Jeudi 10 décembre

Muffins myrtille, tarte au citron, brioche au chocolat.

Bien. Passons aux choses sérieuses.

Journée en T.

T. – en Histoire Géo – est épuisé, T. n’en peut plus. Le sourire qui tremble, la résolution fragile de prendre ses élèves en cours. Une résolution fragile que je ne supporte plus de voir dans aucune pupille. Je la défonce. Qu’il rentre. Oui il va planter ses élèves, oui, ça forcera la vie scolaire à faire des pieds et des mains pour gérer les absences. Pas grave. Je préfère prendre avec moi une classe dont je ne connais rien et la faire bosser sur un texte que je garde dans la manche plutôt que de continuer à accepter que ces cours tenus du bout de nos forces fassent partie du métier. 

La maman de T. – l’élève – vient chercher le bulletin de son fils. elle n’a pas pu venir à la réunion parents-professeurs, elle boîte lourdement. Tout en l’aidant à gagner le petit salon de réunion, je lui demande si ce n’est pas trop grave.

“Ça va. Ce sont les attentats.”

Silence. Elle me regarde en souriant.

“Mauvais endroit. Mauvais moment. Mais beaucoup de chance.”

J’acquiesce. Avec dans la gorge et la tête l’intégralité des clichés que l’on peut avoir dans la tête à ce moment-là. Et pas un seul truc pertinent, vrai à dire.

“C’est pas ça l’Islam, vous savez. Je ne comprends pas. J’ai grandi avec l’Islam autour de moi, j’ai grandi avec l’amour autour de moi. Ça – elle montre sa jambe – ne mérite pas d’avoir de nom.”

Une heure de boulot avec T. Un chapitre de cours à consolider. Pendant cinquante-cinq minutes, se consacrer à cet espoir que les élèves vont suivre les mots de Le Clézio. Un moment simple. Très beau. Évident.

3ème Orphée. 

“Monsieur, en fait, dans les rédactions, vous nous demandez d’être quelqu’un d’autre en fait.
– C’est l’idée, oui.
– Vous aimez bien ça, vous ? Être quelqu’un d’autre ?”

Pas un goût. Une nécessité. 

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