Jeudi 14 janvier

2 heures de réunionite, comme tous les jeudis matins. Je fais un compte-rendu légèrement hystérique de mes formations réforme du collège devant des collègues hilares, inquiets ou carrément désespérés. 

Après coup, je m’en veux. J’ai égoïstement fait ce que j’adore, le show, mais je n’ai pas pris le temps d’essayer de répondre à de légitimes angoisses… Gare, petit padawan, à l’orgueil…

Quatre heures à faire passer des tests de SEGPA à des mômes. Ils galèrent de concert devant leurs petits cahiers jaunes et bleus, que je corrigerai ensuite… pour quoi faire ? Les réorienter, leur donner d’autres outils ? Je n’en sais encore rien. Ils sont totalement absorbés dans les calculs, les croix à cocher, les formulaires à remplir. Ils sentent obscurément qu’un truc important se joue, leur concentration est palpable. Quatre heures durant je suis exclu. J’écris des trucs absolument lucides et inquiétants.

Latin. Les 3èmes sont en grande forme. J’ai le droit à de beaux moments de surréalisme :

“Monsieur, au temps des latins, le français, ça existait chez les gaulois ?

– Pourquoi ils savaient lire une carte et nous on sait plus ?

– Ils ont rencontré des CHINOIS ? Comment ils savaient que c’était des chinois, même ?”

L. tourne la tête vers la baie vitrée et pointe un doigt émerveillé. Un gigantesque double arc-en-ciel se déploie. 

“Faites tous un voeux !”

Ils s’exécutent, moi aussi. Vingt minutes plus tard, lumière d’apocalypse : soleil couchant et nuages gris sur la cité d’Ylisse. “Fermez les rideaux, vite, vite, ça fait froid cette lumière, monsieur !”

Je sors des cours pour me diriger vers le conseil d’administration. Mon casque dépasse de ma poche. Cheffe : “C’est un sabre laser ?” 

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