
Et c’est reparti.
Arrivée au collège. Devant la machine à café, Cheffe adjointe tient à la main son soulier. La semelle s’en est décollée ; elle le confie à l’agent d’entretien et passera par conséquent la matinée un pied chaussé et l’autre non.
Bienvenue à Ylisse.
Ce lundi est consacré à la suite de la formation sur l’empathie avec les élèves. À nouveau, il est question d’autorité.
Me revient à l’esprit la question d’une lectrice. Pourquoi cette obsession pour Doctor Who ?
Simple : le héros de cette série est l’enseignant parfait. En tout cas, celui qui me convient le mieux, que j’émule avec le plus de succès.
Le Docteur est cet être incompréhensible et terriblement proche. Qui embarque des terriens à demi-volontaires dans des voyages. Tous les voyages possibles et imaginables. Parfois à couper le souffle, parfois grotesques. Parfois laborieux, parfois extraordinaires. Le Docteur a l’air sage. Juste l’air. Ses connaissances millénaires ne sont qu’un Guide du Routard intergalactique. Il connaît en théorie les planètes sur lesquelles il tombe. Mais pour s’en sortir, il aura toujours besoin de travailler avec les autres. Pour un résultat toujours différent, avant de repartir, de la poussière d’étoiles sur les chaussures. Chaque nouveau texte, chaque nouveau concept est pour moi une autre planète, une autre époque dans laquelle je fais débarquer mes 28 compagnons. Mais au lieu de m’exclamer “La Terre, en 1653 !” ou “La lune perdue de Poosh !” ce sera “La proposition subordonnée !” ou “La poésie engagée !” et pendant 55 minutes, il n’y aura rien d’aussi important. Jusqu’à l’épisode suivant. Et ça marche. Depuis que j’ai décidé que j’étais un doux dingue, et que les mômes n’étaient pas dupe, les cours se passent bien.
17 heures, fin de la formation. Je me dirige avec résignation à l’heure de cours qui me reste, jusqu’à 18 heures.
Et là.
“Dites, Mme Cheffe adjointe, vous avez prévenu les élèves qu’ils m’avaient en cours, de 17h à 18h.
– Euh… oups ?”
Bienvenue à Ylisse…