
Ma première heure de cours est à 15h. Pas de quoi troubler mon horloge biologique qui, avec une admirable ponctualité, me réveille à 6 heures du matin. Je suis les péripéties du collèges à l’aide des mails et des textos des collègues. Impression de trépigner dans les coulisses que mon tour vienne de me joindre au ballet.
Je distribue le sujet du brevet de l’année dernière aux tout nouveaux troisièmes.
“Vous vous mettez en groupe et vous essayez de répondre. Quand vous n’y arrivez pas, vous écrivez pourquoi.
– Monsieur, c’est la honte de dire qu’on sait pas !”
L. se fait toute petite. L. vient d’arriver au collège, elle redouble sa troisième. Je lui adresse ce que j’espère mon sourire le plus rassurant. Je lui demande de partager son expérience du brevet. Qu’est-ce qu’elle en pensé, comment s’y est-elle prise.
“Mais je l’ai raté.
– Oui. Mais tu en sais plus que tous les autres dans cette pièce. Tu en sais plus que moi, avec mon regard d’enseignant.”
L. déglutit et commence, la voix mal assurée. Les autres la regardent comme un vétéran de retour du combat. Elle partage son incompréhension, sa frustration face aux questions “qui veulent rien dire”. Elle s’échauffe, les autres approuvent. “On va le défoncer, le brevet, cette fois !”
Dernière heure. J’explique aux Cinquièmes latinistes la conception du monde des grecs et des romains. Alors que je mime Atlas (le monde, c’est mon cartable), j’entends un soupir extasié “J’aimerais tant que ce soit encore comme ça aujourd’hui !”
17 heures, réunion. La cheffe adjointe a demandé que ce soit une collègue prof qui l’annonce. Parce qu’on nous avait promis la fin des réunions après les cours “et qu’ils vont me tuer, si c’est moi qui leur annonce.”
Depuis l’année dernière, je tente de l’ouvrir lors de ces assemblées. Et à chaque fois, j’ai l’impression que si je m’avais en face, je m’auto-bafferai bien, avec mon attitude de petit con condescendant. On décide des oeuvres à étudier en Histoire des Arts. C’est chouette, cette année il y aura peut-être Captain America et Persépolis.
Devant le collège, on traverse au rouge. “On s’en fout, les élèves ne regardent plus.”