Samedi 3 octobre

Reste d’angine + rires + bière + confidences avec les collègues fumeurs = voix en berne. 

Ma voix n’est pas pratique.

C’est peut-être pour ça que j’adore à ce point celle des autres. Et Ylisse est un sacré parc d’attraction pour les amateurs de cordes vocales. Il y a le timbre de B., capable de traverser les murs comme la définition de l’hyperbole traverse la cervelle des 3ème Tortipouss. B. doit être la seule personne que je connaisse capable de faire cours en multisalles. 
Il y a la voix so britsh de L., qui se mue, dès le passage en français, en un accent du sud à couper au couteau. Les mots de V., en vagues calmes, ou ceux de C., capables de passer du registre je-vous-aime-mes-choupinous à celui de mais-si-vous-oubliez-encore-une-fois-vos-devoirs-je-vous-éventre.

Il m’a toujours paru délirant que la formation de prof ne propose pas des cours approfondis en gestion du souffle et maîtrise du son. N’en déplaise à ceux qui estiment que plus un enseignant parle, moins les élèves sont en activité, nos cordes vocales sont notre arme numéro 1, plus encore que le véléda ou la fonction diaporama de Libre Office. (un jour je ferai du placement de produit pour des logiciels payants). 

Nous passons nos journées à monter et descendre dans les gammes, du petit mot discret à L., qu’on ne peut pas laisser écrire réponse “rayponsse”, même si c’est une dictée notée, à la grande tirade expliquant à quel point on est déçu déçu que presque personne n’ait été foutu de pondre un exposé qui ne soit pas un copier / coller de Wikipedia (que son nom soit maudit sur sept générations et que des grenouilles anthropophages dévorent ses contributeurs). 

Maîtriser sa voix, pour un prof, c’est comme tout le reste : apprendre à la connaître, en évaluer les forces, les faiblesses, et surtout ne pas chercher à appliquer les recettes lyophilisées que l’on peut vous donner. Ainsi il m’est totalement impossible d’user des infrasons dont se sert T. pour exprimer son mécontentement, pas plus que de l’amplitude sonore de C., ma voix se situant plutôt du côté du moineau tuberculeux. Du coup j’ai appris à composer. À parler sur le ton de la confidence, à créer, à travers des gazouillis peu virils pour un type de 32 ans, un petit nid douillet, où les mômes se détendent. Où à rapiécer la tapisserie sur laquelle Persée affronte Méduse dans le duel le plus silencieux du monde. 

Et puis parfois, lors d’une heure de trou, traverser lentement le couloir vers une tâche administrative quelconque, en écoutant les collègues déployer leur solfège.

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