Archives Mensuelles: mars 2016
Dimanche 20 mars
Et le dimanche, on s’évade.

Une fois n’est pas coutume (mais bon, je pense que tout le monde a compris que ce journal, c’est n’importe quoi environ), ce dimanche, on s’évadera non pas à travers un écran ou les lignes d’une fiction (encore que…) mais sur les traces d’une personne. Qui pousse le mauvais goût jusqu’à être encore vivante, et pas vraiment connue. (et avec qui j’ai dû échanger 4 phrases virtuelles).
Benjamin LeReilly est un écrivain, blogueur, qui, d’après son compte twitter est persuadé que “les gentils gagnent toujours à la fin.”
À travers ses billets, se dessine le parcours universel, unique, de ceux qui tentent de rentrer dans le petit monde des auteurs édités. C’est lucide, chaleureux et touchant. Mais il n’y a pas que ça. LeReilly lit beaucoup, et aime en parler. Il joue, réfléchit… Et quand il s’embête, il détourne le jeu Magic l’Assemblée pour en faire une géniale chronique de la vie politique et sociale.
C’est le genre de blogueur que j’apprécie immensément. C’est pour ça que je lis les journaux en ligne de gens que je ne rencontrerai probablement jamais : pour voir émerger des univers inconnus, auxquels je m’attache parfois. C’est le cas avec ce bonhomme et son petit monde si chaleureux.
Samedi 19 mars

J’inscris au tableau les devoirs des troisièmes pour le week-end.
Trouver et lire la suite du texte étudié en cours.
“Monsieeeeur, je comprends pas !
– Vous aller chercher la suite du texte que nous avons commencé à lire : vous avez le titre de l’œuvre, le nom de l’auteur… je pense que vous devriez vous en sortir.
– Wesh on va pas aller à la bibliothèque !
– N., on a dit quoi sur les wesh ?
– Désolée…
– D’une part, vous n’allez pas mourir de mettre le pied dans une bibliothèque, d’autre part, il y a d’autres moyens de trouver cette histoire.
– Comment ? COMMENT ?”
Des futurs élèves de Seconde Générale, Pro, de futurs apprentis ne parviennent pas à faire le lien entre un travail donné en classe et une recherche internet sur lequel, selon l’aveu de leurs parents, ils passent le plus clair de leur week-end.
L’adolescent, cet être qui aime tellement se bâtir des murs hermétiques.
Vendredi 18 mars

De l’importance de péter correctement les plombs.
A. est arrivé dans la classe dont je suis professeur principal il y deux mois à peu près. Conseil de discipline, gros soucis avec les mômes de son bahut. Y. lui a expliqué que s’il intégrait Ylisse, c’était pour obtenir l’orientation dont il a envie à la fin de l’année – mécanique automobile – et qu’il avait donc intérêt à ne pas trop se faire remarquer.
En deux mois, A. a séché les visites d’établissements professionnels auxquelles on l’a inscrit, a commencé à se créer une petite bande au sein de la 3ème Orphée (pas méchante, la méchanceté est à peu près aussi étrangère aux 3èmes Orphée que les équations au deuxième degré), et se la joue désormais petit caïd des couloirs.
Jusqu’à aujourd’hui où il s’amuse à faire le débile devant la salle où je donne cours aux 3ème Tortignon, à grand renfort de hurlements et de grimaces.
Les entretiens individuels n’ont rien donné, les rappels à l’ordre n’ont rien donné, les sanction n’ont rien donné.
OK.
15h, les 3èmes Orphée rentrent en cours. Je me fends d’un petit discours sur l’importance, au 3ème trimestre particulièrement, de se montrer concentré, motivé et respectueux. Respectueux, insisté-je, en pointant mon regard 3773 vers A. “oui, c’est à toi que je parle, jeune énergumène.” en évitant de faire le débile pendant les heures de cours ou en arrêtant de se prendre pour l’Ibrahimovic d’un PSG de je-m’en-foutiste (il est important d’utiliser des analogies que les chiards saisissent).
A. soutient mon regard avec un petit sourire. Avant de baisser les yeux et de me couper en pleine phrase.
“Oh, monsieur, y a de la poussière sur vos chaussures.”
Silence de mort.
Je sens ma tension atteindre l’Anapurna, tandis que des images d’un dîner chez Hannibal Lecter me passent sous le crâne. Je prends une immense inspiration, prêt à lâcher un typhon de force 7.
Et puis je vois. S. s’est confortablement calé sur sa chaise. Il attend. Pour le coup, pas la moindre insolence dans sa posture à lui. Au contraire, il attend du grand Monsieur Samovar.
Sourire du 4ème Docteur aux lèvres, je le lui donne :
238 décibels : “Mais vous avez comp-plè-te-ment raison A. Regardez ! Regardez tout le monde ! C’est de la poussière ! I. vous confirmez ?”
Je me précipite vers le bureau de A. sur qui je fixe un regard d’échappé d’asile. Je lève mon pied à sa hauteur.
“D’où est-ce que cela peut venir, à votre avis, A. ? Est-ce de la craie ? De la terre ? Vite ! *je lui balance mon téléphone portable* Appelez un comité d’experts scientifiques ! Non ! Appelez tout de suite Itélé ! Qu’ils envoient un hélicoptère ! Regardez ! Il arrive !”
Je pointe un doigt tremblant vers la baie vitrée vers laquelle A. se retourne par réflexe. Quand il tourne à nouveau la tête, il voit son prof à genoux sur la moquette, tête levée vers le plafond, très Phèdre s’apercevant qu’elle aurait PEUT-ÉTRE pas dû cracher le morceau à Hippolyte.
“Ooooh cruel destin…
– Non mais monsieur, ça va, c’est bon là…
– Non. Non, comment ai-je osé vous parler alors que de la poussière maculait mes chaussures !
– Ça va, ça va, je comprends…
– Lorsque la fin du cours arrivera, j’irai expier en me jetant du haut de l’autoroute !
– Non, faites pas ça !”
Je me relève. A. semble avoir rapetissé de dix centimètres et son teint a pris une intéressante couleur écarlate.
Il viendra présenter ses excuses à l’issue du cours qui se passe merveilleusement bien. Je les accepte et le congédie rapidement. Le temps des explications et de la rationalité, ce sera plus tard. Quand je ne serai plus ce désaxé à écharpe.
On a tous nos armes secrètes. Le tout est de les trouver, et d’apprendre à s’en servir.
Jeudi 17 mars

J’ai un marqueur à la main, je commence à transpirer et je me dis, à 9h45 ce matin, que j’aimerais bien être Thomas Hercouët.
Thomas est l’une de ces personnes que je connais vaguement. Rien de péjoratif là-dedans : on se croise de temps en temps, et ce sont toujours des moments géniaux. L’une des raisons pour lesquelles je l’adore est que, lorsqu’il parle à quelqu’un, il est tout entier à sa conversation. En une heure, il s’adressera à dix personnes différentes et on aura à chaque fois l’impression qu’il contemple ce qu’il y a de plus beau, de meilleur chez cette personne.
J’ai un marqueur à la main, je commence à transpirer et je me dis, à 9h45 ce matin, que j’aimerais bien être Thomas. Parce que tout le monde est à cran, dans la salle 121.B. s’est fait menacer par un môme. Comme le môme en question s’est montré en progrès dans l’attitude ce trimestre – ce notable incident mis à part – Cheffe Adjointe n’envisage pas le conseil de discipline.
Cet incident a mis le feu aux poudres. Un feu qui couvait depuis longtemps. La vérité est que tout le monde est à cran. Tout le monde est en colère. Non. Tout le monde a envie d’être en colère, que ça pète, que ça fuse. Aller au clash, comme disent les élèves. Les adultes veulent en vouloir à tout le Collège sans discrimination. La vérité est qu’en ce moment, on n’y arrive plus. Les chiards pètent les plombs, se frappent, nous insultent. On ne communique pas, ou mal, ou on se loupe, et des messages tronqués viennent fragiliser une équipe déjà pas mal éprouvée.
L’ennemi est fluctuant, il s’appelle énervement, indiscipline, problème de cohérence des sanctions. Il s’appelle laxisme ou autoritarisme, c’est une hydre à mille têtes, qui mord au quotidien mais n’a pas de substance, que tout le monde se rebalance à la gueule. Alors, comme on ne peut l’attraper, la griffer, la mordre, on finit par se choisir des adversaires parmi les autres. Et comme on est responsables, on est des adultes, ce ne sont pas aux môme qu’on en voudra. Mais aux collègues.
Et tout au long de la journée, pourtant, je vois M. et son rire kérosène, qui fait tellement de bien quand il fait froid. J’écoute Monsieur Vivi parler de ses élèves avec une passion qui me rend muet d’admiration. Marchant dans les couloirs, je m’arrête et déguste, quelques secondes, les explications limpides et précises que C. fournit à sa classe. Je regarde B., en train de téléphoner sur l’appui de la fenêtre, il y a du soleil dans ses cheveux. Je vois Y. en train de jongler avec quatorze missions simultanément. Nous sommes une quarantaine d’adultes. Nous nous portons forcément sur les nerfs. Mais il n’y en a pas un seul à Ylisse qui n’ait pas une de ces étincelles, dans sa voix, dans son regard ou dans sa manière d’enseigner, qui ne me rende béat d’admiration. Et je rage de voir ces magnifiques êtres humains – et moi également – bouffés par cette colère infecte.
Petite victoire : jeudi, tout le monde est convoqué pour s’asseoir. Et tenter de remettre en place des codes, des signes, des langages pour que les mômes comprennent qu’on est là pour eux, mais qu’il y a un putain de cadre. Et que ça, ce n’est pas négociable. Jamais. J’aimerais bien être Thomas Hercouët, jeudi, et montrer à tous ces gens à gueule d’étoile qu’ils sont tellement extraordinaires qu’ils trouveront des solutions qui déboîtent. Si vous saviez à quel point ils sont géniaux, les gardiens d’Ylisse…
Mercredi 16 mars

Il reste plus de trois mois à cette année scolaire. Pourtant, déjà, les premiers effluves de la fin de saison se font sentir.
Des collègues ont eu leur mutation inter-académiques, ils vont changer de région, partir vers des cieux plus cléments que la région parisienne, qu’Ylisse. Finie, l’inconfortable période de transition.
Nos élèves de 3ème pensent à leur orientation de l’année prochaine. Ou plutôt, devraient y penser. C’est l’un des problèmes récurrents du bahut : beaucoup des mômes ou de familles sont de plus en plus persuadés que l’orientation post-troisième est un service que leur doit l’Éducation Nationale. Plus précisément leurs CPE et profs principaux. Nous sommes donc priés de permettre à chaque môme d’accéder à l’année d’étude qu’il souhaite, et plus vite que ça Dans un bahut ou la 2de Générale ne va pas du tout de soi pour tout le monde, autant dire que la tâche est ardue. Et ingrate.
Il reste trois mois et demi et les rayons du soleil changent légèrement la donne dans les salles de classe. Le climat se fait plus léger. Et l’appel du dehors plus insistant pour certains.
Quant à moi, je regarde tout ça avec un peu d’angoisse. En espérant que cette troisième année ne soit pas celle de trop, en croisant les doigts pour que, égoïstement, les collègues auxquels je me suis attaché continuent à me prêter leur force.
Mardi 15 mars

C’est un peu honteux que je sors de mon sac – une superbe besace rouge, cadeau de collègues quand j’ai quitté Criméa – l’affiche, la bande-annonce et une liasse d’extrait de Nos étoiles contraires, la bluette adolescente de John Greene. La traduction française est vraiment infecte et, après Shakespeare, le choc culturel est violent.
Mais basta : les mômes ont bien bossé, je leur accorde donc (et à moi par la même occasion) une séance cool, à base de lecture d’image, de trucs à surligner et de révisions des procédés de style. Un truc facile, identifié scolaire, pas les trucs bizarres habituels de Monsieur Samovar.
Les gamins parcourent les premières lignes du texte, sous la belle lecture régulière d’I. et ouvrent de grands yeux.
“Ça s’appelle comment le livre, Monsieur ?
– Vous avez la réponse en bas, L.”
L. sort à peu près discrètement son agenda et note la référence, imitée par A. Je n’ai jamais vu L., ou quelque autre élèves de la 3ème Tortignon, prendre une référence spontanément. Alors je pousse l’avantage.
“Bon, les Pikachus, je vous raconte l’histoire dans les grandes lignes, vous la prenez en note. Ensuite, on tente de rapprocher la structure de l’histoire de celle de “Roméo et Juliette”, on est parti ?”
Approbation bruyante (les 3èmes Tortignon n’ont l’approbation que bruyante). Les mômes se lancent. Le coup de foudre, plus franc dans la pièce – “parce que le temps est plus restreint au théâtre, monsieur” – la maladie dans le roman – “forcément, hein, la famille elle peut pas représenter la fatalité au XXIe siècle, et heureusement”, lance Y. – la récurrence de certains procédés de style. Ils me laissent glisser quelques références à l’existentialisme, L., à nouveau, me demande si “Camus”, c’est bien avec un t à la fin.
L’heure bradée prévue s’est changée en période de boulot et d’interrogations intense.
Les 3èmes Orphée parcourront le même texte d’un air gentiment intérêt. Eux, ils voulaient qu’on poursuive sur les subtilités du COD. Le cours se délite en papotages jusqu’à ce que je montre les dents.
Rien, rien, rien de jamais gagné.
Les 5èmes latinistes présentent de mini-exposés sur les jeux des enfants romains. Le jeu de la mourre (“aaaaan jouer à l’amour, comment ça se dit trop pas !” hurle B. quand A. prend la parole) remporte tous les suffrages. Ils pourront tenter quand ils s’embêteront dans le cours de… de rien monsieur, on écoute les copains !
Un verre avec T. Redessiner la cohérence de notre boulot, mini-thérapie hebdomadaire. Garder confiance en chaque jour, les bons comme les mauvais. Même si ça ne se voit pas, même si ça n’est pas évident, garder cette certitude prétentieuse, délirante, essentielle : ces mômes, on les amène quelque part. Ne jamais en douter. Et éprouver tant de gratitude quand le brouillard se dissipe, que le chemin nous apparaît.
Lundi 14 mars

J’ai objectivement passé une mauvaise journée. Et pourtant, je n’en ressors pas maussade, triste ou déprimé.
Principalement grâce ce journal.
Depuis que je me suis fixé l’objectif improbable d’écrire quelques lignes par jour sur mon boulot, il n’est pas une seule fois où je n’ai pas eu à réfléchir. Que dire, comment le dire ? Et du coup, se repasser le film de ce qui est arrivé. Revoir les événements de la journée un par un, posément. En examiner les angles. Avant tout pour y trouver l’anecdote à raconter.
Et, petit à petit, pour se sentir mieux.
Le petit film intérieur quotidien me force à repasser sur les moments que je n’aime pas forcément. Et bien sûr, je réfléchis. Comment améliorer ça, modifier tel élément ? Ça tombe bien, je pourrai tenter ça dès demain.
Freud avait rapidement vu les limites de l’auto-analyse. Elle ne me paraît pas idiote dans le boulot de prof.
Et puis bon, je l’ai cherché. L’attribut du COD, c’est VRAIMENT aride. Quand j’aurais le temps, l’envie et l’énergie, je me pencherai sur mon ressenti quant à l’enseignement de la langue aux mômes. C’est encore trop confus pour que j’en ressorte autre chose que des clichés. En tout cas, les 3èmes Tortignon m’ont clairement fait comprendre que je les gavais sévère. Sauf M. M., excellente élève, pour qui le savoir doit être balisé. M. avec qui je m’entendais bien et qui, depuis un échange fatal, me fait la gueule.
“Monsieur, ce devoir que je vous rends, il est bien, vous pensez ?
– Je ne sais pas, M., tu en es contente ?
– Ben… c’est pas MON problème, c’est VOTRE métier.
– Oui, mais c’est VOTRE devoir.” (moi aussi, je sais parler en majuscules)
Depuis rideau. Elle me regarde d’un air vaguement dédaigneux chaque fois que je croise dans son sillage et se livre aux activités proposées avec un soupir de lassitude à chaque fois.
Oh, et A. a pleuré aussi.
Faut dire que depuis quelques jours, on n’arrête pas. A. est une élève de la classe dont je suis le prof principal, scolairement excellente, qui engrange un maximum de points aux évaluations de connaissances, histoire de se constituer des jokers sur les sujets de réflexion poussés. Quand A. ne comprend pas, elle refuse toute tentative d’explication. Et quand elle comprend, on est au courant. A. se met immédiatement à bavarder. À gourmander ceux qui saisissent plus lentement. À force de ne tenir compte ni des conseils données par ses profs ni des règles du respect le plus élémentaire, A. s’est tapé un Avertissement conduite. Un de ces petits papiers qui froncent le sourcil avec les bulletins scolaires.
Ce matin, avec son grand sourire, A. m’a affirmé qu’elle ne l’aurait pas, cet avertissement conduite.
“En fait, monsieur, c’est une blague que vous me faites.
– Pas du tout. On ne blague pas aux conseils de classe. (après par contre, vous n’avez pas idée)
– Mais je peux pas avoir d’avertissement, je suis bonne élève !”
Bonne élève. L’armure. Je lui ai affirmé que ça ne la protégerait pas des représailles du méchant Monsieur Samovar. Ah et aussi qu’elle avait eu 7 à son dernier devoir.
Et puis en maths, L. lui a expliqué que sa façon de traiter les camarades qui comprennent moins vite qu’elle était irrespectueuse. Ça a été la goutte d’eau. A. s’est mise à pleurer.
Quand L. m’a raconté ça, j’ai éprouvé la joie débile de celui qui est sûr de lui “Au moins, elle a enfin compris.”
Mais, espèce de débile, c’est n’importe quoi. A. est juste mal. Rien ne dit que ça changera quoi que ce soit au long terme. Et toi, gogol, qui se réjouit de voir pleurer une môme. Bien joué.
La route qui mène loin du Côté Obscur est encore longue
Dimanche 13 mars
Et le Dimanche, on s’évade.

Tiens, ça fait longtemps que je ne vous ai pas gonflé avec Ezia Polaris, le projet de musique et écriture sur lequel mon collègue T. et moi bossons depuis quelques mois maintenant. Ce soir je m’arroge le doigt, parce que j’ai vécu une semaine particulière.
Cette semaine, j’ai enfin terminé une histoire.
Sans trop savoir comment ça se faisait, j’ai posé des mots sur des morceaux de musique, et il y a eu des personnages. Une ville souterraine, un vaisseau spatial, une enquête. Il y a Tokyo qui est une fille et qui est une ville, il y a Atis, le Capitaine, il y a Hans, le Magistrat un peu ridicule mais qui veut tellement bien faire. Et Maya, et Lugh, et Tohru, et les Cannibales, et les Chevaliers…
Cette semaine, j’ai enfin terminé le premier jet, ma part d’un projet important pour moi.
Ezia Polaris fait à peine ses premiers pas. Le texte sera corrigé, modifié, grandira. Les morceaux seront réarrangés. Et puis il y a plein d’idées à venir, pour faire voyager cet univers jusqu’à vous.
Donc si vous voulez passer, ce sera avec plaisir. Le dernier chapitre n’est pas encore en ligne, il s’apprête, mais tout le reste, notes et mots, est prêt à vous accueillir.
À bientôt.
Samedi 12 mars

Aaaaah oui, je ne te l’ai pas racontée, celle-là !
Le vendredi, de 16h à 17h, c’est latin avec les 4èmes. Il sont 11, autant te dire que c’est une heure plutôt relax. D’autant plus que le poids de la semaine se fait sentir, de leur côté comme du mien.
Hier, nous travaillons sur du montage vidéo. La première étape consiste à squatter une salle informatique qui ne soit pas occupée par un cours, en train d’être nettoyée pour le week-end ou soumise à une maintenance quelconque.
Nous jetons notre dévolu sur la salle T003.
Arrivé sur place, je me rends compte que nous avons perdu A. qui est restée dans le couloir à taper la discut’ avec une surveillante. Faut dire que A. prend le latin de façon trèèèès relax et ne voit pas vraiment le problème d’arriver avec trois quatre minutes de retard. J’envoie donc V., que la croissance commence à rendre impressionnant chercher la damoiselle et plus vite que ça. Pendant ce temps, je demande aux autres mômes d’allumer leur poste. Tout le monde s’exécute gentiment et avec empressement, c’est trop bien les vidéos en latin on va apprendre plein de truc aux autres et MONSIEEEEEEUR punissez-moi !
“Un problème, O. ?
– Monsieur, j’ai cassé l’ordinateur, je suis la plus méchante du monde, je mérite le fouet, je suis horriiiible !
– O., tu prêtes ton cahier à TOUS les élèves en retard, tu dis bonjour à absolument tout le monde, tu n’élèves jamais la voix. Et en plus de ça tu bosses.
– Oui mais j’ai cassééééé l’ordinateur !
– Non. Tu as légèrement tiré sur le fil du moniteur et ça l’a débranché.
– Ah oui, tiens.”
Pendant qu’O retrouve quelques couleurs, I. lève la main.
“Monsieur ? Le logiciel de montage n’est pas installé sur cet ordinateur.”
Damnation. J’ai oublié que l’installation des logiciels à Ylisse est très aléatoire. Je demande donc aux chiards d’allumer TOUS les ordis histoire de mettre toutes les chances de notre côté. Pendant ce temps, A. arrive, l’air guilleret. Je commence à copieusement l’engueuler. Et à faire montre de l’un des symptômes rigolos de ma fatigue : quand je suis crevé, je remplace des mots de ma phrases par d’autres termes totalement aléatoires. Je lui assène donc qu’il est “aléatoire” qu’elle rate ainsi le début du cours. Un grand silence gêné suit cette déclaration.
“Monsieur ?
– Ouiiiiii I. ?
– En fait, je crois que, dans cette salle, le logiciel n’est installé sur AUCUN des ordis.
– Booooon…
– Mais c’est pas grave hein. Je connais un forum de hackeurs où je pourrais télécharger un programme libre nettement plus performant et…”
Tout en me bouchant les oreilles et en hurlant “Hadopiiii !” je fais signe aux mômes de ranger leurs affaires et de déménager illico presto dans la salle d’en face, que l’agente d’entretien vient de finir de nettoyer. Ignorant son regard assassin, je réinstalle mes ouailles et reprend les opérations. Sur 15 ordis, 8 ont le logiciel installé. Je profite du nouveau délai pour expliquer le concept de la roulette russe aux élèves.
Je jette un coup d’œil à ma montre, il reste très exactement 35 minutes de cours.
Et en 35 minutes, les mômes finissent leur montage, commencent l’enregistrement du son sur leur vidéo et en profite pour aller chercher les origines de la roulette russe sur internet.
Cette heure du vendredi, de 16 à 17, est toujours de trop. Je n’y renoncerais pour rien au monde.