
“Monsieeeeeeur vous avez corrigé nos copies ?
– J’ai eu sept heures de cours, une réunion, mon RER était en retard et mon métro aussi. À votre avis ?”
L. me regarde comme le Petit Chaperon Rouge découvrant que sa Mère-Grand n’est pas tout à fait la sympathique vieille dame attendue. T. vole à son secours.
“Laisse tomber. Quand il parle vite, longtemps et sans respirer, ça veut dire qu’il se moque de nous.”
Je suis ravi de voir qu’après un an, certains mômes saisissent mon môme de fonctionnement.
Ce n’est pas encore le cas de M. que je découvre cette année. Depuis le début de l’année, nous nous tournons autour comme Robinson et Vendredi à leurs débuts. Elle a tenté deux trois provocations qui se sont heurtées à l’iceberg de mon indifférence (je me la joue Elsa de Frozen en ce début d’année, Libérééééééée Délivrééééééée en moins). J’ai la certitude qu’on va s’empailler avant la fin du trimestre, mais j’ignore à quel moment et pourquoi. V. me confirme qu’il y a en effet des chances. En attendant, je marche sur la corde, et c’est assez jouissif.
Pause de midi. Alors que j’ai été infoutu d’organiser une réunion digne de ce nom entre profs de français, presque toute l’équipe se réunit spontanément, pour se lancer trois tonnes de débilités à la figure, entre deux hoquets de rire. OK. Donc cette année, l’équipe de lettre, c’est le Chaos Rampant. (et stylé).
Vie de classe. Premier travail sur la recherche de stage, CV et lettre de motivation. J’ai sorti mon propre CV histoire de rendre le truc ludique. S. reluque le document avec un regard incrédule.
“Monsieur vous abusez ! Vous avez mis n’importe quoi !
– C’est mon VRAI CV, S.
– Sérieux ? Vous avez été comédien et secrétaire ? Mais c’est n’importe quoi !”
Cours de latin. Les cinquièmes découvrent les déclinaisons…
“C’est super dur monsieur ! Ça va nous servir à quoi ?”
La question que j’attends depuis le début de l’année. Je nous les manches de mon pull en cape.
“À découvrir l’histoire d’un garçon qui s’appelait Énée. Ça a commencé pendant la guerre de Troie… On y va ?”