Et le dimanche, on s’évade.

Il y a ces moments où, enfants, ado, on découvre son livre, son film. Celui dont on sent qu’il ne vient pas des goûts acquis, enseignés. Celui qui résulte de la patiente alchimie qui, petit à petit, forme un être différent de ses parents, des mômes qui jouent dans la cour de récré.
Pour la musique, il y a eu Homogenic. Pour la BD, il y a eu Rork.
Rork, série de 6 albums qui explore les pérégrinations du personnage éponyme. Être sans âge, doté du pouvoir de glisser entre les mondes. Si les deux premiers volumes ont un côté fantastique lovecraftien totalement ensorcelant, les suivants renversent la table. En traversant l’Amérique, du sud vers le nord, en touchant du doigt des personnages aussi abîmés que lui, Rork à la sagesse immense va tenter de se construire. Et son auteur de construire une oeuvre.
Parce que Rork, c’est avant tout l’histoire d’une narration qui se cherche. À travers la multiplicité des genres explorés, de la satire politique à la science-fiction. À travers des découpages totalement barrés et absolument géniaux, en perspectives vertigineuses.
Rork m’a soufflé que oui, j’aimerais toujours les histoires. Mais qu’il n’y avait pas que les univers, les personnages, les épopées à perdre haleine. Qu’il y avait aussi la narration. Le montage.
Rork est reparti depuis longtemps. Mais je continue à espérer un jour être capable de raconter aussi magistralement que son auteur, Andreas.