
Michel Tournier dit des conneries. Michel Tournier tient sur l’avortement des propos gerbatoires.
Et c’est toujours la même chose, l’éternel marronnier, dans lequel je n’arrive pas à croire que je suis en train de foncer : séparer l’oeuvre de l’auteur, oui ou non ?
Oui. Oui évidemment.
Je n’ai pas le moindre sens du religieux. Le sacré est pour moi un concept des plus brumeux. Mais les silhouettes qui s’y dessinent ont presque toutes cette forme : les mots ont leur vie propre. Et c’est leur faire grande injustice que de vouloir les corseter à l’esprit dont ils sont issus.
“Comment vous savez que l’auteur il a voulu dire ça, monsieur ?
– Je ne sais pas. Et ça n’est pas important. Ce qui est important est ce que moi, je vois.”
Les élèves ne sont pas idiots. Si l’on pose ce précepte essentiel dès le collège, alors, en tant que lecteurs, quelque chose peut s’allumer. Ils comprennent. Ils comprennent que l’auteur n’est pas cet empli d’une sapience innée. Qu’il s’agit d’une personne qui, par travail, accident et hasard, a réussi à coordonner des mots, à leur donner une vie, une forme et une pensée.
C’est là son seul mérite, le seul qu’on doive lui reconnaître. Le reste n’est que littérature. Que les artistes soient médiocres ou stupides. Peu importe. Notre tâche en tant qu’êtres dotés de pensée est de parvenir à briser ce lien. À ne pas dire “Quel grand artiste !” mais “Quelle grande oeuvre.”
Que les compliments et les blâmes à la personne soient réservés à cet être de chair et de sang. J’espère qu’à un repas de famille, une nièce ou un petit-fils a expliqué à tonton Michel que, sérieux, il déconnait. Je souhaite que David Bowie se soit éteint en paix parmi les siens. Mais cela ne m’appartient en rien
Ce qui m’appartient, c’est mon admiration devant la dignité excentrique de Life on Mars, ma fascination de l’exploration de la caverne par Robinson. Si je ne dois transmettre qu’un nombre fini de choses à mes élèves, hormis ce PUTAIN D’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ, cette certitude figurera en bonne place.