
Entre deux tremblements spasmodiques à l’idée de donner mon premier cours de latin, je me dis que ce serait quand même bien d’avoir la liste des élèves qui vont y participer, étant donné que le logiciel de Vie Scolaire est incapable de me donner l’information.
La cheffe, à qui je m’adresse, tend la main vers mon téléphone portable et prend en photo les fiches manuscrites qui trônent au-dessus de son bureau. “C’est tout ce que je peux faire pour le moment. Vous n’avez qu’à regarder où sont les gommettes roses, ce sont eux les latinistes.”
8h50, j’ai encore 4 heures libres après mes retranscriptions. J’ai fini par adorer bosser au collège. Surtout pour voir défiler les collègues au fil des heures. A., E., T. ont déjà changé d’attitude : on les laisse enfin enseigner, ils ont finit d’être de petits nouveaux et se sont glissés dans leurs habits de profs.
Les élèves, eux, semblent n’avoir jamais quitté leur rôle. N. qui, l’année dernière, faisait grimper ma tension artérielle à des sommets rarement atteints, joue à l’élève modèle depuis qu’on l’a mise dans la même classe que sa jumelle. Elles bossent ensemble avec un bel unisson, je les appelle les Demoiselles de Rochefort “Ah monsieur, vous aimez bien attendre de nous donner la solution hein !”
Bon, va falloir que je trouve un moyen d’intégrer Jacques Demy dans mes cours.
Cours de latin, enfin. Les mômes, hypnotisés devant l’évolution accélérée des frontières de l’Empire Romain. “On dirait qu’il respire, monsieur.”
Il faut que tu respires…