
Mon père trouve que depuis que je suis en arrêt, je me pose beaucoup de questions. Il a raison sur la proposition principale, moins sur la subordonnée. Ces questions, que je développe depuis quelques jours, je me les pose en permanence. Elles ont juste pris l’habitude de s’écraser. De se glisser au fond de la classe, comme toutes ces élèves qu’on appelle « studieuses », qu’on a appris à féliciter d’être silencieuses et bosseuses, tandis que des élèves « moins scolaires », souvent garçons, prennent la place, prennent le son, prennent l’attention.
Mes questions ont enfin un espace pour s’exprimer. Ce lieu liminaire, de soin, qui n’est pas une période de vacances, qui est un endroit que l’on m’a donné, à moi, parce que j’en avais besoin. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante, après dix-huit ans, je t’interdis de te sentir coupable de prendre ce temps », m’a dit l’autre jour T., mi-amusé, mi-extrêmement sérieux (comme toujours avec T.)
Je ne cesse de sacrifier l’important à l’urgent. Parce qu’il en va souvent d’urgence essentielle dans notre boulot. Assurer des journées stables à nos élèves, gérer des mômes qui craquent, des copies à rendre au plus vite, des échéances administratives. J’ai appris à foncer en riant très fort, pour cacher ma peur. Et toutes ces questions essentielles, ma place dans une salle de cours, mon rapport aux élèves, ma motivation, mes objectifs, se sont sagement laissés reléguer.
Et puis, comme on dit dans la toute meilleure scène de Doctor Who « No more. »
Dans les histoires que je me raconte, je me dis que ce sont ces questions qui m’ont fait prendre ce rendez-vous médical. Qui me poussent, encore ce soir, à les considérer sous tous leurs angles.







