Lundi 16 novembre

Ce soir je ferme ma grande bouche. Et je laisse la parole à ceux qui ont vécu leur journée du lundi 16 novembre après ce week-end là. (Si vous voulez y participer, j’éditerai au fur et à mesure)

Marie Prunet : moi, de noir vêtue, en route pour le lycée… lui, en djellaba, barbe et babouches, arrive en face au loin, il n’y a que nous, on s’observe en s’approchant. Au moment où on se croise, il me dit salamalikoum, je dis bonjour monsieur, on se sourit. La journée commence bien.

Juce Contrevent : Une gentille collègue qui apporte une immense fournée de cookies maison en salle des profs parce que “ le chocolat c’est la vie”.
Réconfortant de tendresse.

Anne So : Mes élèves ont décidé de chanter hakuna matata en fin de cours pour se remonter le moral

Lorraine Alias Petite Marmotte : ça peut paraître futile mais mon acte de résistance du jour a été d’enfiler une robe sexy, des talons et de lâcher mes cheveux pour dire merde à ces cons.(et puis j’ai commencé une énième relecture de Tolkien parce que les gentils gagnent à la fin).

Sylvie Gounet Gabriel : La réaction d’un jeune adulte devant le texte de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (dans l’expo montée à la hâte au CDI -parce qu’il faut bien un support pour aider la parole -) “C’est beau ce texte m’dame, on devrait le lire plus souvent.”

Yasmine Renault : 400 élèves rassemblés dans la cour du collège pour écrire LIBERTÉ + un cœur formé en se serrant les uns contre les autres. On avait tous besoin de construire ensemble ce matin.

Léa Berry : Le silence des gamins. Puis leurs yeux rougis qui s’illuminent quand tu sors le bâton de parole Tortues Ninja (il fallait au moins ça). Leurs mots qui fusent, simples et crus, avec leur besoin de rabibocher le monde. “On va écrire un code d’honneur du chevalier moderne !” : les crayons s’agitent, griffonnent, et sans s’en apercevoir, rafistolent le sourire de la prof.

Anja Döring : Ce matin, tôt, alors que je sortais le chien, j’ai levé les yeux vers la nuit. Le ciel était constellé d’étoiles. Tout était silencieux. Je me suis sentie à nouveau pleine de force, pleine d’espoir. Et je viens de lire cet article de Libération qui se termine ainsi : “Demain, on tombera le voile et on ôtera la capuche pour regarder la nuit étoilée. Et on se dira que c’est tant mieux si le ciel est vide, car c’est comme ça qu’il est le plus beau. Et que peut y briller le souvenir de ceux que vous avez tués.” …

Aline Bourrienne : cet élève (pourtant un peu borderline en janvier) qui ouvre le débat en expliquant que ceux qui ont fait çà sont des fous et pas des musulmans “parce que pour nous , la vie est sacrée, on ne peut faire ce qu’ils ont fait”, cette heure riche, vraiment riche . Ce dessin fait par une élève au fil de la journée qui autour de liberté, égalité, fraternité exprime de vraies valeurs et réflexions bien vues (pleines de “fôtes” d’orthographe attendrissantes …. ah , le restect ! )

Eloïse Mourot : Je ne faisais pas cours ce matin mais j’ y suis allée quand même. Il se trouve qu’ il n’ y avait pas l’ infirmière/psy car son fils a été touché par l’ attentat. 4 élèves se sentaient mal, un a vomi, l’ autre mal partout, l’ autre épuisé de ne pas dormir, l’ autre traumatisé des images passées en boucle dans son foyer … On a parlé, enfin j’ ai essayé de les écouter, je ne me sentais pas beaucoup mieux qu’ eux au fond de moi. On a fini par faire un Time’ s up improvisé dans le bureau de la Principale en attendant que leurs parents viennent les chercher. On mimait des animaux, une sirène, un dragon, Michel Jackson, un crocodile, un jardin, une danseuse étoile autour de la table. A la fin ils riaient, moi aussi, et même la Principale qui travaillait en même temps. Ca nous a fait du bien à tous. L’ un d’ entre eux (que je n’ ai pas en cours) m’ a donné son dessin avant de partir. Une licorne, fière et forte, sur le haut d’ une colline. Je le garde précieusement.

Cécile Cfd : La distribution des rôles pour la comédie musicale du collège ! On a parlé d’amour, de joie, de musique, de chants, de danse et c’était beau !

Magali Gerard : Cette petite lumière, ténue, mais solide, extrêmement scintillante, allumée par les élèves de mon lycée, qui ont travaillé dur toute la journée de samedi pour écrire à plusieurs mains ce qu’ils ressentaient face à ces événements, dans un article du blo…Voir plus

Sylvie AS : 1200 élèves dignes et émus au son des sirènes… dans un silence poignant…..avec juste un petit rayon de soleil…. comme un espoir……

Lu Noyabuog : Cette année c’est la première année où j’enseigne, en tant que vacataire (je ne suis encore qu’en M1). J’ai pensé tout le week-end à ce que j’allais dire à mon demi-groupe que j’avais de 8 à 9 ce matin (seule heure de la journée)….finalement on a parlé toute l’heure. Ils m’ont quasiment tous remercié spontanément en sortant, ça m’a mis un peu de baume au coeur.
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Amandine Ferry-Schilt : Mes dadets de 3e ont été plusieurs à mettre à la main sur le coeur pendant la minute de silence, spontanément et respectueusement. En Janvier, nous avons dû affronter la polémique. Aujourd’hui, nous étions unis, et malgré l’horreur, ça fait du bien.

Silva No : Un élève qui s’exclame: “ mais en fait ils sont cons ces terroristes!”

Angele Malak
: Mes élèves, égyptiens, qui observent une minute de silence avec moi, dans le recueillement.

MaRie Da Prato :  Une élève de confession musulmane m’a remerciée ce matin d’avoir trouvé les mots… elle avait eu peur de venir au lycée ce matin, elle avait eu peur des remarques.

Florence Mazoyer : Mes mômes multicolores, géniaux, calmes, généreux, apeurés mais solidaires. Pas une seule insulte n’a fusé dans les couloirs quand mes oreilles y étaient. On a chanté, on travaillé, on a fait silence, on a été émus et on a ri aussi. Si l’avenir c’est eux, aujourd’hui, il était radieux.

Christyna Pomme D’api : Faire un brownie avec les enfants et voir leur sourire en léchant la cuillère à la fin

Marjorie Leydier : Ma professeure de civilisation américaine, qui a fait le tour de la classe pour nous montrer une photo de son bébé souriant afin de tenter de nous remonter le moral. “Cute, right ? Anyone still sad now?”. Un geste rigolo qui fait du bien.

Nathalie Colas : Les yeux brillants de mes 3ème en regardant le discours final du Dictateur… Vibrations d’espoir…

Hélène Tarja : Le silence respectueux de nos 430 collégiens, accompagné par le son des cloches de la cathédrale.

Manue Antich : Les élèves du collège de mon fils qui se font passer le mot pendant le weekend pour être tous habillés en noir ce lundi.

Pauline Furtive : Les élèves, qui, malgré tout, continuent à courir dans les couloirs, s’échanger des stylos en classe, réclamer “combien [ils] ont de moyenne en grec, Madame, s’il vous plaît ?”. Comme tous les autres jours.

Jade Debeugny : A l’école, on recrée en studio une scène d’un film d’Hitchcock et c’est trop cool

Val Ou : Mes élèves de 8 ans qui crient “ensemble” d’une seule voix après ma tentative de speech pour faire disparaitre l’inquiétude lisible dans leurs yeux.

Aline Zunino-Galéa : les photos du chaton qu’une amie a adopté aujourd’hui, petite frimousse craquante, grands yeux confiants

Stéphanie Erre : Mes 4eme, faisant les pitres pendant une heure pour me rendre le sourire.

Petite Licorne : à la fac il n’y a plus qu’une entrée, on est fouillé systématiquement. Au Ru y’a toujours autant la queue !

Damoiselle Da (qwerty keyboard…) : my neighbours Brian and Greg unexpectedly showed up yesterday night at my place, presenting me with homemade rum balls and flowers, to tell me they were with me, during these hard times.

Mari On :

image

François : 

Vendredi soir, des malades ont assassiné de pauvres gens.

Mais ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI.

Mathilde lit une BD dans son coin.

Chloé n’arrive pas à
allumer son ordi. 

Gaëtan fait du bruit. 

Rayane joue avec son Rubik’s cube.

Saadyia et Emma se disputent
: elles n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ce qu’est un
terroriste. 

 Gaëtan fait toujours du bruit.

Ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI.

 

Galila et Jeanne se sont assises au coin lecture. Galila essaye
d’expliquer à Jeanne qu’elles prient le même Dieu.

Emma dessine
un poney. 

“ Gaëtan ! Cchhhhhhuuuuttt ! " 

 Rayane joue à Minecraft.

Louise et Lilianne écrivent une
histoire. Ca s’appelle ” Louise et Lilianne “. J’encourage
l’initiative : elles auront le droit de l’imprimer. 

Je n’ai toujours pas tué Gaëtan.

Ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI.

Mathilde vient me voir : ” Monsieur, vous n’avez pas quelque
chose sur les Rubik’s cubes ? “

Je fouille dans mon logiciel
(car aujourd’hui, le logiciel fonctionne) : à ma grande
stupéfaction, j’ai quelque chose sur les Rubik’s cubes… 

Gaëtan ne fait plus de bruit. Je crois qu’il a délégué cette
tâche à Emma et Galila. 

Moi, in petto, Je me dis qu’il y a un problème, si ces peluches,
un jour, deviennent des monstres et décident de tirer dans la
foule.

Rien ne laisse présager cela. Ca n’arrive pas par
l’opération du Saint Esprit. Un jour, il faudrait peut-être se
pencher sérieusement sur la question. 

 Emma et Jeanne font trop de bruit. Je gueule. Elles le prennent
avec philosophie : dans la vie, on se fait gueuler dessus par le
Monsieur du CDI, c’est la vie.

Ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI.

Mathilde vient me voir : elle veut emprunter le magazine.

Soit.
On a le droit d’être passionné par les Rubik’s cubes. Ca n’a jamais
tué personne. 

” On ne court pas dans le CDI ! “

J’enregistre son prêt (car aujourd’hui, le logiciel
fonctionne).

En même temps, je regarde sa petite bouille de
peluche, et je me dis qu’on ne devrait pas grandir dans un monde
aussi pourri.
Ca y est, Emma a fini par se faire mal…

Ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI.

 

Vendredi soir, des malades ont assassiné de pauvres gens. 

Mais ce lundi matin, j’ai dix peluches dans mon CDI. 

 Et ils peuvent bien tuer et tuer à tour de bras. Ca n’empêchera
jamais les peluches de fleurir dans mon CDI. 

Blandine Sugy Raja : Une énorme ronde faite par nos élèves de maternelle et élémentaire ce matin. Les contours de la cour entièrement occupés, mais une place pour chacun. Et surtout le magnifique moment de silence qui a suivi. Pas un seul enfant n’a parlé. Les petits bougeaient à peine… Émouvant.

Mathilde R-f : Travail sur la chanson "Imagine”. Et mes 3ème qui se mettent tous à chanter…

Marlène Partyka : Ces élèves par dizaines ( presque centaines) qui spontanément s’assoient en rond à la recrée et chantent la Marseillaise…

Gino Carmina : Cet après-midi, en cours de linguistique, on a analysé des tweets d’hommes politiques (du FN notamment)… Et de voir comme la langue peut à la fois être puissante, pleine de présupposés, ce qu’une “simple” virgule peut avoir de force – on comprend subitement l’intérêt de la réflexion sur la langue.
Et mieux, on comprend que tout discours peut être démonté si on le prend comme tel, qu’on apprend à lire…
Parce que tout le monde doit pouvoir comprendre ce que cachent les discours et les phrases. On a besoin de ça.

Blandine Sugy Raja : Une énorme ronde faite par nos élèves de maternelle et élémentaire ce matin. Les contours de la cour entièrement occupés, mais une place pour chacun. Et surtout le magnifique moment de silence qui a suivi. Pas un seul enfant n’a parlé. Les petits bougeaient à peine… Émouvant.

Nicolas Lsk : Réveil de la cuite de dimanche soir avec mon frère, qui travaillait a 500m d’une fusillade. Dimanche soir festif, amical et familial: pan dans la tronche!

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