Lundi 10 octobre
“Nous ne sommes pas ici pour punir. Nous sommes ici… Pour exalter !” assène Becky Martin-Granger, la directrice du camp de vacances Chippewa, dans Les Valeurs de la Famille Addams. (l’un des meilleurs films de son époque).
Peut-être que vieillir, c’est se mettre d’accord avec l’un des personnages les plus détestables de la fiction, mais il y a un fond de vérité à gratter dans cette épouvantable maxime. C’est la réflexion que je me fais en ce mois d’octobre, mois Addamsesque s’il en est.
Depuis quelques jours, les élèves commencent à s’habituer et à fatiguer. Cocktail qui les amène à dévoiler, petit à petit, leurs côtés les moins agréables : mauvaise foi, lâcheté, mensonge. Les petites brutalités de tout être humain. Et, la fatigue se déployant des deux côtés, la tentation est forte, du côté des enseignants, de répliquer en montrant les dents.
Alors que, me concernant (et je souligne trois fois en rouge ce “me concernant”), ces côtés sombres des mômes ne gagnent jamais en puissance que lorsqu’on y prête attention. Et particulièrement cette année. Alors je décide de ne pas m’en préoccuper. Je sanctionne à toute vitesse. Discussion rapide en fin d’heure, tâche réparatrice, emballez, c’est pesé.
Mais s’ils arrivent à montrer leurs bons côtés… Alors oui, j’en fais un pataquès. Leur rappelle à quel point ils sont une classe qui tourne bien. Que c’est une joie de bosser avec eux.
C’est sans doute très stupide. Sans doute du renforcement positif. Mais c’est aussi, naïvement, une volonté de leur montrer que le réel, la vie, est de ce côté là : de ces instants où ils se donnent, d’une façon ou d’une autre, pour faire avancer le cours, se filer un coup de main… Ou que juste, ils décident d’arrêter d’être des caricatures de leurs mauvais côtés.
“Mais pourquoi on n’est pas payé, nous ? On travaille !
– Vous voulez vraiment que je vous explique ou juste vous plaindre ?
– …
– Sérieusement ?
– Non, mais vraiment, moi je veux bien qu’on m’explique.”
Et j’explique. Is écoutent, vraiment, sans ricaner ou protester. Émettent une ou deux objections.
“Vous êtes super intelligents si vous comprenez ça dès la cinquième.
– On est intelligents !”
C’est dit sans le côté bravache.
Dans mon monde idéal, être gentil, c’est être fort. Et il est là, mon wokisme, les thuriféraires d’une éducation “neutre”, “sans idéologie” : vos mômes, je vais leur montrer que leurs conneries sont sans intérêt. Que je les admire fort, quand ils sont doux, et drôles, et rigoureux. Et que ces valeurs-là, comme le disait Becky Martin-Granger, je vais les exalter.