Lundi 2 septembre

La rentrée des sixièmes, c’est un truc barbare.

Du jour au lendemain, des mominous sortent de deux mois de vacances et de liberté de mouvements relative pour se retrouver, une journée durant, vissés sur une chaise, tandis qu’on leur assène tout un tas de renseignements administratifs et organisationnels, qui feraient pour certains bailler d’ennui des conseils d’administration d’entreprises cotés en Bourse.

Mais la rentrée des sixièmes, c’est un truc qui m’a à tous les coups.

Je les ai observés dans la cour. Celles qui arrivent avec de grandes exclamations en se reconnaissant de leurs écoles primaires. Ceux qui ont le visage fermé et regardent leurs chaussures. Ceux qui ne quittent pas la zone de protection que semblent constituer leurs parents. Celles qui nous observent avec bien peu de discrétion.
Et lorsque nous montons dans nos salles, après l’interminable appel par les chefs d’établissement, les choses se mettent en place. Ce groupe de vingt-deux, puis vingt-trois, du fait d’une arrivée surprise, est déjà en train de devenir une classe : la sixième Evoli. Déjà, des jeux de regards, de places réservées ou soigneusement évitées. Déjà des sourires entendus ou des exclamations sincères. Avec mon binôme prof principal (privilège de la REP), nous tentons de dérouler sans trop les assommer, le grand parchemin des étapes de l’année.

Et je ne l’avouerai jamais mais je fonds, m’inquiète et m’exalte : en les voyant faire des « ooooh » quand on leur parle du voyage d’intégration en bord de mer, quand ils tirent la langue pour colorier leur blason de début d’année, ou quand ils demandent, d’une voix un peu tremblante, ce qui se passera si on arrive en retard « sans faire exprès parce qu’on s’est perdu parce qu’il est très grand le collège. »
Bien entendu, ils ne sont pas tous comme ça, ils ne sont pas tous ça. Il y a les élèves que l’on sent déjà perdus, ou blasés. Ceux qui portent dans la main qui fait virevolter un stylo une sacrée rancœur par rapport à l’école. Déjà.
Mais si, pour paraphraser la princesse Irulan, un début est un moment infiniment délicat, il est également celui où il est permit de rêver intensément, et de se dire que ces gamins vont briller intensément, qu’ils vont être beaux et admirables. Regarder cet éclat en face, longuement. Afin que l’image rémanente qui nous squattera ensuite la rétine permette de tenir, lors des moments où ce sera plus difficile.

Vivement que je les découvre.