Jeudi 19 septembre

Premier verre post boulot de l’année. Avec le temps, ce rituel, que je tente de reconstruire plus ou moins adroitement, est devenu tout aussi essentiel que la composition de mes cours, les dialogues avec les élèves ou les parents.

C’est sans doute d’une naïveté confondante, mais cette joie de découvrir des personnes derrière les masques d’enseignants, une étincelle qui pourrait se muer en amitié, des passions, des principes, des conflits. Une source d’énergie et d’émotions sans fin.

Mercredi 18 septembre

Comme tous les mercredis matin en première heure, j’ai cours avec les cinquièmes Astronelle.

Et comme tous les mercredis matins depuis le début de l’année, Yan est là. Alors qu’il ne devrait pas. L’emploi du temps de Yan est allégé, du fait des disponibilités de son AESH, mais également de sa fatigabilité. Et lorsque Yan est fatigué, c’est compliqué. Il parle tout haut, part au quart de tour, pour la plus grande joie de certains de ses camarades, qui savent très bien qu’il leur suffira d’une grimace pour le voir se lever, se mettre à lancer des trucs ou à crier, et permettant donc de faire une pause dans l’exploration des histoires de Guy de Maupassant.

Et pourtant, Yan vient à chaque fois.

« Mais si, je dois être là ! » proteste-t-il très fort me mettant – littéralement – sous le nez son carnet de correspondance, dans lequel il s’est rajouté des heures de français au crayon à papier.

Il y a quelques années, je me serais bêtement rengorgé devant ce que j’aurais pris pour un signe d’élection. Aujourd’hui – et je ne pense pas que ce soit beaucoup plus fertile – je me retrouve coincé dans une aporie. Parce qu’accueillir Yan en classe, sous couvert de la direction, c’est certes lui offrir un refuge dans laquelle il se sent apparemment mieux que chez lui.

Mais pour faire quoi ?

On a beau souvent me traiter « d’assistant social » sur les réseaux (étrange insulte), je me demande ce que je lui apporte. Dans les bons jours, Yan parvient à recopier avec beaucoup d’erreurs une partie du cours. Il me donne, à l’oral, quelques réponses à des questions sur les textes, mais je n’ai guère de temps à lui consacrer, lorsque vingt-deux autres mômes demandent de l’attention. Que puis-je faire pour Yan ? Lorsque je feins de ne pas remarquer qu’il ne devrait pas être là, est-ce par altruisme ou par lâcheté, ne souhaitant pas me mettre en conflit avec lui ?

J’aimerais lui trouver une place. Et pour le moment, je n’y parviens pas.

Mardi 17 septembre

J’aime beaucoup l’expression britannique « Read the room », « Lire la pièce ». C’est un truc que les enseignants développent, au fil des années : comprendre dans quel état d’attention est la classe, et si on va pouvoir commencer d’emblée par un cours bien velu sur les formes irrégulières du passé simple, ou s’il vaut mieux commencer par une petite activité d’écriture choupi. Avec le temps, on affine ce talent.

Mais malgré ça, il y a des jours où l’on se foire dans les grandes largeurs.

C’est le cas alors que les cinquièmes Astronelle déboulent en cours, dans un flot de décibels qui ne dépareillerait pas au Hellfest. Immédiatement, mon bedeau mental monte au tocsin, hurlant sous mon crâne « ça y est ils te testent ! Ils te teeeeeestent ! »

Ah ils veulent me tester ? Eh ben on va voir. Bim, trois carnets de pris. Pas de matos ? Sanction. Et exigence qu’ils ferment leur claque-merde, ces petits jean-foutre. Ils ne se calment toujours pas ? Ils vont gratter du cours leur mère. Hors de question que je me fasse déborder.

Les mômes me considèrent avec un regard un peu abasourdi. Et je commence à me sentir mal à l’aise. J’ai déjà agi ainsi, et le résultat avait été immédiat. Silence et concentration. Là, ça continue à s’agiter malgré les mots que je griffonne. Et, pour la première fois, ça proteste.
Le cours est dégueulasse. Je m’arrête toutes les trois minutes pour compléter la liste de sanctions, ma voix est sur ce registre sec et suraigu qui me vrille moi-même les tympans et, pire, ils sortent énervés, et sans avoir rien appris. Un sourire mauvais aux lèvres.

A., l’AESH, s’approche.

« Le cours d’avant s’est super mal passé, il y a eu des vols, ils sont sortis en ébullition. »

Et merde.

Un temps calme. Un putain de temps calme. Il n’est pas du tout certain que ça aurait fonctionné, mais ça aurait été infiniment plus approprié. Mon bedeau fait trois pas en arrière, l’air un poil confus, tandis que je le foudroie du regard. Le mal est fait, et bien fait.
Le plus marrant ? J’ai une deuxième heure avec eux, après la récréation.

En salle informatique. Ils s’assoient, toujours remuant, toujours pénibles.

Pour cette heure-là, je parviens à baisser la voix. Il y aura deux trois consignes. Douces. Pas mal de bureautique – leur niveau est déplorable – et un peu d’écriture, sur un texte qu’ils ont préparé et qu’ils aiment. Le calme se fait presque instantanément. Pas parce que je suis gentil. Mais parce que c’est ce dont ils ont besoin.
Je ne reviens pas sur l’heure d’avant. Pas de débriefing, juste la laisser couler dans les profondeurs. J’en suis responsable, je n’ai pas su lire la pièce. Pas la première fois, ni la dernière. Faut juste espérer que, la prochaine fois, je prendrai un peu plus de temps pour respirer.

Lundi 16 septembre

« J’ai terminé monsieur ! »

Tandis que les camarades de Sabri en sont encore à souligner le titre de l’exercice en tirant la langue pour bien placer la règle (« On souligne toujours avec la règle », répétera Monsieur Samovar environ soixante-quinze fois cette année) je me glisse entre les tables pour me pencher sur le cahier de brouillon où, de sa grosse écriture brouillonne, Sabri a écrit les réponses aux questions demandées. Tout est impeccable.

« Super. Maintenant, on va essayer de monter d’un cran.
– C’est pas bon ce que j’ai fait ? »

Inquiétude dans la voix. Je secoue la tête :

« Si, bien sûr. Mais vous allez faire encore mieux. »

C’est très souvent une incompréhension, une crainte des sixièmes excellents scolairement : devoir améliorer un travail. Ils arrivent fréquemment avec cette capacité à terminer en un temps stakhanoviste une immense quantité de travaux. Et les premiers, jours, leur « donner à manger », pour reprendre l’expression consacrée aux élèves performants, ça consiste à casser ce mur que beaucoup se sont déjà construits : être un « bon élève », c’est finir vite et bien les exercices.
C’est aussi apprendre à les connaître. A voir vers où on peut les tirer. Se rendre compte que celle-ci aime particulièrement écrire et lui créer son mini-atelier. S’apercevoir que celui-là est vraiment une tête en grammaire.

Eux aussi ont leur chemin à parcourir, leurs embûches à franchir. Et ça commence à leur montrer que ces embûches sont normales. Qu’ils sont les héros et héroïnes capables de les terrasser.

Bref, en ce mois de septembre, faire aussi connaissance des « bons élèves ».

Dimanche 15 septembre

Cet après-midi, j’ai terminé, définitivement, je pense, Persona 3.

Persona 3, c’est un jeu qui me suit depuis la sortie de sa première version, en 2009. Un jeu auquel j’ai joué à plusieurs reprise, de remakes en nouvelles versions. Un jeu dont l’histoire, les personnages, les musiques se sont gravés dans un coin de mon cerveau. Celui que, normalement, je réserve pour les choses importantes. Problème de classement. J’y suis revenu à plusieurs reprise, parce qu’errer dans des couloirs infinis, battre des monstres nés de nos angoisses les plus profondes à l’aide d’avatars de notre courage et de notre espoir, ça m’a remué, très naïvement.

Jusqu’à cet ultime épisode, achevé il y a quelques heures. Un épisode durant lequel les héros tentent de répondre à cette question : que faire quand l’histoire est terminée ? Quand le mal a été vaincu, au prix de tellement de sacrifices ? Y a-t-il vraiment une fin ou une victoire ? Y a-t-il un avenir pour des personnages fictifs ? Ironie métafictionnelle, l’héroïne de cette partie du jeu est une androïde, une création artificielle, qui tente de donner un sens à sa vie.

Alors encore une fois, j’ai couru, à en perdre haleine, en compagnie d’Aigis le robot, Mitsuru la motarde déterminée, et Koromaru le chien. Encore une fois, j’ai décidé que leurs préoccupations de créatures imaginaires seraient ma réalité, l’espace de quelques heures.

Encore une fois, j’ai compris que la fiction vidéoludique rend mon monde intérieur plus riche.

Samedi 14 septembre

Julia ne comprend pas.

Julia ne comprend pas ce qu’il faut écrire, où il faut aller s’asseoir, de quoi parle le texte, ce que raconte l’activité. Julia ne comprend pas tout le temps et en permanence.

« Je ne comprends pas, monsieur.
– Vous avez lu la consigne ? »

Elle n’a pas lu la consigne. L’incompréhension de Julia, c’est son mode de communication. Parce qu’elle a besoin qu’on vienne la voir. Qu’on s’assoie où s’accroupisse à son niveau, qu’on lui explique. Julia a besoin qu’on s’occupe d’elle. Et en fait, il s’avère qu’elle avait déjà compris.

J’ignore à quoi ressemblait sa classe de primaire, si ça a toujours été dans son caractère, ou si son entrée en sixième a déclenché cette façon d’être. Mais c’est un long et laborieux apprentissage qui commence. Celui de l’autonomie. Accepter que l’enseignant ne soit pas toujours au plus près. Qu’il y ait toujours un peu de distance. Se faire confiance aussi.

Bien entendu, je me le dis en tant qu’enseignant. Mais c’est une limite fine à observer, entre la volonté de les émanciper et la négligence. Ne pas non plus totalement se désintéresser d’elle ou l’envoyer bouler lorsque, pour la quatrième fois en une minute, elle lève la main pour dire qu’elle ne comprend pas (il n’y avait rien à comprendre). C’est encore et toujours une question de distance. Nous passons notre temps, en tant qu’enseignants, à ajuster des curseurs. Quant à la difficulté de nos cours, notre proximité ou non avec nos élèves, notre sévérité, le temps passé à expliquer, à les mettre en activité… Et finalement, on ne parviendra jamais à avoir la bonne distance avec absolument chaque élève.

J’espère, cette année, donner à Julia ce dont elle a besoin. Tout en sachant très bien que je ne suis qu’un des multiples personnages dans le tableau de sa confusion.

Vendredi 13 septembre

Comme tous les ans lorsque j’ai des sixièmes, je fais passer le test Fluence, une évaluation de début d’année portant sur la lecture orale, pour laquelle je n’ai pas spécialement d’affection. Je profite de deux heures à suivre en demi-groupe avec les sixièmes Feunard. Ils sont adorables, et absolument ravis quand je leur explique qu’aujourd’hui, ils vont travailler en autonomie pendant que je les fais passer, un par un, devant le texte de cette année.

Tout se passe très bien, jusqu’au moment où Flavie doit passer.

Flavie aime s’opposer. Par principe. Flavie n’aime pas forcément le conflit, mais dire non. Je m’en rends peu compte parce qu’elle est suivie par un AESH à chacun de ses cours, qui parvient à créer une sorte de petite bulle avec les trois élèves qu’il encadre, petite bulle qui les protège lorsque sa devient trop difficile pour eux, mais qui, je m’en rends de plus en plus compte, me protège également.

Seulement, là, on est dans l’administratif. Pas d’aménagement ou de sentiment, il faut que Flavie lise ce foutu texte sur des éléphants qui émettent des infrasons. Et si je me mets à exiger, je sais que ce sera foutu.

Alors évidemment, je commence par présenter ça comme un jeu. Zéro risque, zéro pression, on fait juste ça pour s’amuser. Elle se déride un peu, mais à peine. Je lui propose de devenir mon assistante. Comme ça, elle verra à quoi ça ressemble. Elle tient le chronomètre, donne le top. Compte les mots lus par ses potes. Se referme quand je lui propose de passer.
En désespoir de cause, M., l’AESH, se prête lui aussi au jeu. Il se tient, très sérieux en face d’elle, et commence la lecture. Il butte sur un mot, ça fait rire Flavie. Le rire qui marque qu’elle va accepter. En effet elle lit. Plutôt correctement, d’ailleurs. Et repart en souriant un tout petit peu.

Il nous aura fallu presque vingt minutes, pour qu’elle accepte. Vingt minutes que je n’ai pu lui accorder que parce que la classe est très gentille, et en demi-groupe. Parce qu’avec M., on s’entend bien et qu’on a le même rapport aux mômes. Vingt minutes qui constituent un luxe total et absolu. Pour faire passer un bête test. Pour prendre un tout petit peu soin d’une élève.

C’est dingue, en fait.

Jeudi 12 septembre

Il y a des personnages qui ont un petit ange et un petit démon sur chaque épaule, moi, j’ai M. O’Neill et M. De Martino. Il s’agit de deux enseignants de la magistrale série Daria, qui caricaturent, encore aujourd’hui, parfaitement le corps professoral, O’Neill étant le pédagogue lunaire et naïf, De Martino l’amer et revenu de tout. Les deux ne sont pourtant, pas dénués de qualités et parfois – rarement – aident Daria, le personnage principal, à avancer sur la route caillouteuse de l’adolescence.

Et lorsqu’en traversant la cour de récréation, je repère un élève que je n’ai pas en classe en train de se servir de la tête d’un de ses camarades comme d’un tabouret, les deux se mettent à débattre :

O’Neill : « Oh non ! Il faut intervenir, mais sans s’aliéner l’agresseur, qui a probablement des raisons délicates et complexes pour agir ainsi ! »

De Martino : « Merci pour la leçon de morale cher Timothy, elle sera très utile dans quelques années, lorsque ce gamin se retrouvera devant la justice parce qu’on a été trop PUSILLANIME pour le sanctionner comme il le mérite ! »

Je grossis le trait, mais c’est peu ou prou ce qu’il se passe à chaque fois que je dois réagir rapidement. Mais cette engueulade intérieure me permet, parfois, de réussir une synthèse qui peut fonctionner. Il n’y aura pas de hurlement, donc. Mais pas non plus de gentillesse sirupeuse.

« Holà ! Cassez pas votre camarade, on en a encore besoin ! »

Le gamin se retourne, un peu interloqué de voir ce mec avec son T-shirt Sailor Moon le regarder en rigolant. Il se redresse, pas encore agressif. Ouf, cette fois-ci, c’est passé. Je me place entre sa victime et lui.

« Bon. On est d’accord que c’est de la violence, ça ?
– Ben oui mais…
– Suivez-moi pour m’expliquer, je dois aller prendre un café. »

Et pendant qu’il bafouille un truc plus ou moins crédible, je le conduis devant la vie scolaire.

« Va falloir qu’on en discute avec la CPE.
– Azy, j’ai rien fait, ça m’énerve ! »

Forcément la dénégation, la crise. Normal. Normal mais elle n’est pas arrivée au mauvais moment. Parce que cette fois-ci, les deux profs de dessin animé ont réussi à s’entendre correctement. Maintenant, on va pouvoir retourner dans le monde réel, il y aura entretien, discussion, sanction… La vie normale d’un collège.

D’O’Neill à De Martino, je ne cesse de me déplacer sur le spectre. Souvent trop d’un côté ou de l’autre. Je suis à la fois trop sévère et trop laxiste. Mais parfois, parfois, je parviens à faire collaborer ces deux-là, et leurs défauts additionnés créent des réactions correctes. Jusqu’à la prochaine fois.

Mercredi 11 septembre

« Vous êtes nouveau ici, hein ?
– Oui.
– Oh, mais, je vous l’ai déjà demandé. »

En effet. Ça fait trois fois que cette fille de cinquième que je n’ai pas en cours me pose la question, quand je la croise dans les couloirs. La question n’est pas anodine. Être nouveau, dans un établissement scolaire, ça n’est pas une position évidente, tant pour un élève que pour un membre de l’équipe enseignante. « Ils vont te tester », m’a dit J., au début de l’année. C’était évident. Tout établissement scolaire est un grand corps, et l’arrivée d’un organisme étranger déclenche toujours une inflammation. Cependant, dans mes souvenirs nébuleux de biologie, il existe des intrus capables de se faire passer pour des membres dudit organisme. C’est un peu l’impression que je me fais. Parce que des collèges comme celui de Renais, dans lequel j’enseigne cette année, j’en ai connu plusieurs. Et pour une fois, mes expériences passées sont transposables.

Ça tient à pas grand-chose.

Éviter de trop souvent hausser la voix ou de monter dans les tours face aux provocations de certains mômes. Montrer qu’on n’est pas dupe de leurs mensonges. Ne jamais menacer en vain, ne jamais omettre de faire quelque chose que l’on a promis. Ne pas avoir la punition trop facile, mais l’avoir implacable. Être capable de rire avec eux, sans jamais s’imposer dans leur univers. Une sorte de petit protocole, très précis, très délicat, que j’ai acquis notamment lors de ces six années passées à Grigny.

Je ne doute pas que le reste de l’année sera riche en difficultés. Mais lorsque je regarde ma persona de prof, le cuir déjà bien tanné, les cicatrices en montagnes, fleuves et rivières, je me dis que c’est possible. Que je pourrai traverser ce remplacement sans trop craindre pour mon psychisme et pouvoir m’occuper, m’occuper vraiment, des élèves.

C’est sans doute très prétentieux. Mais très réjouissant.

Mardi 10 septembre

Evilan a déjà trois mots dans son carnet et une retenue à venir, pour avoir séché un cours et avoir menti. Evilan fait des balayettes à ses camarades dans les couloirs, se moque des profs quand ils lui tournent le dos, Evilan hausse les épaules quand on tente de lui parler, Evilan se fout royalement de tout.
À en croire son passé scolaire, toutes les sanctions ont déjà été appliquées, dans une indifférence totale de sa part, à en croire ses parents, Evilan a déjà eu toutes les punitions possibles. Et il n’est qu’en sixième. Depuis à peine une semaine.

À ce stade, la vie d’Evilan n’est qu’une longue suite de rétorsions.

Bien entendu, ce genre de CV pousse les profs prétentieux et un peu naïfs, comme moi, à revêtir leurs plus beaux atours de chevaliers, pour tenter de le sauver. Le petit bonhomme est bloqué dans cette spirale de sanctions, il a besoin d’en être sauvé, extrait, pour faire briller la lumière intérieur qu’il renferme.

Sauf que chaque tentative se solde par un pied-de-nez métaphorique de sa part. Evilan rigole de toute tentative de lui tendre la main, de lui donner des responsabilité, de le considérer autrement que comme un môme ultra-pénible.

À peine une semaine, et Evilan pose déjà la question pénible, redoutable : que fait-on de ceux qui refusent de se repentir ? Ceux à propos on s’entend régulièrement dire : « Oui, ben s’il ne veut pas être là, il dégage. » Ceux dont on aimerait qu’ils ne soient pas là, ceux dont on veut se dé-ba-ra-sser.

La nullité de cette solution apparaît immédiatement : il n’existe pas de gouffre tout noir, d’oubli bien pratique, où l’on peut flanquer ceux et celles qui refusent de rentrer dans le rang. La solution face à un môme insupportable, on l’aimerait rapide, expéditive, exemplaire. Alors qu’elle sera, compliquée, brouillonne, complexe. Comme la réalité. L’immaturité et la méchanceté d’Evilan nous mettent, nous adultes, à notre envie d’être immatures et méchants. On aimerait qu’il en bave, aussi, il le mérite après tout.

Sauf que non.

Sauf qu’on doit espérer trouver une place pour chaque Evilan. Comme on en trouve pour tous ceux qui, oui, jouent le jeu, tentent de faire au mieux, paisiblement. Nous n’avons pas le luxe, quand nous travaillons avec des mômes, de trier. Parfois on voudrait. Ce serait paisible et épouvantable.

Comme tous les ans, on va chercher. Et tenter, de toutes nos, forces, de fabriquer une issue heureuse.