Mardi 5 octobre

À la liste de mes immaturités, il me faut ajouter celle-ci : j’ai systématiquement besoin, quel que soit l’établissement dans lequel j’enseigne, d’éprouver de l’admiration pour un⋅e collègue. La matière importe peu. Et à chaque fois, la raison change.

Au lycée Gallia, à ma grande surprise, il s’agira de B., dont j’avais déjà parlé. Nous aurions sans doute peu à nous dire en dehors du boulot. Mais lorsqu’elle se met à parler de sa matière, de notre matière, le temps s’effrite. Quelques écailles de l’urgence se détachent, à travers lesquelles se trouve encore le lycéen névrosé et passionné de 1ère L, promotion 2000 dans un petit bahut du Finistère. B. sourit, se traitant sans cesse de paresseuse. Elle pourrait prétendre à la retraite et, chaque année, repense sa méthode d’approche des textes. Mais à la limite, ça on s’en fout. Ce qui compte, c’est sa façon d’évoquer Baudelaire et à quel point la vie de quartier de Rennes a changé. C’est lorsqu’elle me dit “ce serait bien que tu restes, pour qu’on puisse continuer à échanger”, après qu’on ait évoqué nos poèmes favoris de Césaire. C’est son rire à la fois épuisé et émerveillé. Le français porte B., à travers les années et les réformes.

“Il y a qu’en travaillant beaucoup que tu t’en tireras.” m’a-t-elle dit, après m’avoir grondé en me voyant jouer sur mon portable, pendant la pause de midi. J’ai rigolé, gêné comme un grand ado. Et admettant, comme un collègue, qu’elle n’avait pas tort.

B. a le même pouvoir que ces cours que j’adorais en lycée : elle annihile le temps et la distance. Et tant pis si le monde rigole de nous, tant pis si ça peut sembler incompréhensible, on évoque un champ d’étoiles, les mots. Et, pour quelques éclats, on sait à quel point rien n’est plus important.

Lundi 4 octobre

Première sortie scolaire de l’année : festival du film britannique à Dinard. Il fait beau, et le bateau traverse joliment la baie de Saint-Malo pour nous amener voir deux films britanniques, donc, et sympathiques, pour la rime.

J’aime bien les sorties scolaires parce qu’elles permettent d’observer d’autres facettes des élèves. Facettes cette année sacrément dissimulées par le nombre, les masques et l’arrivée dans un nouveau bahut. Facettes qui révèlent qui permettent aussi de dissiper certains fantasmes. Comme tous ceux que j’ai rencontrés jusque là, ces élèves se chambrent ou s’insultent, se prennent en photo et, laissés à eux-même courent s’acheter des glaces. Beaucoup de glaces.

Ces élèves, aussi, témoignent ce bizarre attachement envers les adultes qui les répriment. Durant la deuxième projection, je viens m’asseoir entre Kyle et Roy qui, après multiples remarques, continuent à se servir de leurs portables histoire de checker la progression de leur carrière d’influenceur et à hurler le mot rosbif à chaque fois que le mot “britannique” ou “anglais” est prononcé. Le tout en niant, bien entendu, qu’ils sont responsables de quoi que ce soit, c’est pas vrai monsieur, pourquoi c’est nous. C’est donc avec mon plus beau sourire sadique que je les rejoins. Résultats des courses : ils me collent durant tout le retour, réclamant avec une insistance troublante un selfie en ma présence pendant que je fais le signe de Jul (cette demande me fait rire très longuement et très fort, pour leur plus grande perplexité).

Petite pause avec les collègues, le temps d’un café. Trois personnes avec qui j’ai échangé quelques mots à peine depuis le début de l’année, aléas du lycée. J’aime bien aussi, sortir pour ça.

Et au risque de passer pour un vieux ronchon, j’envisage aussi, au cours de lendemain, de toucher quelques mots à la classe de la notion de compulsion. Deux films de deux heures, c’est long. Les mains de très nombreux élèves se tendent vers les portables. Sans intention méchante. Par automatisme. “Mais deux heures monsieur, deux heures c’est trop long, à ne rien faire !” Et ils sont nombreux à me tenir ce discours. Aller au cinéma, être captif d’une réalisatrice ou d’un acteur, ça ne va pas de soi. Même au lycée.

La journée passe à toute vitesse. Et je rentre épuisé, comme après une journée de cours. J’ai fait plus de trois fois les six mille pas quotidien recommandés par ma montre. Tant physiquement que mentalement.

Dimanche 3 octobre

Et le dimanche, on s’évade !

Il y a 4 ans, j’écrivais un billet au sujet du jeu Tales of Berseria, ce soir, ce sera son successeur (mais pas sa suite, les jeux de cette série étant la plupart du temps indépendants les uns des autres) : Tales of Arise.

La série des Tales of est ce que l’on pourrait qualifier de jeu de rôles japonais hyper classique. Tout comme les Dragon Quest, par exemple, chaque opus obéit à des codes très précis, qu’il tente de raffiner quand sort une nouvelle itération. Les points incontournables sont une histoire mélangeant heroic-fantasy et éléments de SF, combats en temps réels, personnages très outrés et histoire obéissant aux codes des animés. Malgré ce cadre pour le moins rigide, la série connaît, depuis notamment les trois derniers volets, une évolution pour le moins réjouissante.

Tales of Arise nous fait atterrir sur la planète Dahna, réduite en esclavage depuis trois cents ans par les Reniens, venant d’un monde voisin. La quasi-totalité de Dahna est un gigantesque camp de travail, dans lequel des seigneurs se disputent la souveraineté de Rena en extrayant le plus possible d’énergie de leur colonie.
Des poches de résistances se sont développés chez les opprimés et c’est sur l’une d’elles que va tomber Masque de Fer, ainsi nommé à cause du casque qui lui recouvre l’intégralité du visage. Amnésique (comme 95% des héros de RPG japonais), le jeune homme est également insensible à la douleur. Sa route croisera rapidement celle de Shionne, dissidente renienne victime d’une malédiction, dont le but est d’assassiner les seigneurs de sa patrie, dans un but connu d’elle seule. Les deux protagonistes se retrouvent forcés de rejoindre la résistance et de collaborer, chacun poursuivant des objectifs dissemblables.

Ce bref résumé pose la couleur : il est difficile de faire plus classique comme scénario. Tales of Arise joue à la note près une partition extrêmement connue, celle des deux héros obligés de s’allier pour libérer une terre de l’oppression. Malgré tout, il émane de ce jeu un charme fou. L’alchimie entre Masque de Fer (qui a un nom, il ne gardera pas ce pseudonyme tout le jeu rassurez-vous) et Shionne est indubitable, à tel point qu’on aurait facilement pu se contenter de ce duo pour explorer le jeu. Ils seront cependant rejoints par une poignée d’alliés, heureusement restreinte, qui permettra de poser un regard différent sur Dahna et ses avatars. De plus, chaque personnage propose une expérience de combats vraiment différentes, Masque de Fer devant se montrer extrêmement agressif dans son style de jeu, contrairement à Rinwell, la magicienne de l’équipe, devant se placer stratégiquement avant de faire pleuvoir tout un tas de projectiles occultes sur la tronche de ses adversaires.

Les phases d’exploration ont le bon goût d’être assez brèves pour qu’on ne se lasse pas, tout en proposant suffisamment de résistance pour ne pas ennuyer. De la même façon, chaque partie du scénario pourrait constituer un épisode de série. C’est là ce qui fait la grande force de Tales of Arise : son équilibre. On a la sensation qu’après plusieurs années à patouiller une recette, à y rajouter un ingrédient et en retirer d’autres, les développeurs sont arrivés à une œuvre véritablement achevée, qui, malgré son classicisme, refuse les facilités pourtant nombreuses du genre. Le voyage de l’homme sans visage et de la femme aux épines fait partie de ces grandes épopées qui permettent de fuir, plusieurs dizaines d’heures. Et ça fait du bien.

Samedi 2 octobre

Samedi passé sous la fenêtre, contre laquelle rebondissent les gouttes de pluie. J’ai mal au sternum. Je me le suis cassé quand j’avais quinze ans, depuis il me fait mal à chaque fois que revient l’automne. Une douleur de vieux, rigolent mes potes. Les premières Vulcanion ont fait n’importe quoi pour leur évaluation un peu costaude, à l’exception de six ou sept d’entre eux.
Ce n’est jamais agréable de se prendre ce genre de mur en pleine face, surtout après une semaine pleine de bonnes surprises et de succès. Je crois que ça m’affaiblit beaucoup. L’incohérence. Pourquoi tout marche et pas ça ?

C’est un samedi un peu gris.

Vendredi 1er octobre

Chers élèves,

Si vous saviez comme je mens. Tout le temps, en permanence. Comme durant cette dernière activité, que vous avez tellement aimée. Bon, déjà cette activité n’est pas de moi, comme je vous l’avais annoncé, elle est l’œuvre de quelqu’un que j’admire très fort. Et qui m’impressionne tellement que j’étais limite en train de mettre en place des tentatives d’évasions de la salle B002 tandis que je vous distribuais le boulot.

L’activité, comme vous l’avez découvert, consistait à réécrire la rencontre d’Œdipe et du sphinx, mais uniquement en employant des phrases issues de six autres textes que je vous avais soumis. Vous auriez vu vos têtes, quand je vous ai donné les consignes. “On va jamais y arriver.” “C’est beaucoup trop compliqué.” “Les textes ils sont chelous monsieur.”

Et donc, comme souvent, j’ai bluffé. Expliqué que ça allait bien se passer, qu’il n’y avait aucune crainte à avoir. Après tout, oui ces textes sont chelous. Mais si on se penche un peu dessus, est-ce qu’il n’y a pas des choses à y trouver ? Ah oui, cet extrait de Mouawad ? Oui, les phrases sont dans le désordre. Mais regardez. Là, là et là. Il n’y a pas des indices, de petits cailloux blancs qui pourraient vous guider ?

J’ai affecté la certitude, la maîtrise. Alors que, de certitude, je n’en n’avais qu’une, celle que vous alliez torcher ça histoire de limiter la casse, et passer à autre chose. Et puis petit à petit, il s’est passé quelque chose. Je vous ai vu vous emparer des textes. Commencer à jouer avec, à sortir de l’histoire telle qu’elle est racontée pour commencer à raconter la votre, avec les mots des autres. Ce n’est pas que je ne vous en croyais pas capable. Je me pensais juste incapable de vous transmettre l’enthousiasme que j’ai ressenti quand j’ai découvert ce boulot, entre une bière et une partie de Wakfu.

Vous allez encore dire que je pars dans mes délires, mais c’est souvent ça, le boulot de prof : apporter le travail qu’on a préparé, sans jamais aucune certitude. Parce que c’est la première fois, parce que travailler avec un groupe d’adolescents, c’est toujours fugace. Et parfois, le miracle advient et vous nous donnez confiance en notre boulot. Bien sûr on le dira rarement. Parce qu’on est censé vous apporter un minimum de stabilité. De certitudes. Et pas déverser nos névroses dans vos cervelles qui ont déjà fort à faire.

Vous avez marché avec la sphinx durant une heure, et c’était merveilleux. Merci pour ça.

Jeudi 30 septembre

Reyn se tient devant moi depuis le début de l’interclasse. Et déroule une étrange suite de questions auxquelles je peine de plus en plus à trouver un sens : est-ce qu’il peut passer avec son groupe un peu plus tard pour sa lecture théâtrale. Et il y a un truc qui risque de choquer dans leur travail. Peut-être qu’il peut le dire, mais enfin il ne veut pas spoiler. Gâcher. Gâcher il veut dire. Bon, après je suis le prof, j’évalue, donc il peut le dire. Parce qu’il a passé du temps sur ce travail. C’est pour ça qu’il est venu hier avec ses lunettes roses. Vous avez vu les lunettes roses ?

Je bas des paupières et tente de focaliser mon regard comme mon attention. Cette scène, je l’ai déjà vécue un nombre incalculable de fois. Reyn tente de me dire quelque chose, potentiellement quelque chose d’important, et je ne parviens absolument pas à saisir quoi. Pas plus que je ne parviens à trouver la phrase qui, peut-être, débloquerait la situation. “Qu’est-ce que vous voulez me dire, exactement ?” me semble un peu sec, et je n’ai rien d’autre en stock. Du coup je n’ai plus qu’à hocher la tête et répondre à ses questions décousues, qui me parviennent laborieusement après une semaine de vingt heures de cours et deux heures avec les premières Volcanion, particulièrement en forme aujourd’hui.

Ce genre de situation n’est pas grave, en soi. Mais ça m’agace. Ça m’agace parce que j’ai la sensation que quelque chose d’important se joue, et que je ne parviens pas à le saisir. On me dira, probablement à raison, que ce n’est pas mon métier. Que je vais peut-être lire trop de signes dans la confusion d’un ado. Mais tout de même. À chaque fois que je me retrouve face à ces mômes, refusant de partir, enchaînant les propos décousus, une lueur d’attente dans le regard, je me sens perdu.

Mercredi 29 septembre

Il y a dans La machine infernale ce deuxième acte très étrange, dans lequel le sphinx discute avec un Anubis catapulté là parce qu’il faut bien un dieu de la mort. Deux figures imaginaires discutant, justement, de leur statut de figures imaginaires.

“Le deuxième acte ou, Je ne sais pas ce que Cocteau fumait, mais c’était de la bonne.”

Les secondes rigolent. Je crois que c’est l’une des différences qui m’impressionne le plus, avec le collège. La quasi-totalité des élèves accepte de ne pas comprendre tout de suite. Il n’y a pas, ou presque plus, de révolte et de bouderies. Ils accordent le bénéfice du doute à leur prof. Acceptent qu’elle ou il leur donne les clés qui leur permettra d’avancer dans leur lecture.
Bizarrement, je n’en mène pas large, face à cette confiance. Au collège, je savais faire. Les séduire avec une activité originale, et voir leur défiance s’écrouler, quand il s’apercevait que les mots avaient un sens, quand je taillais sur mesure, pour chacun d’entre eux, un travail qui leur permettrait d’entrer dans la lecture.

Au lycée, mes explications ont intérêt à tenir la route. À être solides, référencés, et cohérentes. Je ne peux pas me contenter de me balader avec eux le long du chemin, je dois avoir minutieusement balisé ce chemin, quitte à m’en écarter au gré de leurs interventions. Et cette discussion méta-théâtrale entre un dieu égyptien et une monstresse grecque se montre éminemment retorse. Parce qu’il s’agit de faire entrer les élèves dans cette idée que oui, faire péter la cohérence en petits morceaux, briser l’illusion théâtrale, abandonner pour un moment l’idée de sens, en bref montrer au spectateur les rouages de la machine, c’est passionnant.

“On enseigne une drôle de matière.” Les propos de B., une collègue expérimentée, me reviennent en mémoire. Dans quels étranges méandres de la pensée suis-je en train de les perdre ? Combien me suivront ? Je m’astreins à faire taire mes démons. Je dessine un itinéraire dans ce chaos d’images poétiques et de phrases morcelées. Souvenirs de F., une autre collègue, que j’admire immensément : “toujours montrer aux élèves que les différents éléments convergent.”

“En fait, le sphinx et Anubis, ils existent parce que les gens croient en eux.”

Laszlo me coupe dans mon explication et me regarde avec de grands yeux, avant de bafouiller des excuses.

“Désolé. Ça m’est venu comme ça.”

Je respire. Les secondes hochent la tête. Et on termine l’heure en parlant de Stanley’s parable, le jeu dans lequel, là aussi, on s’amuse à briser l’illusion.

Les faire circuler dans les méandres d’une drôle de matière. Une matière qu’ils manipulent et qu’ils sculptent. Pour y inscrire leur pensée, leur intelligence.

Ma matière.

Mardi 28 septembre

Je ne sais pas si tu as déjà joué à Magic l’Assemblée. C’est un jeu de cartes désormais vieux de plusieurs décennies, dans lequel on affronte son adversaire à l’aide de cartes représentant des sorts ou des créatures, qui appartiennent à cinq couleurs différentes. Personnellement, je joue en vert, bleu et blanc. Et je déteste le noir. Parce que le noir consiste souvent à sacrifier ses ressources ou ses propres points de vie pour l’emporter.

Peut-être que je déteste jouer en noir parce que c’est la couleur qui me fait gagner dans ma vie professionnelle.

Je suis rentré aujourd’hui au bout de ma vie, mais en ayant, objectivement, gagné à cette journée.

Les secondes Azumarill ont un peu fait la tronche quand j’ai sorti la carte du plan de classe. Et j’ai sacrifié un point de vie à aller contre ma nature et ma conscience qui me hurle que je suis un nouveau Torquemada, à chaque fois que je dis non à un élève, et qu’il est hors de question de négocier, que oui je sais qu’ils seront sages, mais que plan de classe il y aura quand même.

Trois points de vie avec les premières Volcanion dont je commence à gagner le respect, quand bien même je mesure deux têtes de moins que la moitié d’entre eux, et que je parle quarante décibels plus bas. Parce que la soirée d’hier a été consacrée à préparer une activité de présentation à l’oral de BD, fun mais hyper exigeante, un truc totalement dans leurs cordes, que je leur ai présenté avec une précision de médecin légiste.

Cinq points de vie avec les premières Tritox. Mise en scène du prologue de Juste la fin du monde. J’ai exigé de l’originalité, des costumes. Ils ont rigolé, sont arrivés avec deux pailles en plastique, je les ai engueulés. Leur ai expliqué que j’exigeais quelque chose de beau, de bien fait. Ils ont eu des idées magnifiques. Ont crée des chorales parlées, des secrets chuchotés dans une salle plongée dans l’obscurité. C’était très beau. C’était très beau ils ont dit. Avant d’enchaîner sur une lecture linéaire dont ils ont traversé le désert en vrais Fremens.

Je titube jusqu’à la maison, histoire de retrouver des points de vie, en courant le long des sentiers. En écoutant des chanteuses grotesques et des comédies musicales. Travailler en noir, se reposer en vert.

Lundi 27 septembre

Elle est arrivée, aussi inéluctable que la gastro saisonnière, aussi agréable qu’un débat sur CNEWS : la semaine du test.

Généralement, au bout de trois à quatre semaines, quand on commence à bien se connaître avec les élèves, quand ils ont exploré les nouvelles règles, que la nouveauté des enseignants est devenu un quotidien, il s’agit de pousser les limites

Ça n’est pas – forcément – un cataclysme. Quelques bavardages commencent à affleurer à la surface du travail encore bien fait. Les élèves se déplacent, les feuilles commencent à se balader hors des classeurs. Les consignes doivent être répétées, quelques regards entendus sont échangés quand les profs parlent. Et forcément, s’ensuivent – parfois – des événements désagréables. Premiers haussements de ton, premières sanctions. Ou alors, si on a tout de suite commencé de façon plus sportives, premières exclusions, premiers rendez-vous avec la famille.

C’était le cas dans tous les collèges que j’ai traversés, c’est le cas au lycée. Et comme à chaque fois, prévenu, m’y attendant, je suis pris au dépourvu. Et je ressens une sorte de colère fatiguée. Il va falloir… Falloir sortir de ce fantasme d’enseignant qui ne fait qu’enseigner sa matière. Expliquer, mettre en place des stratégies, faire des plans de classe, retenir après les cours… Combattre les arguments toujours les mêmes “Non mais on parlait du cours ! Azy, c’est toujours moi ! De toutes façons, j’aime pas le français…”

Et même si c’est le jeu, ça n’est jamais facile. Parce que si ce sera toujours la première fois pour les élèves, c’est la centième fois pour nous. Elle est forte, l’envie de sortir les paroles idiotes de vieil oiseau “Toutes les conneries que vous faites, je les ai déjà vues, je sais ce que vous allez me dire” et j’en passe. Et je sais que souvent, quand on arrive à traverser cette flaque d’eau croupie, notre relation aux classes en ressort plus forte. Mieux définie, et unique. Comme s’il fallait forcément balancer de la boue pour mieux jauger de la distance qui nous sépare.

En attendant ça rend chonchon.

Dimanche 26 septembre

Et le dimanche, on s’évade !

Avec un morceau à mi-chemin entre la comédie musicale et la chanson intimiste…