Lundi 7 septembre

7 heures de cours, deux fois deux heures de 3èmes journée marathon. Surprise : pour la première fois, corps et voix tiennent le coup. Pas un poil d’enrouement, pas la moindre douleur dans les chevilles, je dois atteindre le rang de vétéran (ou alors, les trois heures de sports hebdomadaires se décident enfin à porter leurs fruits).

Rédaction. Comme tous les ans, je lutte contre la vision totalement viscérale qu’ont les élèves de l’écriture. “La rédaction c’est une machine. Il faut faire des plans, choisir les bons outils, faire des essais, se tromper. Recommencer.” Rien à faire. “M’sieur, on peut faire le plan après avoir écrit ?”
B. s’active tout seul dans son coin. J’ai eu le coup de foudre pour B. et je me demande si ça n’est pas réciproque. Ou alors il cherche à expier pour sa copine avec qui je me suis pas mal empaillé l’année précédente. Il me tend son brouillon. Il devait raconter la suite de la nouvelle de Lovecraft lue en cours : la fille d’un cambrioleur tué par sa victime, un atroce vieil homme doté de pouvoirs surnaturels. Dans son histoire, la fille repart de la maison, laissant le meurtrier de son père indemne. Dernière phrase sur le papier, en gros caractères maladroits : “Même les vieux monstres on le droit qu’on les laisse tranquille.”

Ça sonne. Le sourire aux lèvres, je finis de noter les devoirs, “pour le vendredi 11 septembre.” Par-dessus mon épaule gauche, un “Allah akbar” en tomahawk se plante dans le tableau blanc. 

… Alors il y a beaucoup de choses. Un entretien. La prof principale, qui raisonne, avec les mots justes. Le gamin, qui récite à toute vitesse son laïus d’excuses. La lettre d’excuses pour mercredi. Et ce que je ne peux pas lui dire : “C’est con. C’est con. C’est tellement con.”

17 heures. Je termine la journée avec les 4ème-latinistes-choupinets-de love-d’amour qui bûchent sur leur exposé avec une concentration digne de Gary Kasparov. J’évoque la légende d’Hercule. I. tourne la tête. Les sens affûtés par 8 ans de pratique, je lis dans son regard que ce qu’elle va sortir va rester dans les mémoires. Je ne me trompe pas : 

“Hein ? Les douze travelos d’Hercule ?”

Métro : un type chante a capella Le Fantôme de l’Opéra. Il fait vachement bien la voix de Christine.

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