Sinon

Il y a un passage super sympatoche dans le dernier Amélie Nothomb (non non non pas de débat, je me bouche les oreilles et je chante très fort LA LA LA), le genre de truc qui, pour moi, justifie les plus de dix euros que je lui sacrifie annuellement… sigh.

« Hélas, chaque fois que je grillais une cigarette, je trouvais ça aussi difficile que piloter un avion.
Ce que je viens d’écrire est idiot : piloter un avion est beaucoup plus facile que fumer. Déjà, c’est moins interdit. Nulle part il n’est inscrit : « Ne pas piloter d’avion. »

– Bande originale

– La complainte des filles de joie (Georges Brassens, version j’essaye de retrouver les paroles dans ma tête)

On aimerait tous être consolés par Grégoire Leprince-Ringuet

(tiens, je viens de faire le titre le plus long de la courte existence de de blog…)

Vu il y a quelques jours, Les chansons d’amour. Le film musical, je n’avais plus vraiment pratiqué depuis Les demoiselles de Rochefort et Dancer in the Dark, vu à peu près à la même époque, celle des sables mouvants (14-16 ans, R.I.P mémoire de ces années).
Je préviens tout de suite, Christophe Honoré va davantage chercher chez Demy que chez Van Triers, sauf à deux trois moments.

Un résumé quelconque du film ne servirait à rien, étant donné ses brusques revirements d’intrigue à deux ou trois moments. En plus ça m’ennuierait. Par contre, ce qui me fascine toujours, plusieurs dizaines d’heures après, ce sont les efforts démesurés du réalisateur et des comédiens pour réussir un tour de passe-passe plutôt gonflé : flatter l’ego du spectateur pour mieux le piétiner ensuite.
Au début des Chansons d’Amour, on se sent très intelligent. On renifle les failles, les facilités, on se félicite d’avoir senti les problèmes qui vont survenir dans ce film au demeurant pas trop mal.

Et puis non.

Les changements de ton, les virages scénaristiques et, surtout, la puissance de Chiara Mastroiani (qui est à mon sens le personnage par qui tout arrive) font qu’on se sent tout honteux d’avoir présumé, d’avoir sourit quand, en fait, ça n’était pas la peine. Mais Christophe Honoré ne semble pas en tenir rigueur. La preuve, c’est qu’il nous envoie Grégoire Leprince-Ringuet.
Et quand je dis en titre qu’on aimerait tous être consolés par lui, je dis bien tous. Pas parce que son personnage est beau, pas du fait de son innocence gauche et de sa perversité adroite – ouais, non, faut pas que je tente, les jeux de mots – pas même grâce à cette mythique scène de la fenêtre : juste parce que, pour une fois dans un film, on a un rôle totalement, entièrement et indéniablement positif. Sans fragilité cachée, mièvrerie filigrane. Aucune condescendance envers les sourires.

Et bon sang qu’est-ce que ça fait du bien.

Je ne cherche pas à faire une critique quelconque, un billet commentaire, juste à déclarer benoîtement mon admiration pour cette alchimie, ce moment privilégié, entre la fille de Catherine Deneuve, ce Grégoire dont je ne reprononcerai pas le nom, parce que j’ai des ampoules aux doigts, et Louis Garrel, qui forme un lien, et quel lien, entre les deux.
Juste un instant qui file entre l’oeil et la paupière, qui vous embrume le champ de vision, en rendant les angles un peu plus doux.

Juste pour cette fois.

Post-scriptum : Un blog qui n’a pas une marque de fabrique, un signe, un bidule récurrent, ça ne fait pas sérieux. Je me lance donc dans l’établissement d’un gimmick. Vous trouverez ci-dessous, et dans chaque post à partir de maintenant, la BO du billet, à savoir sur quelles musiques celui-ci a été écrit. A toutes fins inutiles, bien sûr.

Bande Originale :

– Maya’s theme (Persona 2 : Innocent Sin Original Soundtrack, Masaki Kurokawa)
– Zombies (In Living Covers, Jay Brannan, reprise des Cranberries)
– De bonnes raisons (Bande Originale des Chansons d’Amour, Alex Beaupain)
– The Seer (Single The Seer, Tarja Turünen et Doro Pesch)

Songe d’une nuit d’été

Note liminaire : je fais le choix, pour ce billet, d’habiller le vécu mais léger léger. Déshabillez-le si vous le souhaitez, après tout, la pudeur, c’est tout ce qu’il y a de subjectif.

Vertige l’autre jour, je ne sais plus trop quand. Huit ans que j’écoute For The Child. Putain huit ans. Que chaque fois que je prononce-écris le nom, je me sens grandir en ringardise. For The Child, c’est peut-être le produit culturel – ce terme ne me déplait décidément pas – le plus important de mon existence. Pas de bol. A tout prendre, j’aurais préféré Luka, que je connais depuis plus longtemps en plus. Mais Luka s’est glissée trop profondément dans mon cortex pour que je la connaisse. Une épaisse couche de surmoi. Trop insulaire pour rester terra cognita, le Cap Vert coule côté gauche de la nuque, n’apparait plus dans le miroir.
For The Child n’a pas cette subtilité. Au contraire. For The Child, c’est un orage de nuit sur l’océan, avec tout ce que ça comporte de mauvais gout. Mais je m’en tape. Totalement. Du haut de mes névroses, je me suis ouvert une page groupie, fan de, du genre de celles dont je me fous avec envie en allumant M6.
Page ouverte dans l’euphorie de ce voyage belge pour mes 18 ans. Classe prépa option Final Fantasy. Rencontre avec des gens que l’on baptisera par la suite IRL, lorsque les modems n’éructeront plus dans les lignes téléphoniques. Ca, Bauchau et Kelamer, autres marqueurs essentiels de ma mythologie personnelle. J’ai 18 ans, je me noie dans les pages d’Antigone, dans les châteaux en pixels de Cité-Kelamenr et je découvre la voix d’Amelinne.
Parce que bon, la suite le montrera, ce qui m’a plût dans For The Child, hormis ses trois majuscules, c’est le cocktail. Le contraste entre l’orchestration et ce que propose la chanteuse. Une opposition tellement grotesque qu’elle en devient séduisante. Le pacte d’écoute se situe dans ce vaste interstice. Assimile la ligne mélodique et les trilles de la soprano. Rien d’autre n’a d’importance. Plafond et plancher, bulle de sureté. Dans laquelle tu peux construire ce que tu veux, que les paroles te parlent ou te rebutent par leur adolescence.
J’en ai vécu, des choses. L’éviction de la violoniste, par trop hystérique, l’introduction d’un vocaliste auxiliaire qui me sembla toujours superflu… Un concert, un seul. Qui ne fit que confirmer les images mentales que je bâtissais au creux des sons. Des psychoses oniriques assommé de chaleur dans le RER, mon lecteur MP3 sur les oreilles. Des vocalises, dans le silence indulgent de ma chambre d’étudiant. Les années se sont doublées du liseré argent du groupe. Un peu tape-à-l’oeil. Mais indispensable.

Et puis, il y deux ans, l’impensable. « Nous vous informons de la reconversion d’Amelinne dans le management des métiers du spectacle. » Personne n’y croit. Et pour se protéger les yeux de la catastrophe, les fans se répandent en fictions de secours sur un forum ou je traine handicapé du clavier. Tour à tour martyr et pécheresse, Marie Salope ou Egérie des Perdus, l’Amelinne déchue.
Je bafouille que de toutes façons, ça n’a pas d’importance. Que, pour une fois, ces fantasmes là m’indiffèrent. Quelque chose s’est écroulé et c’est vrai. Vrai et antidaté par le recrutement, un quart d’éternité plus tard, d’une seconde chanteuse, qui présente le défaut rédhibitoire de ne pas être la cause d’un éblouissement post-adolescent. Donc forcément beaucoup beaucoup moins bien qu’Amelinne.
For the Child poursuit – déviation non suivie pour moi – et je m’attends à une indignation de ma mythologie, une dépression de mon artificiel. Que nenni. Ma fiction personnelle a passé tant d’absences à consolider les murs de la citadelle musicale que tout continue comme s’il ne s’était rien passé. 5 CD et des bananes, c’est bien assez pour s’alimenter jusqu’au déluge.
Huit ans. Dans l’espace voix-musique, on ne s’est rendu compte ni du temps passé ni du cataclysme. On danse au château.