Mardi 7 mai

Le silence durant cette évaluation de 1ère Galopa est tel que l’on se croirait dans une chambre sourde. Un silence qui n’a rien d’hostile ou d’hostile, cependant. Juste celui de la concentration la plus juste.

Douceur.

Je n’aurai jamais ressenti de façon aussi forte autant de sérénité avec une classe. Les 1ères Galopa sont profondément gentils. Et aiment quand les cours se passent bien. L’harmonie, c’est leur cam’. Je n’ai pas besoin d’outil tranchants avec eux. Ni sanctions, ni sarcasme. Même si j’apprécie parfois sortir la bonne vanne, il y a toujours ce petit moment de stress : va-t-elle faire mouche ? Avec eux, ce n’est pas nécessaire. Ils se marrent tout autant à un gentil trait d’humour absurde. Zéro tentative de domination ou de prise de pouvoir.

Peut-être suis-je chiant, mais je me suis rarement senti aussi bien qu’avec eux. Mes défenses sont à leur niveau le plus bas. Et j’ai la faiblesse de croire que les leurs aussi. Je ressors souvent des heures passées en leur compagnie plus en forme que j’y suis arrivé. Classe à énergie positive. Quels adultes deviendront-ils ? Et même, qui sont-ils, à l’extérieur du cours de français ?

Ce n’est sans doute pas important. L’important, c’est de continuer à les aider, à les voir progresser de façon impressionnante, dans leur quasi-totalité.

Et éprouver de la gratitude. Beaucoup de gratitude.

Lundi 6 novembre

Il se passe quelque chose d’assez doux, lorsque je retrouve les 1ère, au lycée Kévès : je suis content de les retrouver pour travailler avec eux. Et j’ai la faiblesse de penser que, dans l’ensemble, c’est réciproque. Il n’y a rien d’excessif dans cette satisfaction : pas une envie dévorante de chevaucher les dragons de la littérature, ou l’impérieuse nécessité de trouver du sens aux textes que nous étudions.

Pour une fois, je n’ai pas besoin de faire des efforts pour me convaincre qu’ils sont bien à leur place. Ils s’installent, sereins, rassurants. Pas forcément enthousiasme à l’idée de commencer l’année par un commentaire, mais ils ont compris les règles et les acceptent.

J’ai un besoin dévorant d’idéal : que mon métier fasse sens. Et souvent, face aux difficultés, que ce soient les miennes ou celles des élèves, j’ai besoin de regarder au plus près. De triturer mes neurones et mes globes oculaires pour distinguer du sens.

Souvent. Mais pas aujourd’hui.