Mercredi 25 octobre

Dans ma vie, j’ai détesté – vraiment détesté – une seule personne. Une collègue. C’était bête de ma part. La détestation est une perte de temps. D’autant plus qu’elle aussi m’a apporté quelque chose de primordiale. Elle a ouvert une porte de réflexion. Elle voulait « donner une place à chacun » parmi les élèves de sa classe. Et même si je n’approuvais pas ses méthodes, je pense qu’elle tenait une idée primordiale. Que je tente d’appliquer depuis plusieurs années.

Il y a deux ans, j’ai eu une expérience compliquée avec des collégiens que j’ai voulu faire avancer sur la même route, ensemble. J’étais arrivé en cours d’année, ils étaient nombreux et j’avais en tête tout autre chose que mon boulot. La seule classe avec laquelle ça s’est vraiment bien passé est celle avec qui j’ai réussi à créer tout un tas de voies différentes pour permettre d’arriver au même résultat. Varier les approches, ne pas demander à chacun le même investissement suivant les heures ou les notions. Parvenir à reconnaître le moment où il ne fallait pas lâcher avec un élève, détourner les yeux au moment ou une autre dérogeait à la règle. Et le lendemain inverser les position.

La haine brûle, et subsiste encore dans mes pensées un grand cercle dans lequel rien ne repousse. Mais il forme aussi ce point de repère, ce pivot qui me rappelle, lorsque je me sens en difficulté, que j’ai trouvé, grâce à ces cendres, l’un de mes atouts les plus précieux : être capable de créer des portes, des arches et des passages secrets, par lesquels j’espère que les mômes parviendront à se faufiler.

Ça n’est pas une histoire de rédemption, il n’y aurait aucun sens à essayer de reprendre contact avec cette personne, de lui parler. C’est juste un constat : on construit, pas après pas, avec tout ce qui nous arrive. Et même sur des décombres.

Oh. Et cette existence est trop belle, trop forte, trop précieuse pour détester.