
Mail au reste des profs de la 3ème Orphée : avis de roulis sur la classe.
“C’est pas notre faute monsieur !”
Non, ça n’est pas leur faute. Mais la petite troupe se délite. S. s’apprête à partir. Il supplie ses parents de finir son premier trimestre à Ylisse, mais ça n’est même pas sûr. S. et sa bouille de Pierrot. S. qui, quelques jours plus tôt, était parti pour son stage en entreprise plusieurs semaines à l’avance. Comme d’habitude, les comportements délirants des élèves prennent un sens. Trop tard.
Les Demoiselles de Rochefort également plieront bientôt leurs parapluies. Elles sont venues me le dire comme toujours : le regard un peu par en-dessous, un large sourire sur les lèvres : “On va encore rien comprendre quand on arrivera ! Ça craint ! Je veux pas qu’on se sente bêtes !”
Et lundi, le conseil de discipline de W. Un très probable ticket vers la vie professionnelle : Cheffe s’est rendue compte qu’il triplait sa Troisième, à la faveur d’un dossier mal rempli. W. et son corps d’homme, sa cervelle de môme quitteront le système scolaire.
L. vient me trouver. L. me haïssait l’année dernière. Cette année “je vous connais, et en fait ça va, vous passez.” L. me fixe de ses billes bleues :
“C’est pas notre faute monsieur !”
L. s’accroche à ce qu’elle peut. Elle ne comprend pas. Pourquoi. Pourquoi la 3ème Orphée dont on se plaint peu, dont les problèmes de discipline quasi-inexistant, où est le sens ? C’est ça, surtout. Où est le sens ? Toi le prof de français qui trace des sentiers dans les mots, qui nous montre qu’on peut débusquer une signification un peu partout, où est le sens de ce groupe disparate dont les membres disparaissent aléatoirement ?
Je n’ai qu’une réponse d’adulte à lui faire.
“Plus ça ira, plus les choses se passeront comme ça, L.”
J’espère que je passe encore.