Samedi 28 novembre

“Je vais écrire quoi dans mon journal, ce soir ?
– Tu n’as qu’à écrire sur nous, ce soir.”

Alors, V., j’écris sur nous ce soir. 

Sur une poignée d’adultes qui se retrouvent entre quatre murs, à bavasser. Là aussi le quotidien. Tous ensemble, profs et non profs, à faire notre mue. À nous sentir un peu plus légers, loin d’Ylisse. À cultiver cette schizophrénie que je défend bec et ongles. 

Cette fois, c’est ce logis d’adolescent que je n’arrive toujours pas à appeler “chez moi” qui accueille la petite troupe. Je me fous royalement de l’agencement de ce 35m carrés. De l’agencement Feng Shui ou pas du canapé, de la machine à laver trop en vue ou du meuble de cuisine dont la longévité est une insulte, tant aux lois de la physique que de l’esthétique. 

Mais ce soir-là, isolé  dans la cuisine (lire : à deux pas et demi de “l’espace salon”) avec V., regarder les conversations et les rires couler d’une personne à l’autre, les rires sautiller par-dessus les restes de quiche, de tartes et de bonbons, oui, pour une fois, je me sens chez moi. 

Je repense au pauvre petit lampion de papier de Blanche Dubois dans Un tramway nommé Désir. Son seul rempart contre un monde trop dur. Ce soir, rien ne pourra arracher les lampions que les conversations ont accrochés.

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