Jeudi 11 février

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Amener les mômes à une sortie scolaire, à pied. Moments volés. Parce que les mômes se rapprochent un peu.

“Vous avez pas votre écharpe monsieur ?
– Non.
– Moi j’en avais une que j’aimais beaucoup. Et puis on me l’a prise.
– Qui ça ?
– Rien… Personne monsieur”, dit-il en remontant la file.

Discussion avec M. Vivi. En ce moment, les barbelés l’écorchent un peu. Les barbelés, c’est une autre de mes images mentales débiles. Enseigner, c’est danser entre les barbelés. On laisse des petits morceaux de nous dans le champs de fils pointus du bahut. Et on tente de les retrouver chaque matin. De partir en vacances en s’étant entièrement recomposés.

Monsieur Vivi pense à ceux qui arrivent à créer, un peu tout les jours. Moi aussi, beaucoup, en ce moment. On les envie, tous les deux. Et puis je me rappelle d’un truc dont on avait parlé avec Tara et Yuri, lors d’une de mes soirées préférées de l’univers. “C’est facile de souhaiter la vie des autres. Parce qu’on en a une vie éditée. Sans les moments de doute et d’angoisse.”

Six heures à attendre de faire cours. Écrire, créer un peu. Voir les collègues qui défilent, parler. Fermer les yeux et s’imaginer sur l’Ezia Polaris, qui envahit les moments de vide.

Cours de latin. Un groupe est en train de parodier Top Chef pour sa vidéo sur la cuisine romaine, un autre crée un peplum à base de nappes pour les toges et de peluches de loup. On a aussi le tuto beauté “Devenez Minerve” (MINERVE quoi. Même pas Vénus) ou la reconstitution de la trempette d’Achille dans le Styx sur le bord de l’évier de la salle de techno.

Conseil d’administration. Sous les néons, mes pensées se sclérosent. Je fais le secrétaire pour ne pas angoisser.

Retour en RER. Avec T., on envisage la suite d’Ezia Polaris. Créer tous les jours. Les moments volés.

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