
Aujourd’hui, la chaîne de mails qui domine dans ma boîte professionnelle est “Qui amène quel gâteau pour les réunions de demain ?” Entre ça et le compte-rendu du conseil de discipline de M., le bahut a des allures de douche écossaise.
Coup d’oeil sur le logiciel de vie scolaire. Les mômes continuent à tester la fonction “Discussion avec les enseignants”. À tous points de vue. Certains la prennent comme une hotline pour leurs devoirs, d’autres tentent une blagounette, les derniers balancent deux trois confessions, l’air de ne pas y toucher.
L’air de ne pas y toucher. Toujours délicat, d’accueillir le secret d’un élève, quel qu’il soit. De démêler l’exagération du tragique, l’urgence de l’anodin. Les mômes manipulent le langage comme Doctor Who la logique : sans trop savoir qu’en faire.
Du coup, souvent, je me défausse : infirmière, assistante sociale, prof principal, CPE. Triage aux Urgences de l’émotion. Sauf quand arrivent les Confidences majuscules. Les vraies. Rares, celles que l’on doit garder pour soi, durant un moment, au moins. Le temps d’avoir vu les parents, d’avoir apaisé les craintes de l’élève, d’avoir plongé au fond de l’histoire.
Je déteste ce rôle, je me sens toujours un peu poisseux quand je sors d’un entretien de ce genre. Parce qu’il me met face aux limites des pouvoirs du profs. Non, ce petit sanctuaire que je tente de construire, cours après cours, n’apportera pas tout aux mômes. Oui, je dois traiter ces problèmes davantage en individu qu’en enseignant. Le brouillard me fait peur.
Raison de plus pour en tirer les chiards.