Vendredi 25 septembre

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Sortie de cours. Sans qu’on s’en rende compte, nous sommes arrivés en semaine hostile : les mômes sont en train de se métamorphoser en machins déchaînés, et leurs capacités de réflexion deviennent inversement proportionnelles à leur nombre. Témoin O. élève de l’année dernière, qui, dans la cohue de l’interclasse, décide de frapper un de ces camarades. Et tant pis pour le prof qui passait entre eux à ce moment là. Le poing m’arrive en plein dans le bras. O. est déjà en train de m’engueuler.

“Wesh fallait pas se mettre devant auss…”

Il s’interrompt. Je ne suis pas souvent intimidant, mais là, une partie de moi meurt d’envie de voir la tête que je fais. O. Recule d’un pas et baisse la tête. Je m’autorise à le faire fondre sous mon regard un peu plus longtemps et de lui signaler que tout ça sera consigné dans un rapport circonstancié et je file. Pas le temps de s’indigner, de traiter ça correctement. Faut enchaîner, enquiller sur la suite des cours. 

Deux heures avec les 3èmes Tortipouss. Après leur avoir rappelé que la salle informatique n’est pas la cafèt. d’Hélène et les Garçons 2.0 (en des termes un peu différents), je constate avec une incrédulité toujours renouvelée que la “cyber-génération-ultra-connectée” est toujours aussi infoutue de centrer un titre ou de justifier un texte, à deux ou trois exceptions prêt. Le pompom revenant quand même à A. qui me demande “monsieur, comment on fait une nouvelle page, quand on a fini ?” Le jour où Skynet se réveillera, on risque d’avoir quelques soucis… 

Pause de midi d’1h30. Durant laquelle je réussis à :
– Absorber de justesse les nutriments nécessaires à mon métabolisme.
– Rencontrer avec mes collègues profs principaux de 3ème la nouvelle conseillère d’orientation et décider de dates de réunions avec elle.
– Discuter avec une autre collègue du nouveau jeu à la mode (garder les doigts croisés le plus longtemps possible, ce qui donne aux mômes l’air de homards boutonneux) et comment y mettre fin.
– Recevoir des parents et leur expliquer que leur progéniture a réussi à entrer en conflit avec trois adultes en moins de 8 heures et qu’elle va donc avoir le droit à une commission éducative (sorte d’antichambre du conseil de discipline).
– Sacrifier aux obscures divinités pour que la poussive imprimante de la salle des profs accepte de remplir sa fonction.
– Re-sacrifier à Nyarlathotep pour parvenir à faire des photocopies.

Je ressors vanné de mon après-midi. Il est 17h. Comme chaque vendredi soir, les mômes qui finissaient avant attendent, parfois depuis deux heures, leurs potes devant les murs gris du bahut. Ça rigole, s’insulte, se frappe, se pousse presque sous les roues du bus. Et me souhaite un bon week-end, la bouille pleine de sourire. 

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