
Hier, on a causé réforme de l’orthographe avec les mômes.
Ce qui me fait penser : au cas où un élève de collège traînerait par ici :
– Déguerpis tout de suite d’ici, tu vas perdre les dernières velléités de respect que tu peux encore avoir pour le corps enseignant.
– Quand, en classe, vous abordez un sujet étranger au cours en espérant que ça va ralentir le rythme de boulot : nous ne sommes pas dupes. Mettez-vous ça dans le crâne. Honnêtement. Nous aussi on joue la montre et là, en l’occurrence, je n’avais PAS envie de me lancer dans l’activité sur le féminisme et sa critique chez Shakespeare. Donc j’ai écouté les mômes.
J’ai écouté A. qui, pour une fois, dépasse les dix décibels en parole : “ça ne ressemble plus à rien, le français monsieur ! C’est une honte !” A., l’un des rarissimes à manier le langage avec précaution. Et qui sent une menace se faufile dans ses certitudes.
“C’est pas si grave au fond.” murmure L., une fois que je leur ai expliqué que NON, l’accent circonflexe ne disparaîtra pas. “Mais du coup, je ne comprends pas pourquoi tout le monde en parle tellement. Il y a des trucs plus importants… pardon, des é-vé-ne-ments.”
“En fait on fait ce qu’on veut !” exulte N. rabrouée par sa jumelle.
Une dizaine de minutes à mettre au point, expliquer, déconstruire les représentations. À faire rapetisser cette réforme à sa juste proportions, et à laisser chacun se faire son avis. Parce qu’en fin de compte, ce sont eux, les mômes d’Ylisse, qui s’empareront de ces règles. Leur apporteront leur soutien ou les feront voler en éclats. Pas les voix assurées qui résonnent sur les ondes.
Quelle puissance, dans la classe des 3èmes Orphée.