Samedi 10 octobre

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Mariage d’E. et T. Suis planté sous une arche de fleurs et de plantes grimpantes. Les jointures pâles, verrouillées sur une poignée de feuilles, je parle d’eux. J’ai dans la gorge une boule de billard, dans le ventre une balle de bowling. Le texte se déroule, et puis je babafouille.

La babafouille, je l’ai attrapée depuis mon premier jour d’enseignement. Un micro-bégayement, une ornière dans les mots. Personne ne la perçoit que moi, et je dispose de quatre nano-secondes pour y remédier, avant qu’elle ne s’amplifie, ne devienne audible. En classe c’est jouable. Mais maîtriser le filet de voix étranglé qui me sort des lèvres ? Je pourrais aussi tenter un salto arrière avec des haltères.

Je vais tout planter, la prochaine syllabe va être une catastrophe.

Sauf que. Sauf que huit années à parler devant des classes, huit années à me convaincre que ce que je dis vaut, doit être écouté, huit années à me battre contre cette gorge, cette langue, ce larynx me portent secours. Non je ne vais rien planter, parce que c’est mon travail. Aujourd’hui plus que jamais. 

Ce n’est rien, c’est fugitif. C’est énorme. Le masque du prof me plane un instant au-dessus du visage, je me reprends. Et je termine mon discours,

Dîner. Quelqu’un vient me parler de ce que j’ai lu sous l’arche. “Le métier, c’est le métier !” Ce soir, ce n’est pas une blague.

Texto. Par un hasard débile, D. et T. viennent de se rencontrer à une soirée. D. est un ami que je n’ai jamais vu au-delà du périphérique parisien, T. est un collègue. Je reste un instant incrédule. Je n’arrive pas à faire la jonction. Ces deux univers n’ont rien à faire ensemble.
E. et T. dansent. Ils sont très beaux, ils sont heureux. Et tout à l’heure sous l’arche, à 6 heures de route d’Ylisse j’ai pu le leur dire sans trop trembler parce que je suis prof. 

Je réponds au texto. 

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