Vendredi 13 janvier

Fausse alerte mais vrai chaos. Il a fallu évacuer le bahut, les élèves sont entassés, par classe, dans un grand gymnase froid. M’ont été échus les sixièmes. Qui me regardent, l’air mi-interrogateur, mi-inquiets, mi-euphoriques devant cet imprévu (ça fait trois moitiés, je ne suis heureusement pas prof de maths).
“Monsieur il se passe quoi ?
– Monsieur ça s’arrête quand ?
– Monsieur c’est grave ?”
Commencer par les rassurer. Mais refuser de leur donner des moitié de réponses. Comme je l’ai appris de Monsieur Vivi.
“Je ne peux pas vous répondre parce que pour moi non plus ça n’est pas clair. Je sais que nous sommes en sécurité, mais je ne veux pas faire naître de rumeurs.”
La rumeur, qui déjà court dans les rangs. Leur expliquer qu’elle est une bête dégueulasse, mais tout à fait banale. Qu’il n’y a pas de honte à vouloir rajouter un peu de brillant à cette histoire quand on en parle entre copains, mais que ce brillant finit par créer des mensonges.
“Essayer de rester fidèle à ses principes, même quand ça nous embête, ça s’appelle l’éthique.”
Donner du sens à ce fatras. Et le rendre un peu moins grisâtre. Certains élèves créent des tableaux vivants du Voyage de Chihiro que je prends en photo. Hector, enveloppé dans trois manteaux, fait une Yubaba plutôt convaincante. Et puis leur passer les boîtes de Playmobil mythologie que j’ai apportées pour décorer l’étagère du fond de la classe.
“Moi je joue pas avec, c’est mort, je suis pas un bébé.”
Trois minutes plus tard, Moon insiste pour accrocher sur les coraux les poissons de Poséidon.
Créer du sens, de la sérénité, de la chaleur. Lorsque nous pouvons enfin rentrer au collège, les figurines de plastique sont impeccablement rangées dans leurs boîtes, les conversations ne cherchent pas – trop – à en savoir davantage sur ce qu’il s’est passé (ils l’apprendront plus tard) et nous parvenons à apprendre.
Ils ont été géniaux. Une fois encore.








