Mercredi 25 mai

Comme d’habitude, tout est un peu plus laborieux en cinquième Vulcanion. L’annonce de la lecture de Bilbo le Hobbit a immédiatement été accueille par des “Il y aura combien de paaaaaaages ?” et des “On peut pas voir le film plutôt ?” là où, jusqu’alors, j’ai eu le droit à des ovations et des propositions d’exposés en pagaille.
Et puis :
“Monsieur !
– Oui Olivia ?
– Valentin il a déjà lu le livre.”
Je tourne la tête vers Valentin qui tente l’exploit de rentrer en lui-même, chose peu aisée dans notre univers, et plus encore quand on mesure près d’un mètre quatre-vingt à treize ans. Valentin a prononcé environ dix phrases depuis que je le connais.
“C’est vrai Valentin ?
– Hmmmfffmpfpfffffoui. Et le Seigneur des Anneaux. Et le Silmarillion. Et les Contes et Légendes Inachevés.”
Ah oui, quand même.
“Vous voyez monsieur, ça sert à rien qu’on le lise.
– Au contraire. Valentin pourra m’aider, il vous apprendra d’une autre façon.
– Ah ouais ? Genre il va faire le prof ?”
À ma grande surprise, Valentin hoche la tête avec enthousiasme. Je reste vigilant. Les Vulcanions ne sont pas spécialement bienveillants les uns avec les autres. J’attends qu’une pique pointe. J’avise Cléo qui bougonne quelque chose à sa copine.
“Vous n’êtes pas contente que Valentin vous enseigne ?
– Mais genre voilà, il aime un truc et ça le rend fort en français !
– Je sais. Parfois, on est expert dans un domaine. Et quand ça s’aligne avec vos études ou votre métier, c’est génial. C’est ce qui arrive à Valentin en ce moment.
– Mais à moi, ça arrivera jamais.
– Ni à moi !
– Ni moi !”
Pour une fois, la parole anarchique ne bascule pas dans le brouhaha. Ils attendent des réponses.
“Quelle est votre expertise à vous Cléo ?
– Le patin à roulettes. Celui à quatre roues.
– Et vous Armando ?
– La danse bretonne.
– Et moi les arbres !”
Chacun y va de son petit monde. Celui qui a rarement le droit de cité au collège.
“Tu devrais faire un petit festival des talents en fin d’année.” me conseille A. tandis que nous quittons le bahut pour cet immense week-end. A., sortant imperturbablement la bonne clé lorsque je me trouve devant une porte fermée.
Ce n’est peut-être pas le quart d’heure de gloire warholien. Juste cette envie, furtive, de pouvoir être un héros, juste pour un jour.







