Jeudi 2 février

“Monsieur, je peux sortir ?”
Claire me regarde avec un grand sourire. Pas vraiment l’expression d’une urgence mais soyons prudent.
“Vous avez besoin qu’on vous accompagne ?
– Bof non, c’est juste que mon pantalon vient de craquer à la braguette. Je sais qu’à la vie scolaire, ils ont des bas de jogging.
– Oh non ! C’était ton pantalon neuf en plus ?”
Cette sixième est comme ça depuis le début de l’année. Et c’est un penchant que je tends à cultiver : il n’y a pas à avoir honte d’être faible, d’avoir un accident, de se tromper. Et pour la première fois de ma carrière, j’ai le sentiment que ça fonctionne. Je ne prétends pas y être pour quoi que ce soit. Mais la quasi-totalité des mômes de ce groupe avance sans crainte. C’est peut-être la raison pour laquelle on les qualifie souvent de “bonne classe” : il y a quelque chose de serein dans leur façon d’évoluer dans cette micro-société qu’est le collège.
Et chaque semaine ou presque, je croise les doigts pour que ça tienne. Pour que cette confiance gagne en force, pour que, tout simplement, ils n’aient pas peur et ne rient pas d’un rire blessant. Chaque semaine je mesure l’immense chance que j’ai d’être leur prof. Ces petits sixièmes ont plus de force morale que je n’en n’aurai jamais.







