
Dernière journée de travail sur la réforme du collège au Lycée Crimea… Je prends des notes frénétiques pour un prochain billet de blog.
Pause de midi : un petit groupe d’adolescents allongés m’accoste.
“Mon dieu ! Mon dieu c’est vous ! Ça fait longtemps !”
Ils sont sept, tous dans la même classe. Je leur ai appris le français en quatrième. Ils étaient tous dans la même classe. Je reste bouche bée. Je n’ai jamais vu de lycéens aussi zen.
“Venez m’sieur, on a une heure de trou, là.”
Appréhension. Je l’ai toujours dit, je suis nul en retrouvailles avec les élèves, elles me dérangent.
Pas cette fois.
Les mômes laissent de côté la moindre trace de nostalgie. Pas un seul “Et vous avez revu madame… Et vous vous souvenez quand…. ?” Ils parlent d’eux et de ce qu’ils apprennent en ce moment, se chambrent gentiment. Évoquent les bacs blancs à venir et la dernière bourde en date de Z. On échange sur nos dernières lectures – parce qu’ils lisent. Évidemment. – et ma formation.
Ils m’offrent ce cadeau insensé : se tenir droit, confiants dans leur présent. Avec toute l’inconscience et la sagesse de leur âge. Mon orgueil me souffle que quelques grammes de leur confiance provient peut-être du temps que nous avons passé ensemble.
Et que rien que pour ça, le quotidien. Le doute. L’angoisse. Tout est pardonné.