
Mine de rien, ça fait huit ans que je me suis lancé dans cette joyeuse épopée de l’enseignement. Ça commence à faire.
Et pas une seule fois, je ne me suis fait inspecter.
Pour les non-profs, je suppose que vous avez vécu, en tant qu’élèves, ces heures de cours avant lesquelles un prof un peu plus vert que d’habitude vous expliquait qu’il y aurait quelqu’un dans la classe le lendemain et qu’il allait falloir particulièrement bien se tenir.
L’inspection consiste donc à se faire observer pendant un cours, à la suite de quoi, un entretien permettra d’analyser vos pratiques et aussi que vous remplissez bien votre cahier de texte, espèce de petit canaillou.
Ce rituel a lieu environ tous les cinq ans et a deux fonctions importantes :
– La note que vous obtenez à la suite de l’inspection influence votre avancement dans la carrière.
– Ladite inspection permet de vérifier que vous ne faites pas UN PEU n’importe quoi dans votre classe. Quand même.
Car c’est l’un des paradoxes de ce boulot : même si tout ce qui vous sépare de votre collègue le plus proche pendant une heure de cours est un mur en papier-carton-buvard (les matériaux de construction du collège, ce cauchemar des architectes), vous êtes relativement seul, dans votre enseignement. On vous demandera rarement comment vous bossez sur tel ou tel sujet, ou comment, concrètement, ça se passe dans votre classe.
Et c’est tragique.
C’est tragique parce que, sans le savoir, je suis sclérosé. Je suis persuadé que comme pendant un sport, j’ai pris dans ma pratique quotidienne de mauvaises postures que personne n’est là pour remarquer. Et que si, concernant le footing, il suffit de quelques séances de kiné pour arranger ça, c’est plus compliqué si je déconne avec des élèves.
C’est tragique parce que les missions des enseignants se diversifient de plus en plus (cours, accompagnement personnalisé des élèves, orientation, contacts avec la famille, petits entretiens rigolos où tu te rends compte que les parents du môme sont séparés et que ça se passe vraiment pas bien…) qu’on n’a tout simplement plus le temps du prendre du recul sur notre boulot.
Parfois, on aura la chance de trouver une équipe, un collègue avec qui on pourra bosser, ou qui prendra même le temps de venir faire un tour dans ta classe.
En attendant l’inspection. Qui, même si elle est un exercice totalement artificiel – comment juger du boulot d’un prof en une heure ? – permet de remettre une pratique à plat.
Mais les inspecteurs aussi sont surchargés, nous explique-t-on. Des réformes à mettre en place, des missions de plus en plus nombreuses. Du coup ils n’inspectent plus. Et tout le monde continue, dans son coin, à faire au mieux.
Pour la huitième année, je vais donc continuer en espérant ne pas être trop à la masse. La reconstitution de l’incendie de Rome grandeur nature est toujours d’actualité, hmmm ?