
« Nadia, j’aimerais que vous me disiez comment vous avez travaillé sur votre commentaire. »
Le reste de la classe de Première Herbizarre s’est mis au travail. Ils ont un gros boulot, personne ne nous prête attention, à Nadia et à moi. Ni à son devoir, entre nous.
Le « devoir » en question a été rédigé par ChatGPT. Impossible de trouver une autre hypothèse : la syntaxe, impeccable à vue de nez, totalement disjointe quand on s’approche. L’absence totale de citations du texte. Les épisodes du livre inventés. Face à moi, clignement d’yeux.
« J’ai fait comme vous avez dit.
– C’est étrange, parce que je vous demande toujours de partir des relevés. Et vous le fait, quand on est en classe. »
Elle me regarde, droit dans les yeux. J’essaye de me sentir en colère, je n’y arrive pas. Parce que ce que j’aimerais, ce serait qu’elle prenne la porte de sortie un peu plus haut que son champ de vision « Oui, j’ai triché, j’avais peur de me prendre une taule. » Je n’attends pas forcément d’excuses – j’avoue, ce serait un chouette bonus – être pris pour un zigoto, c’est l’une des caractéristiques du métier de prof. Elle hausse les épaules.
« Mon grand frère m’a aidé. Mais si ça vous embête, je le refais, hein. »
J’hésite. Je ne connais pas encore assez Nadia pour savoir ce qu’il faut faire. Ça me donne donc le choix. Celui de provoquer un esclandre, de montrer à toute la classe que le crime ne paye pas. Celui de punir, histoire qu’elle réfléchisse à ce qu’elle a fait.
Mais je suis un consensuel naïf mou. Un des profs qui fait l’Éducation Nationale va à vau l’eau. Je décide de me dire qu’elle n’a pas encore la force morale pour prendre la bonne décision. Je lui tends sa feuille :
« Oui. Refaites-le. Parce que là, ce papier ne sert pas à grand-chose. »
Elle marmonne un truc et retourne s’asseoir. Elle chuchote un peu trop fort à ses potes.
« C’est bon, il a rien dit. »
Non, cette fois il a décidé d’espérer.






