
Lucas est bien silencieux cette année. Comme à son habitude, il arrive toujours à l’heure, avec ses cahiers, et son sourire placide. Lorsqu’il voit que je me galère à faire participer la classe, il lèvera toujours la main. Et à aucun moment, il ne souffle, ne proteste ou s’impatiente.
Mais il est seul.
L’année dernière, dans sa sixième, il avait son groupe de copains. Un peu plus matures que le reste de la classe, un peu plus négligents aussi. Ça n’embêtait pas Lucas, qui, lorsqu’il faut se concentrer, sait toujours s’abstraire, avec rigueur et diplomatie, de ses rêveries. Cette année il est tout seul, dans une classe de cinquième qui n’a pas encore entamé son voyage vers l’adolescence. Ils sont touchants, avec leur part d’enfance. Mais souvent, je croise le regard de Lucas. Qui attend.
Alors je tente de lui donner ce qu’il aime, comme tous mes collègues. Quelques instants rien que pour lui. On se fait des blagues, souvent sur le texte qu’on est en train de lire, et qu’il a déjà lu. Sur le dernier jeu vidéo en commun auquel on a joué, ou juste sur un mot rigolo aperçu dans les lignes. Il va rire chaleureusement, avec une absence absolue de moquerie.
Le vrai nom de Lucas signifie lumière. Et parfois, j’aimerais lui dire à quel point il m’en donne. « Non mais Lucas, je l’adopte tout de suite ! » C’est une blague que je sors souvent en salle des personnels. Mais c’est aussi une manifestation de l’affection que je lui porte. Il est cette enfance joyeuse, solide et bienveillante que j’espère pour l’humanité.
C’est pour ça que je suis triste. Triste de le voir, malgré sa lumière intérieur, commencer à peine, juste à peine, à jaunir des feuilles. Lui aussi a besoin de notre présence. Même s’il comprend tout, même s’il sait déjà souvent son cours avant la fin de la leçon. Il a besoin qu’on soit là pour lui, et qu’on lui fasse comprendre à quel point c’est précieux, ce qu’il luit.






