
Journée Tohru Adachi.
Tohru Adachi, en plus d’être le mec imaginaire qui me ferait abondamment baver partout si j’étais l’un de ces pervers fans d’animés japonais (ce qui n’est bien entendu pas le cas. Haha.), est LE méchant de jeu vidéo auquel je peux parfaitement m’identifier : un mec médiocre, bien glauque, insignifiant et qui se retrouve d’un coup doté de pouvoirs mystiques et qui va conséquemment fondre une durite et en profiter pour fiche le bazar partout. Parce que le monde entier est idiot, que lui est supérieur à tout l’univers et qu’il mérite tellement mieux que son lot quotidien.
Journée Tohru Adachi. Je veux tout être sauf prof. Je mérite mieux. Je mérite mieux parce que, pour la première fois depuis que je gribouille sur internet, une remarque anodine est passée pour une flambée méprisante pour les profs des écoles – qui viennent en deuxième dans la liste de mes super-héros après les médecins sans frontière – et que j’ignore comment m’en dépatouiller. Je mérite mieux parce que j’en ai assez de poireauter 4 heures avant de faire cours, tout ça pour une réunion dans laquelle l’intervenante a dû compresser en une heure deux heures d’intervention. Je mérite mieux parce que les 3ème Orphée n’évoluent pas comme je veux, je mérite mieux parce que je veux écrire je mérite mieux et puis c’est tout.
Je suis Tohru Adachi, je me complais dans l’auto-apitoiement. Juste aujourd’hui. Juste cette fois. Et ça n’est pas grave. Parce que oui, de temps en temps, et de plus en plus, soyons honnête, ce boulot me gêne aux entournures. Parce que Tohru Adachi me rappelle que le moi prof n’est pas tout. Que je n’en tirerai pas toujours autant de satisfaction qu’en ce moment. Et qu’un jour, oui un jour, je me suis promis d’arrêter. C’était le jour où j’ai été admis au CAPES. Un jour je partirai.
Et ce sont là les limites du pouvoir du flic dépressif et costume froissé. Il ne sait pas quand, il ne sait pas comment, il ne sait pas pourquoi. Mais ses plaintes me rappellent que c’est une question à laquelle je devrai me confronter tôt ou tard.
Français. 3ème Orphée : “Monsieeeeeeur, avec Mme B. on rigole pas assez en Histoire.
– Oui, ça fait une semaine que vous m’en faites la remarque, je vais finir par comprendre.
– Mais on rigole paaaaas !
– D’accord. Vous voulez vraiment qu’on parle du potentiel lol du programme d’Histoire de cette année ? Non parce qu’entre Hitler, la Shoah et les chambres à gaz, elle est moyennement aidée, Mme B.
– Ah ouais. C’est vrai on avoue…”
Entrée du responsable jeunesse de la ville d’Ylisse, qui vient filer un coup de main aux derniers mômes qui n’ont pas encore trouvé de stage d’observation en entreprise. Trois.
“Dites, pas curiosité, il y en a beaucoup dans ce cas dans les autres classes ?
– Tiens tiens, on fait le compétiteur ? Rassurez-vous, il y a pire que vous.”
Petite jubilation ridicule. Les plaintes d’Adachi se font plus sourdes.
Latin. Révision de conjugaisons : “Monsieur. Faut qu’on m’explique. Pourquoi un système aussi simple que le latin, il a donné une horreur comme le français ? Non parce que moi, pif paf je repars dans le temps et je parle latin hein ! C’est grave plus simple !”