Jeudi 7 janvier

Pour la première fois depuis le retour des vacances, je me retrouve devant des élèves. Les 3èmes Orphée m’ont réservés un accueil de rock star. Sourires, applaudissements, euphorie lorsque je propose une activité.

“Ça n’a absolument aucun rapport avec le fait que TOUS les collègues se plaignent de vous en ce moment, par hasard ?
– Ben si… un peu quand même.
– Et vous l’avouez en plus !
– Monsieur vous nous avez toujours dit d’assumer nos erreurs, on assume.”

Touché. Étape suivante, leur apprendre à les rectifier. Il y a du boulot.

On commence à travailler sur l’engagement dans la littérature. Projection de l’homme sur la place de Tien An Men. Je leur demande de venir écrire au tableau une seule phrase. Celle qui peut bien passer par la tête de l’homme devant les chars. I. prend à elle seule tout le tableau de droite. “J’ai peur je ne sais pas pourquoi je fais ça je vais trembler qu’est-ce qui me prend je suis figé mais je ne peux plus reculer.”

“Wesh I. il peut pas avoir peur comme ça, t’as vu ce qu’il fait ?”

I. lance un long regard ennuyé à E. 

“C’est pas parce qu’on est courageux qu’on n’a pas peur hein !”

3èmes latinistes. Activité autour de Omnes Viae, génial site qui émule une sorte de Google Maps de l’antiquité latine, avec les routes et les unités de mesure de l’époque. L. simule une dizaine de trajets différents, les yeux écarquillés.

“Monsieur ! 10 jours pour faire Brest – Nantes ! Le monde… Le monde il était tellement plus grand avant !
– Il me manque.
– Quoi monsieur ?
– Non rien.”

Conseil de discipline. Je me demande pourquoi je m’entête à vouloir y siéger. Quel que soit le verdict, j’ai toujours l’impression d’assister à la mise en scène d’un échec. Sauf ce soir. B. est délégué d’élèves. Il s’exprime avec une maîtrise et une retenue totalement en contradiction avec sa nature. Je m’abstrais du petit drame qui se joue devant moi et, égoïstement, contemple, pendant quelques minutes, l’avènement du langage.

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