine et la vengeance de Sarah Kerrigan pour le cosmos. 
Et tout ça, ça avait été les mots qui l’avaient provoqué. Plus que des images, ce sont avant tout des paroles qui me reviennent aux lèvres lorsque je pense à ces infinis déments.
Ce n’est que beaucoup plus tard que je me suis rendu compte que les mots suffisaient. Que tout écrit peut recréer ces moments de fulgurance, où l’on se sent disparaître, absorbé par quelque chose qui n’est pas nous, qui nous emporte avec le reste. Peu importe le lieu, la galaxie lointaine, très lointaine, que ce soit à Thèbes ou dans les Yvelines. Seul compte le, les mots. 
Pas trop de mots.
C’est là que j’atterris. Que je feuillette, zappe et jette la télécommande. Pourquoi, pourquoi tant de fictions éprouvent-elles en ce moment le besoin d’expliquer, de dépiauter ? Plus question aujourd’hui de créer de porteurs de Ténèbres absolus ou de Paladins. Les mots aujourd’hui doivent se tempérer les uns et les autres, les narrations se doivent d’être crédibles, les personnages « cohérents ». Afin que l’on puisse « se reconnaître ». 
Désormais, Sarah Kerrigan n’a plus le droit d’exercer son amertume à l’échelle du cosmos et sera punie,  ramenée à des proportions humaines, les héros dressés en exemple sont « humains », les couleurs deviennent pastel. Les causes et les conséquences sont tissés, livrées, cocon, au lecteur, spectateur, passant anonyme. Trop. Trop de mots. Trop d’explications.
C’est peut-être toutes ces minuscules frustrations qui m’ont poussées à reprendre le clavier.  A cristalliser des éclats de pensées dans des micro-fictions. Susciter, à nouveau, ces infinis, ces visages, ces personnages de fictions à qui je reconnais cette noblesse : celle de ne pas se mêler à « l’humain », au « cohérent ». 
Parler plus bas. Mais plus grave.

Am I going to Scarborough Fair ?


Retour du boulot, il y a quelques heures. Sept semaines déjà. Qui se sentent. On sort en traînant son énervement, celui d’une centaine d’ados, et de quelques collègues. Barre au front, épaules sous joug. Descente le long d’une artère en béton moche. Artères qui charrient voitures et corps, comme partout dans la ville carrée. 

Par convention, on a casé deux trois troncs le long des routes. C’est l’automne, c’est ma saison, celle du déclin. Qui, presque par accident, me fait un cadeau. Trop grotesque pour être accepté par qui que ce soit d’autre.
Entre des feuilles encore vaillantes, un rai de lumière, quelques paillettes poussières dansent. Portail. Les fées d’Avalon, deux trois bandes d’aventuriers, une antique fête. Tu n’es pas seul, tu n’as plus jamais été seul depuis tes six ans. Quels que soient tes chemins. Des liens qui retiennent et ne serrent jamais.
Tout est bien. Tout est à sa place.

Vie et mort du quart d’heure de gloire de votre serviteur

Je devrais arrêter les Sp*ci*l K. Non mais franchement. Ca fait faire des trucs bizarres, dès fois. Par exemple, ça vous pousse à écrire un mail au site de France Inter pour proposer votre participation à l’émission « Un jour tout neuf » qui, comme son nom l’indique, est destinée à un public matinal (ou noctambule), parce que ça passe à frikkin’ five in the morning comme disent les angliches. Cinq heures du matin donc. En y réfléchissant bien, peut-être ces malheureuses céréales n’y sont pour rien (elles ne sont déjà pas foutues de brûler le gras comme c’est promis sur la boîte pour vous transformer en l’Apollon que vous êtes à l’intérieur) et que c’est juste une autre des mes idées à la noix.
Donc bref, je rédige le mail de candidature en question que je m’empresse d’oublier et, le lendemain, surprise, on m’annonce par téléphone que oui je suis génial, oui je suis extraordinaire, oui on me veut la maintenant tout de suite. Ca a beau être évident, ça fait toujours bizarre.
C’est donc ce matin, mercredi 29 septembre, qu’a eu lieu l’émission, en direct s’il vous plaît. Parce que l’on est poli, on remerciera donc T. et E. (qui vous démontrent en douze points que la notion de couple n’est ni ringarde, ni niaise, ni surannée et toute choupimimi) pour leur hébergement, les poilades et les gloses autour de Silent Hill. On remerciera un peu moins leur voisin.
Je m’explique.
Quittant le domicile de T. et E. à 4h30, je me suis glissé avec une discrétion de Sioux vers la sortie… Pour me rendre compte que le portail fermant l’accès aux appartements était verrouillé. Me voilà donc en train d’escalader la grille avec toute l’agilité de Catwoman (mais plutôt version Skinner que Selina Kyle). Malgré un cerveau totalement inopérant, l’acrobatie s’est plutôt bien déroulée, ce qui me laisse à croire que les supers héros sont pour la plupart mort cérébralement. Me voilà donc plus ou moins en une pièce à attendre le taxi que le service audiovisuel public met généreusement à ma disposition.
Et là, c’est le drame.
Je savais certains chauffeurs de taxis parisiens mal lunés, j’ignorais qu’il en existait des sociopathes.
Le type, qui ne daigne pas me décrocher un seul mot, démarre à fond de train dans les ruelles de la capitale, ruelles qui ont l’amusante particularité de toutes déclencher leurs feux rouges quand nous arrivons à leur hauteur. Après une dizaine d’accélérations-pilages sur place, je commence à sentir le Ho-Chi-Min (ou quel que soit le nom du plat vietnamien que j’ai bouffé hier soir) faire de la contestation. Méga-classe, je vais entamer mon allocution au monde civilisé en dégueulant tripes et boyaux.
Histoire d’oublier mes sagas intestinales, je regarde par la fenêtre. A cette heure-là, ça me rappelle Biarritz. Une scène grandeur nature juste prête à être investie par les comédiens. Je me sens d’humeur lyrique et, tel Rastignac, m’adresse à la cité.
« Tu es corrompue jusqu’à l’os en fait, Paris. Même vide, même silencieuse, on ne peut pas te ramener à des proportions humaines. Il faudrait déblayer. Raboter tous tes immeubles de deux étages. Enfin ouvrir les perspectives. Haussmann n’y a pas réussi, moi il me suffit d’un coup d’oeil pour oh malédiction il est en train de LIRE AU VOLANT ! »
Ben oui, indifférent à ma crise de grandiloquence télépathique, mon chauffeur consulte un journal, en gardant distraitement un oeil sur la route.
Dix minutes et trois points de tension plus tard, l’engin me dépose un peu pantelant devant les bureaux de France Inter où je suis accueilli par tout un tas de visages super sympas, quelques grains de sommeil encore au coin des yeux.
Rencontre avec Brigitte P. Un peu perdue dans ses papiers, un tout petit peu bordélique. Ca je m’y attendais, au côté pas si bien huilé que ça de la radio, vue de l’intérieur. Et je ne suis pas déçu. Ca s’agite, court, se pose des questions. Ce doit être les endorphines que sécrètent mes lobes encore out, je trouve tout ça super adorable. Je dois délirer pas mal durant l’émission (j’ai essayé de ne pas trop m’écouter durant le montage que je suis en train de faire).
Une heure qui passe vite, très vite. Thage prend des notes depuis mon épaule, mais reste exemplairement silencieuse.
Brigitte P. me fait visiter deux trois studios avant de me raccompagner, pause clope. Elle m’en aurait proposée une, je l’aurais acceptée je crois. Je rentre artificiel. Je souris. Ca suffit.
(et pour vos oreilles only, l’émission sur joli lecteur. Afin d’éviter que la SACEM ne me pince les fesses, j’ai du retirer les chansons passées… Que les mélomanes et les mélanomes me pardonnent !)

http://player.soundcloud.com/player.swf?url=http%3A%2F%2Fapi.soundcloud.com%2Ftracks%2F5664287%3Fsecret_token%3Ds-LMtMv&secret_url=false  Un jour tout neuf 29 sept by Jalk

Les gens n’aiment pas rire à Inaba avec Emilie Simon

Ces derniers temps, je suis plutôt heureux. Oui, je sais, dit comme ça, c’est moyennement intéressant. Là où ça devient (un peu) plus palpitant, c’est que cet état d’esprit m’a permis de faire deux constats plutôt intéressants.

1. Le bonheur agresse les autres.

2. La beauté n’est pas uniquement cet apanage de la superficialité, pour qui je n’avais que méfiance jusque là.

Développement du 1 : RER vers Paris du mercredi midi. Remonté comme un coucou suisse. Super séance de travail à G. Des images anarchiques plein la tête, en particulier celle de Chie, la si mal nommée, se lamentant sur l’état de son DVD. En bon geek, je me rejoue l’intégralité de la scène et remarques quelques détails nouveaux, je pouffe. Oh discret, un truc genre « snrk ». Un type placé deux sièges plus loin tourne la tête et me foudroie du regard :

« – Tu te marres ?
– Euh. Oui ?
– Pourquoi tu te marres ?
– Pour rien (mensonge).
– Arrête de te marrer ! T’arrête tout de suite ! »

Scène presque banale à un troublant détail près. Au vu de sa position et même de ce brillantissime échange, je me suis rendu compte que le type n’a pas cru un instant que je me moquais de lui. A la limite, là, j’aurais pu comprendre. Non. Le simple fait de me voir rigoler l’insuportait. J’ai quand même – faut pas déconner – terminé ma scène, mais en mode beaucoup plus autiste.
Le bonheur est donc signe d’agression. Pour le moment, je n’en suis qu’au stade du constat… Mais quand même. Ca me semblait suffisamment surprenant pour être noté.

Développement du 2 : hier à Taratata, était invité Mika, artiste qui ne me fait strictement rien. Pour paraphraser ce grand penseur qu’est Achille Talon, je trouve qu’on n’a jamais vu des chansons aussi pleines de rien. Il s’est cependant fendu d’un petit duo avec Emilie Simon que j’aime énormément, pour rester d’une sobriété qui m’honore et me fait mal aux dents. (La vidéo est à voir en cliquant ici, en allant dans vidéos et en choisissant « Comment te dire adieu »). Cette performance m’enchante. Pas seulement de par sa qualité. Je suis heureux. Heureux de cette simple image de deux beaux jeunes gens qui chantent une belle chanson. Et pour une trop rare fois, je n’ai pas éprouvé, tout au fond du fond, ce petit pincement de jalousie (« et toi ? Que fais-tu pendant ce temps ? 26 ans. Comme toi. »). Un simple moment de beauté. Donné, gratuit. Un truc qui, en un sens, lave de beaucoup de choses. Qui, lorsque c’est trop moche…. reset.

– Bande originale :

– Rainbow ( Emilie Simon, album The Big Machine)
– Nothing to do with you (Emilie Simon, album The Big Machine)
– Le Roi des Ombres (M, album Mister Mystère)

J’habite dans la télévision

Un truc que j’adore, ce sont les grilles de lecture. Pour les petits veinards qui n’ont jamais croisé ce terme, une grille de lecture consiste à lire un texte en adoptant une certaine « vision », celle d’un auteur, d’un critique, peu importe.
Peut-être est-ce parce que mes années en prépa invitaient à la schizophrénie, mais très vite, je me suis mis à lire la vie en général à travers tout un tas de grilles, de plus en plus farfelues. C’est une addiction : je ne peux pas aller chercher le pain sans passer le trajet prisme d’un imaginaire.

(cet exemple n’est qu’un exemple. Je ne vais jamais chercher le pain. Passons)

Une grille de lecture a tout un tas d’avantages. Ca donne du sens, pour commencer. Remède de cheval contre toute velléité de nihilisme, laissez-moi vous le dire. Mais ça n’invite pas non plus à un optimisme béat. Essayez de voir le monde à travers les pages de Grass, ou de Yoko Ogawa, période Hôtel Iris. Pour rire.
Le plus drôle, c’est de ne pas les choisir. Ca implique un imaginaire bien fourni et je le dis sans rougir : je suis dans ce cas. Dans ces moments là, les visions s’imposent en pochette-surprise, hilarantes d’inutile.

Il y a un quart d’heure, je m’en suis prise une dans le coin de la figure. Pas de sens, encore du jeu vidéo. Je soupçonne la proximité des ados. Ben oui, j’ai enfin fait ma rentrée, figurez-vous. Bardé d’appréhensions, bien entendu. Ce qui fait que lorsque les loulous ont un peu élevé la voix histoire de connaître mon seuil de tolérance au bruit, je suis passé en mode commandant de bord face à une mutinerie.
Et ce fut le silence sur la steppe.
Cours calme. Evident, simple. Les heures qui s’écoulent sans les voir.
En noir dans un carré jaune en fait…

Collège rural

Distances réduites, comme pour juste les simuler

Sourire des autres, moi un peu en retrait, paroles muettes.

Presque de la brume.

Je passe des lunettes magiques… me voilà prof sur les rives d’Inaba. A regagner le soir mon petit logement, famille, chaleur famille.

Oui mais…

Dans Persona 4, grille de lecture adaptée, il y avait une toute autre petite chose. On affrontait tout un tas de pièges mortels dans un monde fantasmagorique !
Bon sang c’est vrai… Demain, je découvre mon deuxième collège, celui de G.
Per-so-n

On aimerait tous être consolés par Grégoire Leprince-Ringuet

(tiens, je viens de faire le titre le plus long de la courte existence de de blog…)

Vu il y a quelques jours, Les chansons d’amour. Le film musical, je n’avais plus vraiment pratiqué depuis Les demoiselles de Rochefort et Dancer in the Dark, vu à peu près à la même époque, celle des sables mouvants (14-16 ans, R.I.P mémoire de ces années).
Je préviens tout de suite, Christophe Honoré va davantage chercher chez Demy que chez Van Triers, sauf à deux trois moments.

Un résumé quelconque du film ne servirait à rien, étant donné ses brusques revirements d’intrigue à deux ou trois moments. En plus ça m’ennuierait. Par contre, ce qui me fascine toujours, plusieurs dizaines d’heures après, ce sont les efforts démesurés du réalisateur et des comédiens pour réussir un tour de passe-passe plutôt gonflé : flatter l’ego du spectateur pour mieux le piétiner ensuite.
Au début des Chansons d’Amour, on se sent très intelligent. On renifle les failles, les facilités, on se félicite d’avoir senti les problèmes qui vont survenir dans ce film au demeurant pas trop mal.

Et puis non.

Les changements de ton, les virages scénaristiques et, surtout, la puissance de Chiara Mastroiani (qui est à mon sens le personnage par qui tout arrive) font qu’on se sent tout honteux d’avoir présumé, d’avoir sourit quand, en fait, ça n’était pas la peine. Mais Christophe Honoré ne semble pas en tenir rigueur. La preuve, c’est qu’il nous envoie Grégoire Leprince-Ringuet.
Et quand je dis en titre qu’on aimerait tous être consolés par lui, je dis bien tous. Pas parce que son personnage est beau, pas du fait de son innocence gauche et de sa perversité adroite – ouais, non, faut pas que je tente, les jeux de mots – pas même grâce à cette mythique scène de la fenêtre : juste parce que, pour une fois dans un film, on a un rôle totalement, entièrement et indéniablement positif. Sans fragilité cachée, mièvrerie filigrane. Aucune condescendance envers les sourires.

Et bon sang qu’est-ce que ça fait du bien.

Je ne cherche pas à faire une critique quelconque, un billet commentaire, juste à déclarer benoîtement mon admiration pour cette alchimie, ce moment privilégié, entre la fille de Catherine Deneuve, ce Grégoire dont je ne reprononcerai pas le nom, parce que j’ai des ampoules aux doigts, et Louis Garrel, qui forme un lien, et quel lien, entre les deux.
Juste un instant qui file entre l’oeil et la paupière, qui vous embrume le champ de vision, en rendant les angles un peu plus doux.

Juste pour cette fois.

Post-scriptum : Un blog qui n’a pas une marque de fabrique, un signe, un bidule récurrent, ça ne fait pas sérieux. Je me lance donc dans l’établissement d’un gimmick. Vous trouverez ci-dessous, et dans chaque post à partir de maintenant, la BO du billet, à savoir sur quelles musiques celui-ci a été écrit. A toutes fins inutiles, bien sûr.

Bande Originale :

– Maya’s theme (Persona 2 : Innocent Sin Original Soundtrack, Masaki Kurokawa)
– Zombies (In Living Covers, Jay Brannan, reprise des Cranberries)
– De bonnes raisons (Bande Originale des Chansons d’Amour, Alex Beaupain)
– The Seer (Single The Seer, Tarja Turünen et Doro Pesch)

Y a que

Ca fait deux mois que ça me travaille, deux mois que je ne le digère pas. Mon surmoi l’a vaillamment confiné dans une oubliette au détour d’un labyrinthe télévisé. Mais comme une dégueulasserie cthulienne, c’en est ressorti. J’ai beau faire je ne le digère pas.

Ca s’est passé à table, pseudo-repas du dimanche, mode agréable ou presque. En face de moi, j’ai un fictionneur, un qui a réussi, un qui « vit de ça », selon la formule consacré.
Et qui s’étonne des gens qui lui demandent la suite de ses histoires. Parce que bon après tout « ça n’est que de la fiction ».

Reçu plein ventre, tordu de douleur depuis. Pas une douleur militante, non, pas une pointe d’indignation, je n’ai pas le sens du blasphème. Mais cloué au plafond par cette désinvolture.

Que de la fiction. Putain de conjonction. C’est le « que » qui ne passe pas. Sa longue fiche d’identité au dictionnaire est bardée de mots que je n’aime pas : « suspendre », « obstacle », « modaliser ». Un mur qui interdit tout.

Je ne serai jamais chantre ou barde. Je ne suis pas le bon petit soldat de la fiction. Mais quand même. Quand tu dis ça, fictionneur, ça veut dire quoi ? Que l’histoire est un à-côté ? Que, après tout, tu restes un grand enfant perdu dans les petits Mickeys ?

Ca n’est pas que. C’est de la fiction. Comme c’est le matin, c’est le tapis, c’est chiant, c’est demain. J’aime pas trop qu’on s’arroge le droit de faire obstacle à l’existence. Et le « ça n’est que », a vraiment été créer pour ça. Pour repousser. Hiérarchiser.

A la radio, il y a longtemps, un type genre Pivot avait demandé à chaque auditeur de prendre en charge un mot en voie de disparition dans la langue française et de l’utiliser, afin qu’il perdure. Je m’y suis tenu.

Maintenant, je crois que je vais faire l’inverse.

Ce n’est que justice.